Coups de coeur : Du libraire chevelu

Lectures vagabondes…

… de fin août et début septembre 2016. Panorama rapide de mes lectures satisfaisantes. Celles qui ne l’étaient pas, je les oublie !

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« Coquelicots d’Irak » apporte un éclairage intéressant sur le quotidien en Irak dans les années 60-70. Un témoignage sensible en courtes anecdotes. Cet album n’échappe pas à la comparaison récente (L’Arabe du Futur) ou lointaine (Persépolis) mais sort néanmoins son épingle du jeu par un humour discret, une analyse fine et une franchise surprenante sur sa famille.

Coquelicots d’Irak / Brigitte Findakly & Lewis Trondheim / éd.L’association

 

« Hawkwood » T.3 continue de nous plonger efficacement dans la Guerre de 100 ans au travers d’une troupe de mercenaires aguerris, au plus près de la réalité historique. Alors que « Montage » T.15 marque un peu le pas dans ses révélations et s’embrouille dans sa violence parfois gratuite. Néanmoins ce thriller sur le vol de milliers de Yens reste palpitant et addictif.

Hawkwood, mercenaire T.3 / Tommy Ohtsuka / éd. Dokidoki

Montage T.15 / Jun Watanabe / éd.Kana

 

« Mondes Obliques », suite de « Réalités Obliques » a un goût de Twilight Zone assumé. Plus noires que les précédentes, ces saynètes dépeignent un univers cynique et désespéré. L’extrême ingéniosité des situations fantastiques est à saluer.

Mondes Obliques / Clarke / éd.Le Lombard

 

« Exarcheia », grâce au retour dans un quartier d’Athènes de son enfance d’un jeune Grec, nous met face aux quotidiens de cette population. Les remous politiques, les difficultés économiques, la montée de l’extrême-droite, les aspirations libertaires, la contestation pacifique ou pas et tant d’autres. Sans oublier les petites gens, leurs amours et leurs espoirs. Très dense et très riche, cet album souffre parfois d’un manque de contextualisation et de traduction (les graffitis, les slogans, les banderoles sont en grec). Il n’en demeure pas moins une très bonne découverte de la rentrée.

Exarcheia, l’Orange amère / Dimitrios Mastoros & Nicolas Wouters / éd. Futuropolis

Les éditions du Long Bec rééditent la saga « Fog » en deux gros pavés. C’est l’occasion rêvée pour découvrir les premières œuvres de Cyril Bonin.  En pleine ère victorienne, des policiers enquêtent sur des crimes pour lesquels l’occulte et le mystère ne sont peut-être pas étrangers.

Fog T.1 / Roger Seiter & Cyril Bonin / éd. du Long Bec

Nous reviendrons prochainement plus longuement sur « L’anniversaire de Kim Jong Il« , mais sachez d’ores et déjà qu’il fait partie de nos albums coups de cœur de la rentrée.

L’Anniversaire de Kim Jong-Il / Aurélien Ducoudray & Mélanie Allag / éd. Delcourt

Il est agréable de retrouver Pascal Rabaté le temps d’un album avec un graphisme proche d’Ibicus ou Un ver dans le Fruit. En pleine débâcle,  un soldat français tente de retrouver son régiment, à son rythme paisiblement. Il n’a rien d’un déserteur mais il n’est pas suicidaire non plus. S’il n’apporte rien de neuf sur cette époque, « La Déconfiture » montre le danger bien réel de la guerre et les « trous » dans lesquels certains sont passés à côté de la menace. On espère que le deuxième tome se lira un peu moins vite…

La Déconfiture T.1 / Pascal Rabaté / éd.Futuropolis

Je suis toujours fan de cette série policière au parfum britannique cynique et réaliste qu’est « Maggy Garrisson » . Ce troisième opus conclue l’intrigue du premier tome et installe deux mini enquêtes – sur des dents et des photos ! – . Celles-ci auraient mérité peut-être un peu plus de page car leur conclusion est un peu abrupte. Cependant, la rigueur du dessin et l’humour pince-sans-rire sont toujours au rendez-vous.

Maggy Garrisson T.3 / Lewis Trondheim & Stéphane Oiry / éd.Dupuis

Gérald vous a déjà vanté les qualités du « Sixième Dalaï-lama« , il est inutile donc que je m’y attarde.

Le Sixième Dalaï-Lama » T.1 / Guo Qiang & Zaho Ze / éd.Fei

A très vite pour de prochains vagabondages !

 

 

 

Quelques femmes d’exception

Avant de plonger dans le maelström de la rentrée littéraire, je vais m’attarder sur trois titres sortis avant les vacances, chacun d’eux faisant la part belle à un personnage féminin.

Amer savoir celui qu’on tire du voyage…

port-des-marins-perdus-couverture_5631447Non, je ne vais évoquer ni Baudelaire, ni « Théodore Poussin » (dont j’attends pourtant avec impatience la sortie du prochain tome) mais de l’album « Le Port des Marins Perdus« . Publié aux éditions Treize Etrange, ce récit en un tome m’a tout bonnement captivé, enivré, transporté ! Un jeune garçon est retrouvé sur une plage lointaine du Siam par un capitaine anglais en 1807. Victime d’un naufrage, ce jeune homme ne se souvient plus de rien. Seule trace dans cette immense page blanche, son prénom Abel. Alors que les guerres napoléoniennes mettent les mers à feu et à sang, le capitaine va le prendre sous son aile et le ramener à Plymouth. Là, il va le confier à la famille de son ancien mentor et ami, un commandant prénommé lui aussi Abel. Malheureusement ce commandant est accusé de trahison et ses trois filles se retrouvent dans le plus grand dénuement. Cela ne les empêche pas d’accueillir comme il se doit ce jeune amnésique.

