Coups de coeur : Du libraire chevelu

Premier degré et seconds tomes (voire trois)

501 LETTER 44 T01[BD].inddAprès des reportages et des enquêtes, des histoires aux scénarios alambiqués, après une longue journée de conseil, j’ai parfois besoin de lectures « primaires ». C’est-à-dire avec des enjeux clairement établis, sans faux semblants ni effets de styles, avec une narration et une intrigue sans atermoiements ni fioritures. Simples en définitive mais attention, pas simplistes. Bref parfois, j’ai besoin d’un divertissement sans rien avoir d’autres à chercher que ça.

Par conséquent, j’ai abordé ces trois ouvrages sous cet angle-là : un plaisir direct, sans jugement, mais qui vous attrapent avec honnêteté. Et puis au-delà de la surface, petit à petit, plein de thématiques, de subtilités prennent du relief et inscrivent ces BD mainstream dans des lectures malines.

Commençons par Letter 44 de Charles Soule et Alberto Jimenez Alburquerque aux éditions Glénat Comics. Ah, Glénat Comics, elle a bien eu du mal à s’imposer cette collection et encore aujourd’hui, sa position est fragile. Après quelques tentatives véhémentes et désorganisées de s’imposer entre le taulier Panini et le rising star Urban, la ligne US de Glénat semblait compromise. L’arrivée d’Olivier Jalabert et Jean-David Morvan a redistribué les cartes : recentrage de la ligne éditoriale, proposition de titres variés (bien que discutables), maquette revisitée dans une sobriété blanche immaculée (face au noir élégant de Urban qui en son temps avait tranché avec la présentation Panini). Bref les outils sont là, ne restent plus qu’ trouver les bons titres et les lecteurs qui vont avec ! Et donc, on revient à Letter 44.
501 LETTER 44 T02[BD].inddAutant le dire tout de suite, ainsi nous n’y reviendrons plus. Oui, il faut se faire violence pour rentrer dans cette série, tant le dessin est laborieux, difficile, maladroit, parfois obstruant la lisibilité de la page. Ce n’est pas par ce biais-là que je vais pouvoir vous en vanter les mérites. Encore que dans ce deuxième tome cela s’améliore. Non, il s’agit du scénario qui, une fois accepté le postulat de base, vous tient en haleine. Une lettre du président des USA sortant attend le nouveau locataire de la Maison Blanche. Ce dernier, fraîchement investi, découvre avec stupeur que des activités extraterrestres ont été repérées dans notre système solaire, qu’une énorme machine à l’usage inconnu est en construction et qu’aucune information fiable n’est parvenue jusqu’à nous. Ainsi, toutes les décisions va-t-en-guerre de son prédécesseur n’étaient que de l’entraînement pour les militaires et la création d’un nouvel arsenal ! De plus, un équipage mixte scientifique-militaire est en route depuis quelques années pour obtenir des renseignements clairs sur la volonté des extraterrestres. Voilà donc un candidat élu sur un programme social, pour ses prises de position en faveur de l’éducation, sur l’emploi ou l’économie qui se retrouve avec une « patate chaude » qui le dépasse ! En parallèle, le voyage spatial de l’équipe à la rencontre des aliens hostiles ou indifférents montent en intensité au fur et à mesure que les détails se dévoilent…
La sortie du T2 a confirmé mon opinion sur cette série : j’ai apprécié le ton, l’intrigue, les rebondissements, le côté très hollywoodien et en même temps pertinent et vraisemblable. Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec la série TV 24h chrono. Ici aussi, on alterne entre les décisions du président des USA et ses dimensions humaines à portée internationale, entre les spationautes confrontés à des dangers immédiats, entre les intrigues et ambitions d’alcôves (toujours justifiées par la raison d’état) avec ses coups de théâtre démesurés (mais après tout on a la bombe, non ?) et ses méchants « méchants » même au sein du dispositif gouvernemental.
Letter 44 est donc à découvrir et à apprécier pour ce que c’est : du très bon divertissement.

501 LAZARUS T01[BD].indd501 LAZARUS T02[BD].inddSecond titre à se démarquer dans ce tout nouveau catalogue Glénat : Lazarus de Greg Rucka et Michael Lark, deux auteurs au talent indiscutable et à la bibliographie en or massif (Whiteout, Gotham Central, Daredevil et tant d’autres et en ce moment Star Wars !). Dans un monde dystopique, que ne renierait pas tout amateur de cyberpunk, ravagé par les inégalités sociales, la famine, la pauvreté et autres réjouissances du même ordre, les gouvernements sont morts écrasés par leurs échecs. Mais ici à la place des « corpos », on trouve les familles, des groupes éhontément riches qui règnent sur des portions du monde, octroyant les miettes de leur pouvoir et de leur technologie à leurs affidés, leurs déchets à ronger à leurs serfs et une mort lente dans le désintérêt le plus total à tous les autres. Pour se divertir, bien sûr, on ambitionne de faire mains basses sur les ressources de la famille voisine et on lorgne sur de nouvelles alliances, le tout en gentlemen agreement avec des règles et des protocoles dûment inscrits pour éviter que l’on se saute à la gorge. Parmi ces protocoles, chaque famille possède un individu, surnommé Lazarus, chargé d’en assurer la protection, contre toute forme de danger, physique, économique ou diplomatique. Un esprit sain dans un corps surboosté donc pour réussir cet objectif. L’héroïne de l’histoire est Forever le Lazarus de la famille Carlyle.
501 LAZARUS T03[BD].inddComme dans tout bon drame, le cadre est déjà posé lorsque le lecteur découvre l’histoire, nul besoin de prendre le temps de l’évoquer en détail car nous sommes à un moment où tout va basculer. Forever remet en cause sa place et ses liens avec sa famille. Le ver est dans le fruit et donc toutes ses actions à venir portent le poids de la suspicion et du doute. Dès lors, le lecteur a tout loisir de découvrir par comparaison ce qui devrait être le cadre normal en même temps que le cadre avec ses inconstances. Avec plusieurs chapitres plus ou moins autonomes mais répondant d’une trame globale, Greg Rucka nous propose une montée crescendo dans l’urgence : incursion de territoire, menace d’attentat, échange d’otage et négociation inter-clans, autant de moment où les failles de Forever vont apparaître. Et où l’histoire va être envoûtante ! Le dessin réaliste et minimaliste de Mickael Lark, aux couleurs poussiéreuses et grises participent grandement à la qualité de cette série. Avec sobriété, il laisse entrevoir toute la puissance physique du Lazare, son extrême beauté mais aussi sa fragilité. Il donne également une crédibilité à ce monde qui n’est pas si éloigné du nôtre.
Avec ces deux titres principalement, Glénat Comics jouent des coudes et arrivent ainsi à trouver sa place sur un rayonnage comics largement surchargé.
the-activity-tome-1Pour finir sur une transition aisée, je vous rappelle que Greg Rucka a scénarisé l’excellente série Queen & Country, traduite aux éditions Akileos où nous suivions dans ses différentes missions une cellule du MI6, intervenant aux quatre coins du monde pour le compte de la couronne britannique. J’ai retrouvé (presque) le même plaisir à la lecture de The Activity, de Nathan Edmonson et  Mitch Gerads aux éditions Urban Comics narrant les exploits clandestins d’une cellule de la Intelligence Support Activity. Qu’est-ce que le ISA ? Une unité militaire américaine bien réelle bien qu’officiellement dissoute chargée de collecter des informations pour des missions spéciales, de préparer le terrain pour d’autres corps et enfin éventuellement « nettoyer » les boulettes des autres services. Extrêmement précis et bien documenté, le scénario d’Edmonson met l’accent sur l’action, le stress de l’accomplissement ou de l’échec de la mission tout en mettant en arrière-fond la géopolitique qui sous-tend les décisions stratégiques des supérieurs. Comme pour Lazarus, un artifice (bien connu) permet de faire rentrer le lecteur dans le quotidien de cette troupe : le remplacement d’un membre mort en mission par une jeune recrue facilite la maîtrise de l’univers. Là encore j’ai pris un plaisir primaire, décérébré peut-être me direz-vous, à lire ces aventures martiales où l’on frémit lorsque les balles volent dans la nuit, que la couverture aérienne est compromise ou que l’ennemi vous a débusqué.

 

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Mais après tout, j’assume !
Et vous ?

Le Côté obscur de la politique

[J’ai commencé à écrire cette chronique avant les événements parisiens de ce week-end. La tentation a été grande de ne pas l’achever, craignant les amalgames et l’évocation d’une violence (directe ou indirecte) dont on n’avait guère l’envie d’évoquer de sitôt. Mais, en définitive, j’ai décidé de finir de l’écrire mais également de la publier. Car la qualité de ces œuvres ne s’est pas amoindrie au contact de ces attentats et quoiqu’il en coûte un regard incisif sur notre passé et sur ses conséquences ne pourront que mieux nous éclairer sur notre présent.

Tout au moins, c’est ce que je nous souhaite…]

 

cherpaysTrois albums, chacun à sa manière, mettent un coup de projecteur sur des périodes sombres de la politique française. Politique des générations précédentes mais également de notre futur hypothétique proche. Et il ne se serait pas totalement aberrant de considérer que tout ça forme un tout, collant, pesant, nauséabond…

A tout seigneur, tout honneur, nous démarrons avec « Cher pays de notre enfance » de Benoit Collombat et Etienne Davodeau signé aux éditions Futuropolis. Les deux auteurs, le premier célèbre journaliste d’investigation, le second qui n’a plus rien à démontrer dans sa maîtrise de la BD-documentaire, enquêtent sur les affaires criminelles des années 1970 extrêmement chevillées au pouvoir en place, qu’il soit « pompidolien » ou « giscardien ». En toile de fond se dessine le rôle majeur du SAC (Service d’Action Civique), véritable milice privée aux ordres du parti gaulliste, flirtant impunément avec le milieu criminel tout autant qu’avec les cercles politiques influents. Les deux auteurs mettent en exergue trois événements marquants : les braquages du Gang des Lyonnais de 70 à 74, l’assassinat du juge Renaud en 1975 et le pseudo suicide du ministre Robert Boulin en 1979. Pour Benoit Collombat, l’implication du SAC et à travers lui de certains membres de l’exécutif ne fait aucun doute. Et cela fait froid dans le dos. Cette thèse est soutenue et étayée par un long travail d’enquête préalable, dont nous ne voyons que la partie émergée, mais également par une succession d’entretiens et de témoignages de protagonistes, voire d’acteurs majeurs de l’époque. Magistrats, hommes politiques, policiers, … tous apportent leurs preuves, aveux ou démentis sur cette période dont on a oublié ou plutôt fait oublier la violence.

cher-pays-de-mon-enfance-2Avec l’efficacité qui le caractérise, Etienne Davodeau nous fait plonger dans cette enquête avec aisance ; il précise lorsque c’est nécessaire, il illustre lorsque le dynamisme se relâche. Jamais, le lecteur ne se sent envahi par un flot d’informations, il se sent au contraire pris par la main de ce dessinateur qui cherche lui aussi à savoir, à comprendre. Malgré la noirceur des situations, Etienne Davodeau trouve toujours le moyen d’enlever un peu de pression avec quelques pointes d’humour (notamment avec G.Collard) et un dessin aérien.