Teresa Radice et Stefano Turconi, déjà auteurs de l’excellente série jeunesse « Violette autour du monde » (éd.Dargaud), nous gratifient d’un « opéra graphique » (dixit l’introduction) long et poignant. Quatre actes témoignent d’un vibrant hommage à la littérature anglaise, à la mer insoumise, aux marins et leurs superstitions, à la poésie qui réveille l’âme également. Car si Abel est bien le protagoniste central, la figure, tout à la fois lumineuse et crépusculaire, qui se démarque est Rebecca. Tenancière d’une maison close, son parcours est sinueux tout comme ses aspirations  et les liens qu’elle tisse avec ses clients. Amoureuse de la littérature, elle va peu à peu ouvrir les yeux d’Abel. Quant aux trois filles qui le recueillent, elles sont loin d’être monolithiques. Face à l’opprobre qu’elles subissent depuis la trahison de leur père, chacune apporte candeur, fougue ou pondération au tumulte de leur nouvelle vie. Dans « Le Port des Marins Oubliés« , même si elles restent à terre les femmes sont les fanaux des hommes.

Les langues pernicieuses pourraient interroger le rendu graphique de l’album : « Il est joli le brouillon. Quand sort la version définitive encrée ? ». Toutefois, le choix d’un simple crayonné poussé participe à l’évanescence de l’intrigue, son mystère et sa fantasmagorie. Ces presque 300 pages se méritent, elles ne se laissent pas vaincre en une seule fois. On s’y prend, on s’y perd, on y revient. Mais la récompense est là.

A tel point que, à l’heure où j’écris ces lignes, l’album est épuisé. Il faut dire qu’entre autres Télérama et l’Express en avaient dit du bien. Mais une réimpression est prévue prochainement. Ne la manquez pas !

Sous les pavés, hasta siempre !

INSOUMISES_couvGF2J’attendais des éditions du Long Bec une oeuvre majeure qui marquerait leur catalogue, pas une réédition mais bien une nouveauté qui permettrait de braquer les feux de la curiosité. Je pense avoir enfin trouvé mon bonheur avec « Insoumises« .

Le scénariste Javier Cosnava et le dessinateur Rubén dépeignent un trio de femmes de la Guerre d’Espagne à mai 68 en passant par la 2nde Guerre Mondiale. Caridad, Fé et Esperenza se retrouvent malgré elles en première ligne de la lutte contre le franquisme. De ces épisodes sanglants, naîtra une amitié indéfectible, quels que soient les parcours individuels de ces trois femmes et les soubresauts de l’Histoire. Les auteurs, tout en ménageant des phases d’actions et de luttes, présentent un récit loin des intrigues convenues sur le féminisme. En effet, c’est bien à chaque fois la place de la Femme qui est convoquée à la table de l’Histoire. En premier lieu, c’est effectivement la rôle de la Femme dans la guerre qui est évoquée. Là où sont glorifiés les soldats et les hommes qui ont versé leur sang pour une cause ou une nation, Caridad, Fé et Esperenza rappellent que les femmes ont aussi pris les armes et sont tombées.  La place de la femme dans la société, que ce soit la France occupée des années 40 ou corsetée des années 60, est présentée sous un axe atypique. La femme face à sa propre sexualité et les interdits que l’homme lui imposent émaillent également le récit. Mais aucune de ces approches n’est didactique ou moralisatrice. Chacune des héroïnes fait des choix et des erreurs et participe à la lutte émancipatrice.

Voilà donc un album qui mérite toute votre attention !

Chère cousine…

talcJe ne sais comment l’expliquer mais les derniers albums de Marcello Quintanilha me font penser à des films. « Tungstène » m’évoquait « Chute Libre » et celui-ci n’échappe à la règle. « Talc de Verre  » paru aux éditions Çà et là me ramène à « Requiem for a dream » et plus particulièrement à la mère en attente d’un passage à la télé. Les thématiques sont différentes me direz-vous et vous auriez raison. Toutefois, le basculement dans une névrose et le message lancinant qui tourne en boucle sont présents dans les deux œuvres.

Rosangela a tout pour être heureuse. Elle a un métier épanouissant et très bien payé, un mari aimant et attentionné, des enfants formidables. Son niveau de vie lui permet d’obtenir tout ce qu’elle souhaite. Dans ce Brésil aux fractures sociales abyssales, elle est dans les sphères aisées. Toutefois, dans ce bonheur idyllique, un sentiment diffus émerge. Dans ce monde parfait, le souvenir de sa cousine, maltraitée par la vie, revient inlassablement. Cette cousine malgré tout digne et courageuse… Et dotée d’un sourire… et de cheveux… d’une telle beauté.

Et voilà à partir de ces éléments, l’auteur va créer une descente aux enfers, à la fois tellement invraisemblable et pourtant si crédible. En optant pour un narrateur omniscient s’adressant au lecteur, il crée les conditions à ce que cette folie ordinaire s’installe et ravage tout sur son passage. Vous trouverez sans doute cet album irritant. Vous le lirez en vous forçant ou avec une sorte de malaise. Quintanilha a tout fait pour. Et c’est cette dissection de ce syndrome qui rend l’ouvrage intéressant. C’est cette vue vertigineuse de l’intérieur qui lui donne sa saveur.

Alors, bien sûr, je ne trouve pas que la cousine soit bien dessinée, que son sourire soit sublime et ses cheveux parfait. Cependant, le décalage du dessin hyper réaliste (et parfois hyper lourd) participe également à l’épaisseur de cette tranche de vie.

A découvrir donc avec toutes les précautions d’usage : il ne plaira pas à tout le monde !

Flocon de neige et engrenage

Que diriez-vous de quelques comics pour amener à la plage (ou ailleurs) juste avant la rentrée qui se profile dangereusement ? En voilà trois qui iront bien avec votre bronzage.