Cet ouvrage, dont certains chapitres avaient été prépubliés dans la Revue Dessinée, mérite amplement le temps que vous allez lui consacrer car il lève le voile sur une génération de malfrats et/ ou de politiciens, dont certains ne viennent de se retirer que depuis peu…

 

501 UCT - UNITE COMBATTANTE TRUDAINE[BD].inddRestons dans les Années de Plomb propre à la France avec « Unité Combattante Trudaine » de Sylvain Ricard et Rica aux éditions Glénat. Ne malmenez pas votre encyclopédie ou ne maudissez pas Wikipedia : ce groupe révolutionnaire n’existe pas. Ou tout au moins pas ainsi. Le scénariste, également rédacteur en chef de la Revue Dessinée, s’est inspiré de tous les mouvements radicaux de l’époque pour composer cette équipe fictionnelle. Comme Action Directe, les Brigades Rouges ou encore la Fraction Armée Rouge, dont ils se revendiquent, les jeunes de l’UCT veulent viser des cibles politiques majeures ou des représentants du pouvoir impérialiste. Du terrorisme ciblé et porté par des idéaux, loin donc du terrorisme aveugle et religieux de notre génération. Toutefois, ces actions sanglantes se doivent d’être réprimées, empêchées par tous les moyens. Par conséquent, les Renseignements Généraux dépêchent une de leurs jeunes recrues pour infiltrer ce groupe afin de le démanteler de l’intérieur. Toutefois, entre fidélité aux drapeaux et fidélité à un groupe (et à une femme), William va être profondément tiraillé, malgré l’horreur de leurs actes. Les auteurs nous proposent avec ce récit complet une efficace fiction très bien documentée sur cette période trouble de l’histoire de notre pays, qui n’est pas sans rappeler l’excellent diptyque « La Mano » (Pagliaro & Thirault) aux éditions Dargaud.

 

presidenteEnfin, l’ovni de ces dernières semaines : « La Présidente » de François Durpaire et Farid Boudjellal (éditions les Arènes). Le postulat de l’album est simple : Marine le Pen gagne les élections de 2017 avec une très faible majorité. Elle va donc pouvoir mener sa politique comme bon lui semble… ou presque. Les auteurs, pour mettre ce qui (espérons-le) est une uchronie anticipatoire, choisissent quelques postulats (multiplication des candidats à droite, campagne à outrance) tout à fait crédibles et vraisemblables qui permettent l’accession à la charge suprême de la présidente du Front National. Après cela, ils déroulent les premiers 100 jours de sa présidence en s’appuyant stricto sensus sur le programme déjà existant du parti d’extrême-droite.

A n’en pas douter, les deux auteurs ne cherchent pas à valider les idéaux de Marine Le Pen, ils évitent toutefois la caricature en restant dans le plausible et la mesure, en se collant à la logique de leur vision de la France… Hé bien, cela fait peur… Ce récit complet est une sorte de « on ne pourra pas vous dire que l’on ne vous a pas prévenu. A vous de prendre vos responsabilités ou de vérifier que ce que l’on dit n’est pas vrai. » Même si la petite pirouette de fin semble excessive ou que le dessin ultra photo réaliste (inhabituel de la part de Farid Boudjellal) dérangent un peu, cet album, comme les deux précédemment cités, fait mouche.

 

Ces trois bandes dessinées nous permettent de déciller les yeux et de se rappeler ce que l’on veut vraiment pour la France.

Cataclysme de l’histoire

simonRéaliser une fresque riche et réaliste d’un monde post-cataclysmique en sf est un exercice périlleux. L’excès de menaces, nucléaires, bactériologiques ou autres, peuvent ridiculiser un projet, de même que la situation de survie de la population peut s’avérer irréaliste : comment se débrouiller au quotidien ? La réponse n’est pas si aisée.

Deux récits, pourtant, me tiennent à coeur, parmi ceux produits dans la fin des années 70 début des années 80 : le cycle d’Armalite 16 de Michel Crespin et Simon du Fleuve de Claude Auclair. Chacun à leur manière a plongé le monde dans le chaos puis l’a ramené à ses valeurs premières. Le premier en partant du postulat que la guerre (première ou seconde qu’importe) ne s’est jamais arrêtée. Pour le second, la catastrophe initiale est plus floue mais la civilisation telle qu’on l’a connue n’est plus. Mais en définitive, pour les habitants de l’un ou de l’autre, c’est le retour à la terre, à des communautés à échelle humaine et le souvenir d’une modernité qui les a menés à leur perte. Il n’est pas étonnant de voir pour Michel Crespin comme pour Claude Auclair, que l’inspiration de l’écrivain Jean Giono a été manifeste, que l’antimilitarisme et l’utopie de l’époque transpirent de ces planches, atypiques dans les pages de Métal Hurlant (pour Armalite 16) comme dans celles du Journal de Tintin (pour Simon du Fleuve).

 

Dans leur démarche de remise en avant de leur patrimoine, les éditions du Lombard rééditent après de longues années d’indisponibilité les aventures de « Simon du Fleuve« , fable SF humaine et humaniste. Un long dossier présente l’auteur et son oeuvre, tout en remettant celle-ci dans le contexte de l’époque. Pour le lecteur d’aujourd’hui, Simon du Fleuve souffre de la narration de son temps, un rythme lent, avec des envolées littéraires qui ne portent plus. Malgré tout, l’histoire est là prenante et lancinante, le dessin également. Il ne reste plus qu’à rééditer « Bran Ruz » et là ce sera parfait !

 

turing« Le Cas Alan Turing » se penche avec talent sur la vie du mathématicien anglais, père de l’informatique moderne. Eric Liberge au dessin et Arnaud Delalande au scénario rappellent bien évidemment son rôle décisif dans le décryptage des messages allemands d’Enigma. Mais pas uniquement : son enfance, son homosexualité, son rapport aux chiffres et sa place dans la société puritaine britannique, tous ces éléments sont évoqués rapidement certes mais efficacement. Le dossier qui vient clore l’album rappelle que cet ouvrage paraît aux Arènes, éditeur du magazine de reportages XXI qui souhaite renforcer sa place en BD. Turing est un personnage très étonnant véritable génie en décalage avec son temps, un biopic cinématographique lui a été dédié il y a quelques mois. J’aimerai juste qu’un jour, quelqu’un me raconte la vie, les convictions, … du créateur d’Enigma dont, malheur aux vaincus, le béotien ne sait rien . Avis aux auteurs…

 

amants3Pour finir, le troisième et dernier tome de « La Guerre des Amants » de Jack Manini et Olivier Mangin se penche sur les Monument Men, soldats chargés de rassembler les œuvres d’art volées par le Reich et dispersés aux quatre coins de l’Europe. Ainsi se clôt le destin des artistes engagés Natalia la Russe et Walter l’Américain, après un amour dévorant et une passion tout aussi puissante pour l’Art. Si vous n’avez pas encore découvert cette saga parue aux éditions Glénat qui vous plongera dans le Bauhaus ou le constructivisme, avec des dossier particulièrement exhaustif, je vous engage à corriger rapidement cette erreur !

Y a pas que les Grands…

Allez, je vous remets l’air pour ceux qui ont oublié (ou ont été traumatisés ou n’étaient pas nés…). https://www.youtube.com/watch?v=_Hix6xAHuDc

Et donc :

« Y a pas que les Grands qui Aiment,

Y a pas que les Grands qui Lisent de l’Indépendant… »

Non, cela m’arrive aussi, non mais ! C’est juste que le Grand, il mitraille de la chronique plus vite que son ombre ! Alors, forcément…

cendresLes éditions Rackham viennent d’avoir la bonne idée de publier « Cendres » d’Alvaro Ortiz. Tout démarre avec les retrouvailles de trois anciennes connaissances, ayant fait les 400 coups ensemble, puis que le temps a éloignés. Sauf que ce groupe d’amis n’était pas un trio mais jadis un quatuor. Et ce quatrième absent et le rendez-vous qu’il a organisé sont au centre de ce périple. Polly, Moho et Pitter, sans oublier Andrès un singe vont avaler les kilomètres et les souvenirs.

Alvaro Ortiz ne nous fait pas miroiter un improbable suspens sur les motivations premières de ce road-movie parfois tendu. Non, il joue rapidement cartes sur table, mais sait se préserver quelques effets de surprise sur le dénouement dont il a su distiller habilement les indices tout au long de l’ouvrage. Le choix narratif – évocation de l’histoire par un des personnages qui fait le point sur cette aventure -, les digressions et les saut dans le temps dynamisent et enrichissent le récit, plus qu’ils ne le ralentissent. Surtout, ils permettent de suspendre notre incrédulité naturelle (un singe qui conduit ? des bikers poilus hommes de main ?), d’accepter toutes ces « anomalies » volontaires et de plonger sans a priori dans cette histoire. Enfin, une force poétique et une élégance indolente dans le dessin, saupoudrées d’une pointe d’humour, entoure ce joli petit album, que, vous l’aurez compris, j’ai aimé.

trouLe deuxième titre « indé » que je vous conseille est « Le Trou« . Un individu trouve un trou chez lui, un trou aux capacités étranges. Face à ce phénomène, il décide de l’amener auprès de scientifiques… Je ne vous en ferai pas des caisses, cet album se voit plus qu’il ne se lit. Cela vient du froid, de Norvège pour être précis et l’auteur O.Torseter pourrait être un lointain cousin de M.A.Matthieu. C’est publié à La Joie de Lire.

 

 

Allez, je reviens dans du « mainstream » avec plein de rouages maintenant, encore que…

douce« Douce, Tiède et Parfumée« , tel est le titre joliment suranné de cette nouvelle série réalisée par Ignacio Noé aux éditions Glénat. Vous vous souvenez certainement des superbes planches de la série « Helldorado » (Morvan & Dufranne, Casterman), peut-être même que certains avaient pu admirer son talent dans des séries aux héroïnes plus dénudées. Qu’importe, découvrez ici la majestueuse délicatesse de ce maître argentin et sa colorisation toute en finesse. Dans une Angleterre victorienne où tout est à découvrir, où les carcans de la « bonne » société sont encore solides, une jeune fille de l’aristocratie londonienne  va tenter d’éclaircir les raisons de l’assassinat de son père. Quitte à y laisser des plumes ! Si ce n’est l’adoption d’un rythme très rapide et d’une fluidité dans la narration qui pourrait frustrer les amateurs de récits plus lents, le scénario surprend par sa fraîcheur et son dynamisme. A découvrir au plus tôt !