PLANETARY T.1 / Warren Ellis & John Cassaday / Editions Urban Comics

planetary-tome-1-39675Avec « Le Marquis » de Guy Davis, « Planetary » est la série présente dans ma bibliothèque personnelle sous le plus grand nombre de déclinaisons, au gré des vicissitudes éditoriales : fascicules VO, TPB, éditions Soleil, Spark, Semic ou Panini. Pourquoi ? Parce que « Planetary » est une série extrêmement bien écrite et construite avec une lucidité scénaristique impressionnante par Warren Ellis. Quant à John Cassaday, alors jeune dessinateur, il donne le meilleur de lui-même sur ces planches.
Une organisation aussi mystérieuse que dotée de fonds financiers solides exhume les secrets hors du commun du monde. A sa tête se trouvent quatre individus pourvus de « superpouvoir » : Jakita Wagner fait preuve d’une endurance, d’une force et d’une vitesse accrues, Elijah Snow maîtrise les températures et est un enfant du siècle (nous reviendrons sur cette idée), le Batteur ressent le flux des informations et enfin le quatrième homme est mentionné mais on ne saura rien de lui au début de l’histoire.

img-1-small580L’intrigue démarre avec le recrutement d’Elijah Snow dont on devine un passé tumultueux et bien rempli. Il ne sait toutefois rien de cette organisation qui désire l’employer. A travers son regard, le lecteur va appréhender le quotidien de ces archéologues du surnaturel. « Archéologues » voilà une des forces de cette série : les personnages se positionnent en tant que chercheurs, enlevant une par une les strates de complots cachant le vrai visage du monde. Ce ne sont pas des troupes d’interventions, des justiciers pourfendeurs de torts. Non, ils viennent après les catastrophes et cherchent à les comprendre pour éviter que d’autres désastres ne surviennent. Bien sûr, arrivés à un certain point, l’adversité surgit et il faut alors intervenir, parfois avec violence.

Les qualités de cette série sont nombreuses. En premier lieu, bien qu’étant intégré à l’univers Wildstorm et notamment aux séries de comics « Stormwatch » et  » Authority« , « Planetary » bénéficie d’un statut à part, voguant de manière autonome dans sa propre sphère d’influence. Bien sûr, des événements communs sont évoqués, des cross-overs sont organisés. Toutefois, le lecteur n’est pas oppressé par un univers cohérent dont il devrait avoir toutes les clés.

Ensuite, « Planetary » a été conçu en maxi-série, c’est-à-dire avec une fin déjà programmée et des éléments amenant au dénouement parsemés dans chaque épisode. En moins de 30 chapitres (deux albums), Warren Ellis crée une toile qui, de prime abord, semble composée d’épisodes autonomes. Puis petit à petit, les éléments se répondent, se coordonnent, se justifient les uns les autres. Et la fin est une vraie conclusion, avec son lot de révélations et de parts d’ombre.

Planetary4Pour dérouler le reste des qualités scénaristiques, je dois évoquer Thomas Schatz. Ce critique de comics explique les différents états dans lequel l’industrie du comics a transité. Il parle notamment de l’âge baroque ou maniériste. Le comics revient à ses propres fondements, à sa propre mythologie pour la ré-exploiter dans des récits nouveaux, rendant hommage à ses prédécesseurs sans plagiat. Ce regard en arrière, dans des cas exceptionnels, magnifie la matière première principale en comics inoubliables. Dans cette catégorie, je pense notamment à « Astrocity » de Busiek et Anderson, « 1985 » de Millar et Edwards ou encore « Top 10 » de Moore et Ha.

Ici, Warren Ellis invoque les bases du comics : la littérature pulp, la pop culture, le « mauvais » genre. Il se joue de ses figures emblématiques : Doc Savage, Godzilla, la Justice League, les 4 Fantastics, Hulk, Sherlock Holmes… Ainsi, il crée une connivence avec le lecteur amateur du genre, l’emmène sur un territoire qu’il croit balisé. Puis, le surprend en réutilisant tout ça de manière inattendue. Ces Fantastics-là sont les parangons du mal et les rayons gamma n’ont causé que des drames.

Planetary1Dans Stormwatch, Ellis avait intégré le concept d’enfant du siècle avec Jenny Spark. Il récidive avec Elijah Snow : tous deux sont nés le 1er janvier 1900 et mourront à la fin de ce siècle. Ils ont fortement influencé le cours du XX° et ont protégé la Terre de toutes menaces. De manière sous-jacente, le scénariste affirme que la littérature de genres a façonné notre époque, qu’elle l’a manipulée pour arriver à la culture d’aujourd’hui, numérique, moins mystérieuse mais tout aussi dangereuse. John Cassaday enfonce le clou : Hugo Pratt sert de modèle physique à Snow, alors que le Batteur est son autoportrait. La boucle est bouclée : le réel et le comics s’interpénètrent.

Parlons justement de Cassaday. Dessinateur peu connu à cette époque, son trait réaliste presque froid se trouve au diapason de l’histoire. Il ne montre que l’essentiel réduisant les décors à ce qui est significatif : vaisseau exubérant et détaillé, chambre d’hôpital à peine esquissé. Les tenues de ses personnages sont loin des uniformes de leurs homologues super-héroïques. Elles sont fonctionnelles ou élégantes, voire variées (!) mais surtout elles ancrent une fois de plus le récit dans le réel.

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Chers lecteurs français, il vous est à présent possible de lire l’intégralité de cette formidable saga en deux tomes (le second sortira l’année prochaine) avec quelques cross-overs et hors-séries aux éditions Urban Comics.

EX MACHINA T.5 / Brian K. Vaughan & Tony Harris / Editions Urban Comics

ex-machina-tome-5-40562Toujours chez le même éditeur, le dernier tome de « Ex Machina » vient enfin de sortir. Jusqu’ici inédite en France, la conclusion des aventures de Mitchell Hundred vaut son pesant de… boulons ! Brian Vaughan et Tony Harris nous ont tenu en haleine pendant cinq gros volumes, disséminant discrètement les éléments du grand final. Une apothéose !

Tiens, vous souvenez-vous que toute la série est basée sur un flashback, que Mitchell  vous a annoncé comment la catastrophe s’était produite dès les toutes premières pages ? Hé bien voilà, on y est ! Tous les engrenages sont à présent assemblés.