 

city hallJe me souviens d’un petit déjeuner angoumoisin et festivalier en 2011 où, en compagnie d’Elsa Brant et Guillaume Lapeyre, j’avais écouté, frétillant, les premières évocations de « City Hall ». Le carton sous le bras, Guillaume Lapeyre partait en pèlerinage pour trouver un éditeur à même d’accueillir cette iconoclaste série. Ce fut Ankama et une belle surprise en librairie. Aujourd’hui, sort le troisième et dernier tome de la première saison de City Hall, un monde où les écrivains ont un grand pouvoir (et donc de grandes responsabilités !) car ce qu’ils couchent sur papier à la capacité de devenir réel. Les autorités ont par conséquent détruit toutes les réserves de papier et imposé l’écriture par le biais de clavier ou de machine, plus manuelle. Malheureusement, un mystérieux Black Fowl terrorise Londres par sa plume habile. Le jeune Jules Verne et son acolyte Arthur C.Doyle parviendront-ils à déjouer ses plans ? Le scénario de Rémi Guérin est habile et efficace, mené tambours battants. On pourrait souvent reprocher une trop grande expressivité dans les réactions des personnages (tel l’inspecteur page 131), une théâtralisation mêlée de trop de pathos et quelques effets de manches que n’aurait pas renié Houdini, mais on n’adopte pas certains codes du manga et passer outre ses caractéristiques les plus « outrancières ». De plus, l’auteur mitraille (comme Gérald) de références et de citations, parfois de trop. Mais qu’est-ce que tout ceci face au plaisir de lire cette explosive série ? Faites-vous plaisir et sautez en marche !

 

cuttingEnfin, « Cutting Edge » aux éditions Delcourt, de Francesco Dimitri et Mario Alberti . Ce dernier, dessinateur italien issu de l’écurie Bonnelli, m’avait fortement marqué il y a dix ans déjà avec « Morgana » aux éditions Humanoïdes Associés, et certaines de ces productions outre-Atlantique. Il m’avait cependant largement déçu pour les pages qu’il assurait dans « Les Chroniques de Légion« . Je suis donc soulagé de le retrouver avec le style élégant de ses débuts français tout en ayant assimilé le dynamisme recherché dans ses œuvres les plus récentes. L’écrivain Francesco Dimitri réalise ici son premier scénario de bande dessinée où tout tourne autour d’un dodécathlon… ! Ah, mais qu’est-ce qu’un dodécathlon ? Pour les non-hellénistes, il s’agit de douze épreuves, ici organisées par la prestigieuse mais mystérieuse Corporation Leviathan (vous sentez venir le piège, mm ?) pour les meilleurs compétiteurs dans leur domaine respectif. Il y a ainsi des scientifiques, des sociologues, des artistes, des sportifs… En accumulant secrets sur silences, saupoudrés de manipulations, enrobés de demi-mensonges et de fourberies, les voilà lancés sur le défi. De tous ces « kalos kagathos », nous n’en suivons que cinq pour une première épreuve qui somme toute semble fort simple… Mais attention au faux-semblant ! Je suis curieux de voir ce que nous réserve la suite (combien de tomes par épreuve ? Verra-t-on les douze ?) mais pour l’instant j’adhère ! Et j’espère que vous aussi.

That’s all folks… Y’a pas que les grands…. hum.

Ceterum senseo, delenda est Carthago

Six mois ! Six mois que je n’ai pas écrit de chroniques pour notre si beau site, vous laissant orphelins de mes enthousiastes conseils. Non pas que mon coeur soit resté de pierre devant toutes ces nouveautés. Bien au contraire, nombreux sont les titres que j’ai essayé de vous mettre entre les mains avec ferveur et sincérité, dans la vraie vie. Citons entre autres Le Nao de Brown (Akileos), JLA Crise d’Identité (Urban), La Survie de l’Espèce (Futuropolis), Gatsby Le Magnifique (Gallimard), Johnny Jungle (Glénat), Zéro pour l’Eternité (Delcourt), Souvenirs de l’Empire de l’Atome (Dargaud) ou Le Beau Voyage (Dargaud)… et j’en oublie bien sûr. Il n’y a que dans ce monde virtuel que j’ai été absent.

Hé bien, il est plus que temps de reprendre la plume !

carthageEt nous embarquons immédiatement pour les terres puniques où deux mercenaires, un numide et un gaulois, vont se retrouver impliqués bien malgré eux dans ce qui pourrait être le casse du siècle ! Alors que l’armée romaine s’apprète à raser l’orgueilleuse Carthage, Tara de la guilde des voleurs va attiser la convoitise de Berkan et Horodamus pour qu’ils l’aident à dérober les trésors et les joyaux du temple de Tanit avec quelques complicités locales.

Il n’est plus besoin d’évoquer les talents respectifs d’Appollo (La Grippe Coloniale, L’Île Bourbon,…) et d’Hervé Tanquerelle (Les Faux Visages, La Communauté,…) qui ici encore touchent juste. Ils nous gratifient d’une opération que les gars d’Ocean (eleven) n’auraient pas reniée, le tout saupoudré d’un humour savoureux. En cette journée de la femme mentionnons également l’excellent travail d’Isabelle Merlet, accentuant par ses couleurs la touffeur des nuits carthaginoises. Un premier tome sur deux à découvrir d’urgence : Les Voleurs de Carthage (éd.Dargaud).