505156-21exm_cv39Pour ceux qui auraient vraiment tout oublié, Mitchell Hundred a des super-pouvoirs. Suite à un accident avec un mécanisme venu d’ailleurs, cet ingénieur a la capacité de communiquer avec toutes les machines et de leur imposer sa volonté. Après une courte carrière comme justicier masqué, il se rend compte que pour rendre New-York meilleur, pour prendre le mal à la racine, il n’a pas fait le bon choix. Il brigue donc la mairie de New-York pour porter ses idéaux. Et obtient le mandat ! Dès lors, Mitchell va devoir gérer les problèmes de gestion d’une municipalité mais également les mystères qui entourent ses pouvoirs.

« Ex Machina » est une série rafraîchissante. Ses personnages sont authentiques avec leur dose d’humour, d’humeur, de convictions et de lâcheté. Ils nous renvoient à notre réel et notre actualité, que ce soient les questions de terrorisme, de racisme ou de géopolitique globale (Sarkozy, vraiment !?). Mais elle y apporte sa petite touche d’exotisme, son prisme déformant à travers les pouvoirs de Hundred et ce que cela implique comme bizarrerie ou danger.

ex-machina-wallpaperComme pour « Planetary », Vaughan insinue que le comics a de l’importance, qu’il forge une certaine forme d’héroïsme chez ceux qui sont suffisamment ouverts à cette littérature mais qui ont aussi suffisamment de recul pour en voir les applications dans le réel. Mitchell est fan de comics, il choisit donc dans un premier temps la voie du justicier masqué tout en observant son caractère vain et artificiel. La mise en abyme de Vaughan est totale et il se joue des codes du comics pour mieux nous surprendre.

La fin vous surprendra, peut-être moins que pour « Y le Dernier Homme ». Toutefois, la conclusion douce-amère ne fait que renforcer la faillibilité de l’être humain. Le pouvoir corrompt, qu’il soit politique ou surnaturel. Il faut juste suffisamment de lucidité pour l’accepter. Telle pourrait être la morale de cette histoire.

Ah, oui et puis Tony Harris est un super dessinateur. C’est tout.exmachina4

MANIFEST DESTINY T.1 / Chris Dingess & Matthew Roberts / Editions Delcourt

MANIFEST DESTINY 01 C1C4 OK.indd001_073MANIFESTDESTINY01.inddPour ceux qui ont eu le courage de lire jusqu’ici, je leur conseille de jeter un coup d’oeil à « Manifest Destiny » de Chris Dingess et Matthew Roberts aux éditions Delcourt. Grâce à eux, j’ai enfin compris le jeu de mot d’un arc des X-Men qui portait le même nom. Car Manifest Destiny a une vraie signification que je vous laisse découvrir ici. Dans ce premier tome, un équipage composé de scientifiques, de militaires et de repris de justice doivent rejoindre un fort éloigné dans l’Ouest américain. De là pourront s’installer des colons qui porteront la bonne parole et la civilisation dans ces contrées perdues.

Et bien sûr, cela ne se passe pas comme prévu… Voilà un album divertissant, un brin horrifique et ancré dans une période historique (le tout début du 19ème américain) que je connais mal. Tout pour plaire !

Voilà c’est tout pour aujourd’hui.

 

Pousser ou grandir

– après R.Silverberg –

Les chroniques sociales ou les comédies de mœurs ont une saveur différente lorsqu’elles nous viennent d’outre-atlantique. Elles fleurent l’exotisme américain, pourtant si familier grâce aux séries TV, films et autres comics dont nos générations se sont abreuvés. Elles parlent des spécificités new-yorkaises, de l’air du temps des grandes villes, de la société contemporaine américaine. Et pour les plus réussies, avec cette touche d’humour et d’ironie qui en pimente l’intérêt. Toutefois, malgré cet estampillage US, la plupart du temps, ces tranches de vie sont universelles. Le lecteur français y trouvera autant que dans un « M.Jean« , un album de Christopher, Peyraud ou même Jim. Elles abordent la vie avec ses complexités, ses choix, ses joies et son inéluctable évolution.

 

Le retour dans nos librairies françaises d’Alex Robinson, auteur du dense jouissif « De Mal en pis » (éd. Rackham), me permet de remettre en avant trois titres qui comme dirait ce bon vieux Mark Knopfler illustre « the walk of life ».

new york four 1new york four 2Avant de rentrer de plain pied dans la vie adulte, pour certains d’entre-nous, il y a la case « étude » « université » et/ou « coloc' ». Sortie l’an dernier aux éditions Urban, « The New York Four » se focalise sur cette période charnière où tout se joue, les amitiés comme les décisions. Brian Wood, pour honorer le contrat le liant à l’éphémère collection « Minx » de DC destinée à un public féminin, avait décidé d’évoquer son amour pour New York, sa vie nocturne, sa jeunesse, son dynamisme, à travers la colocation de quatre jeunes femmes. Avec chacun des protagonistes, nous en arpentons les rues, nous nous grisons dans ses concerts et nous sommes impressionnés par ses buildings. Cet amour quasi viscéral, charnel pour la ville et ses habitants, nous pouvons le retrouver dans une de ses séries phares : « DMZ » en compagnie du même dessinateur Ryan Kelly. Ce dernier, avec une grande acuité, nous apporte grandeur dans les décors et humanité dans
les personnages, il capte le pouls de la ville et les battements de cœur de ces jeunes filles.

new york four 3Elles sont quatre, atypiques et profondément attachantes, révélant leur personnalité au fil des pages. Ren, Lorna, Marissa et Riley, la narratrice, sont les archétypes de ces jeunes adultes qui au contact des unes les autres mais aussi de la Ville vont se révéler à elle-même et aux autres. Prise de confiance, prise de conscience également, certaines vont apprendre à connaître une sœur, d’autres à s’affirmer… B.Wood et R.Kelly n’oublient pas également de rythmer l’intrigue par quelques rebondissements tels que ce mystérieux interlocuteur qui laisse des messages à Riley ou la rencontre d’Olive qui squatte l’immeuble. Ce récit complet, dont la fin a été un peu précipitée pour des raisons éditoriales, se lit avec beaucoup de plaisir et de simplicité…

 

cute 1Après les études, viennent les premiers jobs, les rencontres amoureuses un peu plus sérieuses et la confirmation (ou pas) que nos premiers choix n’étaient pas les mauvais. Dans « The Cute Girl Network« , paru aux éditions Glénat, Greg Means, MK Reed et Joe Flood nous content une petite histoire sans prétention abordée avec humour et décalage.  Jack, bien que mignon et touchant, est le parangon de la maladresse, sous toutes ses formes. Entre ses mains, tout objet devient dangereux et son absence de filtre social le place dans des situations où il peut blesser l’amour-propre d’autrui ou paraître pour ce qu’il n’est pas. Sa nonchalance et sa candeur, en plus d’une soupe gratuite (Jack est vendeur de soupe ambulant) ont fait craquer Jane. Jane, elle-même, ne rentre pas dans les cases. Vendeuse dans un magasin de skate-board, skateuse douée, elle doit se battre quotidiennement pour exister dans ce milieu quasi exclusivement masculin. Le coup de foudre est assuré pour ce couple si étrangement assorti. Sauf que Jack a un passé amoureux et Jane des amies bien pensantes. Tout un réseau d’ex vont la mettre en garde contre le péril Jack… La force de ce récit est la détermination de Jane dans toutes les situations que ce soit dans ses engagements féministes à son échelle, la tendresse qu’elle porte à son copain ou son refus du diktat de bienséance amoureuse de « ce-qui-est-bon-pour-toi-que-tu-ignores-encore ». Pris dans l’air du temps, cette petite histoire apporte sa modeste contribution à casser les codes.

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robinsoncouvrobinson2Inéluctablement, vient le moment où la quarantaine arrive : la bande de potes s’est assagie, les couples sont à présent des familles et l’heure du bilan a sonné. Tout ceci, Alex Robinson dans « Notre univers en expansion » (éd.Futuropolis) nous l’assène avec un réalisme teinté d’humour un brin désabusé. Après avoir exposé les affres et les joies de la trentaine à New York dans « De Mal en pis » et ses deux mini suites, il prolonge sa réflexion sur notre société 12 ans plus tard. Scotty et Ritu ont un enfant et en attendent un deuxième, Bill et Marcy sont en couple depuis longtemps et la question de l’enfant se pose, quant à Brownie, sa vie de célibataire lui convient bien ou tout cherche-t-il à le faire croire. Telle est la situation de départ.

robinson5Toutefois entre les reculades de Bill sur la paternité, la pression parentale pour avoir des petits-enfants ou les réunions de famille et leurs mesquineries et luttes larvées, le couple de Bill/Marcy sent que l’on attend encore plus d’eux. On pourrait penser qu’heureusement l’amitié, elle, est indissoluble mais se serait minimiser l’importance de choisir son camp entre sa femme ou son pote. Comme dans « The Cute Girl Network », le lecteur est amené à se demander ce qui est indissociable et capital dans un individu et la relation que l’on entretient avec lui, en opposition à ce qui fait partie de l’erreur, de l’accident de parcours qui ne devrait pas (ou peu) remettre en cause le jugement et les sentiments que l’on avait à son égard jusqu’ici. Le personnage de Brownie est riche puisqu’il est à la fois le plus immature, le plus fou et en même temps le plus lucide sur les difficultés de ses amis et de la vie en général. « Notre univers en expansion » brosse toutes les facettes de ce que l’amitié a à nous offrir lorsqu’on est à un âge où la maturité sereine tarde à venir.

 

Voilà donc trois chroniques sociales américaines, trois romans graphiques en N&B, trois approches de notre quotidiens qui sont des reflets, déformés certes, mais enrichissants que je vous encourage à découvrir.

 

 

Aie conffffiance… ssss…

cest-un-oiseauc-est-un-oiseau
Bon, cela fait combien de temps qu’on se connaît maintenant ? Cinq ans ? Six ans ? Presque douze pour certains si on cumule… Vous pouvez me faire confiance en tant que libraire, non ? Si je vous dis qu’un album est excellent, extraordinaire, touchant, toute incrédulité est à présent balayée et vous pouvez le prendre les yeux fermés. Non ?Je n’ai plus besoin de vous en vanter les mérites ou de mettre en avant ses qualités. On a dépassé les doutes, la méfiance, non ?

 
Alors, je dirai juste : faîtes moi confiance « C’est un oiseau » du scénariste Steven Seagle et du dessinateur Teddy Kristiansen (ah le Manoir aux Secrets ! ah Grendel ! ah Sandman !) aux éditions Urban est un excellent album. Je l’ai dit en 2010, je l’avais dit en 2004 et je le redis en 2016. Ouvrez-le, lisez-le.

cest-un-oiseau2Bon, c’est des coups à faire baisser ma côte de confiance si ça ne vous plaît pas mais j’assume !

super

 

 

 

 

album-cover-large-27654Ah et puis dans un autre registre, jetez un coup d’oeil à « Chroniques de Nulle part » de Starsky, Rica et Tocco aux éditions Aaarg ! C’est également du lourd ! On en reparle à la librairie.