dormantsLes Dormants de Jonathan Munoz (éd.Cléopas) a fait une approche discrète sur nos tables. L’auteur avait déjà réalisé Un Léger Bruit Dans le Moteur (éd.Physalis), autant dire qu’il se devait de faire ses preuves. Malgré une couverture peu expressive et un prix légèrement rédhibitoire (19€85), ce one-shot a réussi haut la main toute ma batterie de tests. J’ai été captivé, j’ai été touché, j’ai même ri… L’humour noir ou parfois absurde emporte le lecteur dans un univers onirique qui n’est pas dénué d’émotions. Un insomniaque en quête de repos, touché également par une amnésie sélective, arrive dans une île improbable où la bêtise crasse se mêle à l’incompétence. Sauf que sur cette île se trouve une jeune fille qui endort inéluctablement tous ceux qui l’entourent, la contraignant à un triste isolement. Alors, un couple parfait ?

ombreDe bifides langues perfides pourraient dire de L’Ombre Blanche (éd.Soleil) que les auteurs lorgnent du côté des intrigues de cours du Trône de Fer. Pourtant, G.Martin n’a rien inventé et l’histoire comme les oeuvres de fiction regorgent depuis des siècles de trahisons, alliances, rébellion, meurtres,  intrigues et autres mots qui finissent en « -cides ». D’autant que cette calomnieuse affirmation ne tient pas la route, les auteurs réussissant à surprendre. Le seul héritier du roi Benedek a été enlevé et sans doute égorgé par une créature légendaire. Tout au moins, voilà ce qui a été rapporté après le massacre de l’escorte royale. Tous les autres prétendants au trône, famille proche ou lointains cousins, frétillent à l’idée de s’emparer du pouvoir des mains de ce roi diminué par un empoisonnement. Benedek décide alors de tous les rassembler pour retirer le bon grain de l’ivraie… Antoine Ozanam en quelques pages brosse un royaume où il ne fait pas bon montrer sa faiblesse. Il retrouve Antoine Carrion au dessin avec qui il avait réalisé le Chant des Sabres, ce dernier signant le pseudonyme de Tentacle Eye. Son dessin fin et précis se démarque de ses oeuvres précédentes offrant encore plus de maîtrise. Voilà une série à surveiller !

jake ellisPour finir, quelques mots sur le comics Qui est Jake Ellis ? de Edmonson et Zonjic (éd.Panini) qui malgré la rapidité avec laquelle on le lit, nous propose un joli thriller extrêmement dynamique. On attend avec impatience le deuxième tome pour comprendre dans quelle machination Jon Moore s’est empêtré et pourquoi Ellis lui parle dans sa tête.

Allez à dans 6 mois !

Ils n’ont pas que des dettes…

… les Grecs ont aussi une Histoire riche et une mythologie foisonnante ! Auteurs et éditeurs ont ressenti le besoin de nous replonger dans l’antique civilisation et publient simultanément quelques ouvrages ces dernières semaines.

Le tome 2 de la série Prunelle, fille du Cyclope (éd. Ankama) « Le Réveil des Géants » ouvre la danse. Grande satisfaction pour ce titre jeunesse, dont le premier tome est passé inaperçu, mais qui possède de grandes qualités. Prunelle est une jeune cyclope qui, accompagnée du jeune et fougueux Héraclès, du Minotaure et d’autres sommités de l’Olympe, va découvrir quel est son destin en plein Âge d’Or. Elle souhaite être une douce et inspiratrice Muse alors que les cyclopes sont depuis toujours cantonés aux travaux de la forge… Sur ce nouvel opus, le dessin de Cyril Kernel s’est affirmé : son trait est plus assuré, plus dynamique, plus expressif, attirant, donc ! La scénariste Vicky Portail-Kernel joue avec les légendes antiques pour en extraire un récit très vif et rafraîchissant et qui n’est pas exempt de surprises. Cerise sur le gâteau, un dossier pédagogique vient éclairer quelques notions méconnues de la mythologie. De quoi rendre cette série pour les plus jeunes incontournable dans sa catégorie.

J’avais découvert Nicolas Ryser avec les pages chatoyantes de la très bonne série Hariti, puis dans le récit plus intimiste Les Yeux d’Edith où il a rencontré le scénariste Jean-Blaise Djian. Le tandem se reforme auquel se rajoute Olivier Legrand pour une grande épopée, Les Derniers Argonautes (éd. Glénat). Attention, nous sommes d’accord, la couverture est une catastrophe, mais que cela ne vous empêche de découvrir cette saga. Les Dieux n’interfèrent plus auprès des humains, ils ne leurs parlent plus et ce mutisme mine ce monde, les hommes ont besoin de les entendre à nouveau. Seule solution : que Jason sorte de sa retraite pour partir en quête d’un objet qui permettrait aux Dieux de communiquer de nouveau. Sauf que Jason est vieillissant, perclus autant de rhumatismes que de mauvais souvenirs. Quant à l’Argos… On a hâte de découvrir la suite d’un premier album qui tient toutes ses promesses !

Encore une histoire de quête avec des spécialistes du genre :  Serge Le Tendre avec celle de l’Oiseau du Temps et Jérôme Lereculey avec celle du Graal ou de l’Anneau ! Ici, on joue avec la trahison, les luttes fratricides, les pleurs, les larmes, les charmes et un Destin qui ne tient qu’à un fil et trois Moires. Avec une efficacité consommée, les deux auteurs nous déroulent une guerre de succession avec le talent des grands aèdes. Une joie intacte pour des plaisirs simples avec le tome 1 de Golias Le Roi Perdu (éd.Le Lombard).