 

Espions, droïdes et vie virtuelle

diabolik2Ceux qui ont eu la chance de voir l’exposition consacrée à « Souvenirs de l’Empire de l’Atome » au festival des Utopiales se souviennent de l’impact visuel de cet album hors normes. Thierry Smolderen concoctait un scénario intrigant rendant un vibrant hommage à la SF de l’Age d’or superbement mis en scène par Alexandre Clérisse. Cette fois-ci dans « L’Été Diabolik » (éd.Dargaud), ce sont les romans d’espionnage qui sont mis à l’honneur. En pleine Guerre Froide, chacun peut être un communiste infiltré cherchant à nuire aux intérêts de la France et du monde libre. En cet été 1967, Alexandre profite des joies adolescentes de ses 15 ans, mais sa victoire apparemment anodine lors d’un match de tennis va avoir un effet domino inattendu, un été qu’il n’oubliera jamais.

diabolik1Dans une habile intrigue, solide et haletante, le scénariste de « Ghost Money » se joue de tous les poncifs du genre (espions mystérieux, agents doubles, assassinat de Kennedy, disparitions et courses poursuites) pour les faire apparaître avec un nouvel éclat, une fraîcheur jusque-là oubliée. Il est aidé en cela par la maestria graphique d’A.Clérisse qui en quelques couleurs saturées, en quelques formes géométriques plaquées nous fait remonter le temps.

Si vous ne l’avez pas encore compris, jetez-vous sur ce récit complet qui tient toutes ses promesses !

varievie1J’ai failli passer à côté ! Vraiment, cela aurait été dommage ! Vous savez comment c’est : on reçoit plus d’une soixantaine d’ouvrages par semaine. On s’impose alors des priorités de lecture entre ceux que l’on a envie de lire (parce qu’on sait que c’est bien, parce qu’on est curieux…) et ceux que l’on doit lire (parce qu’on va nous poser des questions, parce qu’il est hors normes, parce qu’il est attendu…). Et puis il y a tous les autres. Et souvent de vagues de nouveautés en vague de nouveautés, ces albums sont poussés vers le fond du magasin, jusqu’à l’oubli… et le retour à l’éditeur. « La Vraie Vie » de Thomas Cadène et Grégory Mardon (éd.Futuropolis) a failli connaître ce sort. Pourtant, la vie de Jean Libonnet, employé municipal, tout ce qu’il y a de plus banal dans une petite ville tout aussi classique, devient un récit précieux parce que même s’il est singulier, il est universel. Et l’apport de technologie n’y change rien. En effet, le personnage, d’abord célibataire, cherche des rapports humains à travers l’ensemble des outils mis à disposition par internet : chat, twitter, forums, facebook et j’en passe. Même si cette activité est chronophage, même s’il ne rencontre jamais les personnes avec lesquels il chatte, même si la superficialité des propos est parfois prégnante, il ne tente pas de mêler sa vie « IRL » à sa vie numérique, il s’épanouit avec les deux.

varievie2Thomas Cadène, déjà scénariste sur « Les Autres Gens » avec quelques punchlines bien placées – « T‘as grandi dans un bar, t’es bien placée pour savoir que l’humanité n’a pas attendu internet pour commenter de la merde. » brosse un portrait moderne, efficace. Grégory Mardon avec une narration et des images à la fois très explicites (ne lisez pas cet album dans le bus, vous allez avoir des regards de travers) et en même temps tout en sous-entendus renforce le propos. Touchant jsuqu’à la fin, je me suis fait happée par cette histoire que je vous recommande.

descender1Enfin, la méga grosse cerise sur le gâteau, le titre qui réjouit les cœurs : « Descender » (Jeff Lemire & Dustin Nguyen, éd.Urban) nous met une grosse claque ! Dans un futur où l’humanité et d’autres races extraterrestres forment une coalition interplanétaire, des robots géants (vraiment colossaux : de la taille d’une planète) attaquent et déciment des populations entières. On les appelle les Moissonneurs. Dix ans plus tard, chacun essaye de se remettre de ce grand cataclysme, mais dans les mentalités du plus grand nombre, les robots sont devenus l’ennemi et les robocides sont légions. Le Dr.Quon, éminent roboticien tombé dans la pauvreté, est appelé par les forces gouvernementales car après de nombreuses études, il s’avère que le programme informatique des Moissonneurs est similaire à celui d’une gamme de droïdes qu’il avait jadis conçue. Et le dernier modèle encore répertorié vient de donner signe de vie sur une lointaine planète minière…

descender2Lorgnant vers les grands maîtres du genre – I.Asimov, B.Aldiss, P.K.Dick… – Jeff Lemire s’affranchit de leur héritage pour installer ce complexe récit technophile dans un space opera dynamité. Les rebondissements sont multiples, l’action maîtrisée, les personnages charismatiques. Quant aux dessins aquarellés du dessinateur de « Little Gotham », il s’adapte parfaitement à cet univers foisonnant. Du lourd, du très très lourd (et à 10€ jusqu’au mois de juin !).

Sélection Angoulême 2016 [3/4]

Nous n’allons pas épiloguer chaque année sur les choix du jury du festival d’Angoulême, tout le monde en parle régulièrement. Il suffit juste de dire que cette année encore la sélection est très pointue. De qualité mais pointue, difficile à mettre entre les mains de votre mamie du Périgord qui lit une bd par an. Bref, le débat n’est pas là.

Dans cet article et ceux qui vont suivre, je vais revenir sur certains ouvrages de cette sélection et plus particulièrement ceux que j’ai lus, afin que vous puissiez avoir un premier avis pour vous forger votre propre opinion.

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Concernant la jeunesse, la sélection a de quoi aussi satisfaire les lecteurs les plus exigeants. Et je ne suis pas loin du 100 % de lecture !

alcibiade 1alcibiade 2La maison d’édition Joie de Lire propose des ouvrages qui laissent une grande place à la recherche graphique et narrative, explorant des manières de raconter spécialement adaptées aux plus jeunes. Là où un adulte pourrait être rebuté par ces exercices de style, l’enfant pourra y puiser une bonne dose d’imaginaire. Dans Alcibiade (Rémi Farnos / éd.La Joie de Lire), l’auteur sur une matrice de 4 cases sur 5 qui ne variera pas tout au long de l’album nous offre un étrange voyage. Qui n’est pas sans rappeler Trois Chemins (Trondheim & Garcia / Delcourt) la mythologie en plus.

 

 

 

dad 1dad 2Présents dans notre sélection de Noël, les deux tomes de Dad (Nob / éd.Dupuis) renouent avec grâce, émotion et sensibilité avec les grands classiques d’humour pour la jeunesse. Acteur sans contrat, « Dad » s’occupe seul de ses quatre filles qu’il a eu de quatre mères différentes. Un peu maladroit, un peu dépassé mais extrêmement aimant, il fera tout pour être le meilleur père du monde (ou du quartier) pour ses quatre trésors aux caractères trempés bien que différents. L’auteur de Mamette brosse avec modernité et tendresse une cellule familiale finalement pas si atypique dans des gags à la planche plutôt bien sentis. Incontournable.

 

 

 

jardin1JardinMinuit-p001-100+Endpapers_150316.inddAdaptation d’un très célèbre roman pour la jeunesse outre-manche, Le Jardin de Minuit (Edith / éd.Soleil) plonge le lecteur entre rêverie et évocation de l’enfance. Alors qu’il doit résider chez son oncle et sa tante à la campagne en attendant la guérison de son frère, Tom va découvrir un mystérieux jardin qui ne devrait pas être là. Lorsque minuit sonne à la pendule du couloir, Tom va rejoindre une énigmatique jeune fille qui ne semble pas être de son temps. D’ailleurs, ce dernier s’écoule-t-il de la même manière dans le monde de Tom et celui de la jeune fille ? Leur lien sera-t-il suffisamment solide ? Tout en douceur, Edith nous évoque une Angleterre et une enfance intemporelle.

 

 

 

silent 1silent 2LA découverte de l’année ! A Silent Voice (Yoshitoki Oima / éd.Ki-Oon) s’attaque frontalement à des thématiques lourdes et sensibles sans se départir d’un humour efficace et d’une narration fluide. Shoya, jeune garçon turbulent, a pris pour cible Shoko, jeune fille sourde de sa classe de primaire et la harcèle sans cesse. Meneur de ces brimades, il est suivi activement ou tacitement par d’autres élèves, à tel point que, après un énième bris de ses appareils auditifs, Shoko quitte l’école. Toutefois, de meneur, Shoya devient lui aussi un paria… Arrivé en classe supérieure, les remords pèsent sur l’adolescent qui va essayer de retrouver son ancien souffre-douleur pour un ultime pardon. Mais en est-il suffisamment digne ? Les thèmes évoqués ici sont légions : le handicap, le harcèlement scolaire, le suicide, la quête de rédemption, les émois adolescents, l’ambiguïté des relations amicales et au-delà humaines … le tout avec une grande finesse et sans pathos dégoulinant. Le grand gagnant sans conteste.

 

tempetetempete.inddTempête au haras (Chriss Donner & Jeremie Moreau / éd.Rue de Sèvres) évoque le destin de Jean-Philippe, placé sous le signe du cheval. Issu d’une famille de jockeys et d’éleveurs de chevaux, il voit le jour en même temps qu’un poulain. Une grande complicité va s’établir entre le nouveau-né et le cheval. Tous voient en lui un futur grand champion. Malheureusement, une nuit de grande tempête, en tentant de l’aider, le cheval pris de panique lui brise la colonne vertébrale. Jean-Philippe ne pourra plus marcher ! Que va-t-il donc pouvoir faire ? J.Moreau déjà dessinateur du Singe de Hartlepool et de Max Winson (éd.Delcourt) confirme ici un talent indéniable.

 

 

ulysse 103-79-Ulysse_W_INT_30-06.inddUlysse Wincoop (Marion Festraëts & Benjamin Bachelier / éd.Gallimard) raconte le destin d’un jeune indien né en pleine tuerie de sa tribu par les soldats américains. Un déserteur, après avoir abattu sa mère, le récupère pour le donner à son frère et son épouse, stériles. Les deux colons blancs vont l’élever somme leur propre fils, mentant sur ses origines. Mais suite à un drame et au retour du soldat, ses racines vont remonter à la surface. Va s’en suivre un long parcours pour découvrir la vérité et embrasser la totalité de son héritage. Coup de cœur estival, j’attends la suite avec impatience !

 

 

 

victorvictor 2Pour son premier album en auteure complet, Marion Duclos invoque les esprits des grands maîtres pour Victor et Clint (éd.Boîte à Bulle). En premier lieu, évidemment Bill Watterson, car si aux yeux de tous Clint est un chien ordinaire pour Victor il est son compagnon de route pour le Far West le plus farouche, infesté de crotales et de desperados. Parfois, ils rencontrent un vieil homme dans la forêt qui pourrait leur dévoiler un grand secret… Rafraichissante, cette histoire n’est pas aussi légère que l’on pourrait le penser de prime abord…

 

 

 

 

violetteviolette 2Pour finir, Violette autour du monde (Teresa Radice & Stefano Turconi / éd.Dargaud) avait intégré également notre sélection de Noël. Joyeux et primesautiers, ces périples au début du 20ème siècle nous permettent de découvrir une famille de cirque soudée et haute en couleur mais également des contrées et des personnages historiques. En trois tomes, cette série a su s’imposer par la vivacité de son dessin et par l’intelligence de son scénario dans les séries jeunesse à suivre avec attention.

 

 

 

Penchons-nous du côté du patrimoine avec deux titres majeurs.

 

vatervater 2Père et fils – Vater und Sohn (Erich Ohser / éd.Warum) regroupe les différents strips humoristiques du dessinateur allemand Eric Ohser alias O.Plauen. Dans ceux-ci, on suit les frasques d’un père de famille respectable mais pas dénué de facéties et de son jeune fils tout aussi enclin aux bêtises. On pourrait s’en tenir là et on aurait des saynètes familiales sans prétention. Ce serait toutefois occulter tout le contexte de parution : la République de Weimar périclitant, le nazisme grandit et son idéologie s’impose partout. Bien qu’obligé de participer à la propagande par son dessin et ses œuvres, par petites touches, E.Ohser va faire acte de résistance dans ses strips à double lecture. Il sera déporté durant la guerre…

 

simonsimon2Enfin Simon du Fleuve (Claude Auclair / éd.Le Lombard) a fait l’objet de toute mon admiration dans l’article suivant. Je vous invite à vous y reporter.