Faisons deux bons dans le temps avec le tome 2 de la Grande Evasion le Labyrinthe (M.Gabella, S.Palumbo éd.Delcourt), une expérience déroutante où la fine fleur de la recherche va pénétrer dans la mythique prison imaginée par Dédale. Complexe, surprenant, haletant, ce récit complet mérite qu’on s’y attarde. Le deuxième bond concerne un mythe moderne, celui d’Aristote Onassis et Stavros Niarchos. J.C.Bartoll et V.Nicaise dépeignent dans Une Tragédie Grecque le parcours de ces deux milliardaires amenés à jouer une grande place dans l’échiquier international… (éd.Bamboo). Pour les amateurs de grandes sagas familiales et de « biopics »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, on vous fait grâce d’une lecture rebutante : Minas Taurus (Cerqueira, Mosdi, éd.Le Lombard) ne possède malheureusement aucun intérêt, ni graphique (les décors !!), ni scénaristique. Vous pouvez donc passer sereinement votre chemin.

allez, Kaire !

Double Rouge et Triple Noir

Il y a quelques mois, je vous avais dit tout le bien que je pensais du « Samaritain« , série historico-policière scénarisée par Fred Le Berre et mise en image par Michel Rouge. Aujourd’hui, ils ont changé de crèmerie – ils éditent leur nouvelle série aux éd.Glénat – mais ils conservent toute les qualités de leur complicité. Dans la trilogie « Kashmeer » dont le tome 1 vient de sortir, un jeune étudiant parisien, spécialisé dans la chimie de pointe, est courtisé par de grands groupes industriels, voire des nations étrangères. Il n’en a cure, lui souhaite plutôt conquérir le coeur d’une fascinante indienne qu’il croise aux cours de langues orientales. Cette métisse anglo-indienne, Gita, peu à peu se laisse séduire par la personnalité anti-conformiste de Paul. Mais quelles lourdes menaces pèsent sur les deux étudiants ? Qui en est la véritable victime et quels sont les enjeux ?

Voilà le début d’un très bon thriller qui démarre lentement pour mieux surprendre ses lecteurs passée la vitesse supérieure. On évoque la géopolitique actuelle, les menaces internationales et une romance bien locale. Le tout sous le dessin précis et élégant de Michel Rouge.

Deuxième coup de coeur pour un thriller pimenté. La relève chez la famille Rouge est bien assurée avec le talent de Corentin Rouge, fils de Michel. En effet, avec le récit complet « Juarez », ce jeune auteur qui s’est auparavant exercé sur les albums de son père, nous montre qu’il peut aisément soutenir la comparaison. Des mauvaises langues pourraient médire sur la grande similitude de style graphique, mais qu’importe puisque le talent est là !

Se basant sur des faits – malheureusement – réels, la scénariste Nathalie Sergeef nous plonge dans un Mexique violent et corrompu où les femmes disparaissent par centaines. C’est l’une d’elle que le personnage de Gaël tente de retrouver… Se jouant des codes de la vengeance personnelle et de l’enquête en milieu hostile, N.Sergeef nous manipule pour mieux nous faire sentir le poids des trafics et nous surprendre dans les dernières pages. Ce thriller est publié aux éditions Glénat.

Autre polar, autre continent, Christian de Metter continue son travail d’adaptation avec « Piège Nuptial » (éd.Casterman) d’après un roman de Douglas Kennedy. Ici, un Américain en vacances arpente les régions reculées et désertiques du bush australien. Il croise sur sa route une jeune autostopeuse fraîchement majeure. Il accepte de la prendre avec lui. Ils passent tous deux de bons moments et puis… tout bascule !  Je ne vous en dis pas plus pour ne pas déflorer les rebondissements de ce très bon one-shot.

Au Temps des Colonies…

Parfois, en bon amateur de BD, une qualité qu’il faut entretenir avec soin est la patience. Savoir ronger son frein dans l’attente de la suite espérée. Puiser dans la méditation zen les forces permettant de repousser la frustration de tout ce temps loin de ses héros… Souvent, les auteurs étant magnanimes, ils abrègent notre supplice au bout d’un an. D’autres, plus pervers, rallongent ce délai d’un an voire deux. D’autres enfin annihilent toute notion de temps.

Et puis il y a des séries qui sont hors de ces considérations bassement temporelles et réapparaissent un jour, dans la jubilation extatique suivant l’attente anxieuse ou l’indifférence la plus abyssale. Sasmira a fait partie de ces Arlésiennes de la BD, avec une épiphanie discutable. Les neuf ans d’absence entre les deux tomes de La Grippe Coloniale (éd.Vents D’Ouest) placent également cette série dans le palmares ! Mais ici, le tome 2 de ce récit poignant (et malheureusement véridique) sur l’épidémie de grippe espagnole qui frappa l’île de la Réunion ne déçoit pas. Appollo et Huo-Chao-Si évoquent le retour de ces gueules cassées parties défendre la patrie lors de la Der des Ders, accueillies avec peu d’égards, tant à l’aller qu’au retour. Ces deux auteurs qui ont vécu à la Réunion  mettent en avant le clivage, tant social qu’ethnique, qui dirigeait la vie de l’île et qu’un faux vernis de fraternité n’arrivait pas à réduire. Et tout cela est néanmoins raconté avec tant de légèreté ! Il a fallu mériter ce tome 2, mais une fois dans les mains, on ne peut que se satisfaire d’une telle réussite. Et si l’envie vous prend d’aller plus loin dans la connaissance de ce petit bout de France de l’Océan Indien, Appollo avait auparavant réalisé deux autres récits mettant la Réunion en avant : « L’Ile Bourbon » (avec Lewis Trondheim au dessin, éd.Delcourt) et « Fantômes Blancs » (avec Li-An, éd.Vents d’Ouest). Mais ce serait largement restrictif si nous omettions quelques unes de ses meilleures séries : « Commando Colonial  » et « Biotope » (les deux avec Brüno, éd.Dargaud)

 

Même période, autre territoire, « Les Quatre Coins du Monde » (éd.Dargaud) nous transporte dans les dunes, dans les Massifs du Hoggar – alors dans l’Algérie française – où un jeune soldat français, encore empêtré dans les habitudes, la discipline et le conformisme de la métropole, va intégrer les forces armées du Sahara. Sa difficulté a embrasser le métissage des cultures et des traditions qui se sont opérées entre les soldats et les nomades touaregs, la fraternité, l’amitié et la confiance qui les unissent, rappellent au chef Dupuy comment lui-même s’est comporté lors de son arrivée au Sahara, fraîchement émoulu de Saint-Cyr. Lorsqu’il a rencontré le célèbre capitaine Barentin en 1913…

Hugues Labiano, pour la première fois seul maître à bord de son histoire, nous offre un récit enchâssé de grande finesse : les recherches autour de la disparition du Capitaine Barentin et l’immersion du jeune soldat, mêlées aux souvenirs du vétéran lorsque lui-même était un bleu. Avec langueur et néanmoins dynamisme, il nous imprègne de ce mode de vie, de la réalité du terrain bien loin des décisions de Paris et surtout de l’amitié et de l’honneur qui se forgent entre ces hommes. Le dessin d’Hugues Labiano, à la fois réaliste dans son ensemble, mais très marqué lorsqu’il s’agit des visages, gagne encore en expressivité. Si j’avais adhéré immédiatement avec « Matador » (scé. Jakupi, éd.Glénat) puis « Dixie Road » (scé. Dufaux, éd.Dargaud), « Black Op » avec Desberg aux éditions Dargaud avait prouvé qu’il était capable de s’approprier tous les univers, y compris les récits d’espionnage. Je ne peux donc que vous inciter à vous plonger dans la chaleur étouffante de ce diptyque saharien  avec délice !

 

Pour finir, quittons les colonies pour revenir sur la notion de temps à savourer en parlant de « Holmes » (éd. Futuropolis) dont le tome 3 vient enfin de sortir ! Je ne vais pas une fois de plus vous faire le panégyrique de cette série, ni vous dire tout le bien que je pense de ce duo d’auteurs Luc Brunschwig et  Cecil, je vous encourage uniquement à ouvrir les pages de ce troisième tome, toujours aussi réfléchi dans ses couleurs, puissant dans ses dessins, inplacable dans son scénario et accompagner ce pauvre Watson sur l’enquête du plus grand des enquêteurs…

De belles images pour enfants (presque) sages [épisode 2]

Avant de chroniquer quelques très bons albums de Bande Dessinées, je m’octroie une petite escale dans le monde infini de l’illustration. Il est indéniable dans ce domaine que j’ai toute une culture à parfaire. Pour Nocturne de Pascal Blanchet, j’avais été happé par son ambiance et sa rigueur minimaliste. Le bandeau « Le nouveau livre de Pascal Blanchet » et mon incapacité à en désigner des anciens laissaient présumer que quelques lacunes étaient bien là.

Avec « Sunny Side » de Pascal Campion dans la collection CFSL Ink d’Ankama, je sens bien que ce monsieur a de la bouteille et un univers chatoyant, sans savoir s’il est un pilier du sérail ou un « morning star » au talent débridé. Qu’importe, « Take it as it comes » comme disait le grand philosophe-lézard !  Et je m’en imprègne avec beaucoup de bonheur. Il se dégage beaucoup d’émotion et de plaisirs diffus dans ces 140 pages d’illustrations. Il restitue avec sobriété et intensité (quel paradoxe !) la lumière écrasante d’une après-midi d’été (Crossing), le soir qui approche (Ah ! Provence !), une éclaircie fugace (Street in Fall) ou un rayon dans les branchages (Little Wonders). Les pensées qu’il livre, les conseils qu’il prodigue ainsi que les étapes de création de certaines images ont autant d’intérêt pour le professionnel que pour le néophyte. Un recueil complet donc qui vous ouvrira les yeux.

 

 

 

 

 

 

 

 

De l’import cette fois-ci, avec « The Art of Brave » qui nous fait découvrir toutes les recherches graphiques du prochain film d’animation des studios Disney-Pixar. Chara-design, recherches de décors, story-board, esquisses, crayonnés, études d’ambiance,… il y en a pour tout le monde ! Ce qui ne sera pas le cas de cet ouvrage car nous n’en avons reçu que très très peu ! Si vous avez le malheur de passer à côté de ce recueil de Chronicles Book, il ne vous restera plus qu’a attendre la sortie de « Rebelle » (VF) la saga de cette jeune rouquine écossaise le 1er août sur les grands écrans.

 

 

Pour finir, pour tous ceux qui pleurent chaque soir l’arrivée hypothétique d’un nouveau Ishanti de Crisse, on a quelque chose pour vous ! « Les Dieux du Nil » avec son complice Fred Besson aux éditions Huginn & Muninn nous présente le panthéon égyptien. Bien sûr, la part belle a été faîte aux déesses lascives ou impérieuses, pour lesquelles vous tomberez sous le charme ou le joug. Une fois encore, on ne peut qu’admirer le travail de ce duo complémentaire qui savent mettre en valeur les formes et l’exotisme de ces animaux-dieux anthropomorphes. S’ils avaient quelques minutes pour faire quelques BD ce serait…divin !