 

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Sélection 2015 Angoulême [2/4]

Nous n’allons pas épiloguer chaque année sur les choix du jury du festival d’Angoulême, tout le monde en parle régulièrement. Il suffit juste de dire que cette année encore la sélection est très pointue. De qualité mais pointue, difficile à mettre entre les mains de votre mamie du Périgord qui lit une bd par an. Bref, le débat n’est pas là.

Dans cet article et ceux qui vont suivre, je vais revenir sur certains ouvrages de cette sélection et plus particulièrement ceux que j’ai lus, afin que vous puissiez avoir un premier avis pour vous forger votre propre opinion.

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_OUTCAST 01 - C1C4.indd001_093OUTCAST01cs6.inddLes bandeaux et autres autocollants « Par le créateur de… » ont tendance à m’agacer, même si je comprends leur utilité lorsqu’on n’a pas un bon libraire sous la main pour vous souligner les liens créatifs. Ils sont toutefois souvent un appât grossier pour capter un public sur une œuvre qui parfois n’a rien à voir… Bref, le « créateur » de The Walking Dead se penche sur l’exorcisme avec Outcast (Robert Kirkman & Paul Azaceta / éd.Delcourt). Avec une économie de moyen et une grande efficacité, ce scénariste adroit place son histoire entre les mains d’un duo de personnages aux caractères subtils. Il y a tout d’abord un prêtre à la foi vacillante, remise perpétuellement en cause par ses doutes sur l’efficacité de ses exorcismes. Puis un homme qui semble avoir été mêlé depuis sa tendre enfance à des manifestations du Malin et qui en porte les stigmates indélébiles. Celui qui croit en Dieu et celui qui n’y croit pas, comme dans le poème, vont faire équipe pour que chacun expulse ses démons… quitte à être engagé dans une croisade insurmontable ! Tout est dans la retenue, dans la montée progressive de la tension et des révélations. Le tome 2 récemment sorti confirme les qualités de cette série.

 

pacipaci2Juste à temps pour le tome 3 de Paci (Isabelle Merlet & Vincent Perriot / éd.Dargaud), sorti en janvier dernier, pour intégrer la sélection 2016 ! Ce thriller contemporain sur un homme, Pacifique, qui veut reprendre le contrôle de sa vie et laisser derrière lui les trafics de drogue et les « gofasts », se déploie sur trois tomes tout à la fois haletant et très calme. Vincent Perriot est un des rares auteurs à restituer à la perfection la sensation de vitesse aussi bien par la fluidité de son dessin que par la rigueur de sa narration. Ce récit où l’espoir se heurte à la médiocrité de la réalité touche par sa véracité, comme pour son précédent diptyque Belleville Story.

 

renardecouvcatchcouv

Gérald vous avez préalablement parlé de la Renarde (Marine Blandin & Sébastien Chrisostome / éd.Casterman) et de la République du Catch ( Nicolas de Crécy / éd.Casterman) ici et . Je vous laisse vous y reporter. De même, Romain et Gérald n’avait été trop de deux pour vous faire partager leur enthousiasme sur les débuts de Saga (Brian K.Vaughan & Fiona Apple / éd.Urban), ici et également . Hé bien, ce quatrième opus mais aussi le cinquième sorti depuis sont du même bois. Iconoclaste, imprévisible, jouissive, inventive, les adjectifs manquent pour clairement cerner cette série qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Allez-y les yeux fermés !

saga

 

killofer1killoferKillofer, l’un des fondateurs de l’Association, est un auteur rare en bande dessinée car il explore les domaines les plus variés du grand Art. Par conséquent, lorsqu’un album – Tel qu’en lui-même enfin (Killofer / éd.L’Association) sort « presque » discrètement, il faut y être attentif par les pépites d’humour ou de recherches que l’on va y déceler. Je dis « presque » parce que son format va faire rager tous les symptomatiques des bibliothèques bien ordonnées ! Quant à son contenu, il fait sourire : l’auteur se met en scène sous son plus mauvais jour (ou le plus réaliste ?) créant un alter-ego de papier alcoolique, paresseux, lubrique et perpétuellement en retard. Mais toujours cinglant et lucide : tel qu’en lui-même en somme !

 

TU MOURRAS MOINS BETE 04 - C1C4.inddTMMB4_INTcs6_C.inddRemettant à l’honneur et sur le devant de la scène les ouvrages de vulgarisation scientifique, Marion Montaigne a réussi, via son alter ego le Professeur Moustache, a su s’imposer par son humour et sa quête de vérité scientifique. Répondant à de vraies-fausses interrogations dans Tu mourras moins bête (Marion Montaigne / éd.Delcourt), dans des domaines aussi variés que la médecine, la balistique ou les nouvelles technologies, chaque chapitre déborde d’inventivité pour nous faire comprendre tout ce que l’on ignore avec une dérision décapante. A noter que depuis le début de l’année, Arte diffuse des petites pastilles animées adaptées de Tu Mourras moins bêtes. Plus aucune excuse pour ne pas connaitre !

 

vivecouvvive6Je termine avec Vive la Mariée (Pascal Rabaté / éd.Futuropolis) qui va nous permettre de conclure avec le sourire. Pascal Rabaté s’est forgé une réputation méritée en lorgnant sur les petites gens, sur le lot commun du quotidien et ce qu’il comporte intrinsèquement de poésie et d’humour. Ici, il se joue en plus de la narration en appliquant une figure de style tout au long de l’album. Une narration en transmission de flambeau : le lecteur suit un personnage qui croise un autre personnage, qui devient le nouveau centre d’attention, jusqu’à ce que, à son tour, il croise une autre personne, qui deviendra alors le nouveau personnage à suivre, et ainsi de suite… Se dévoile ainsi sous nos yeux une journée de vacances à la plage, avec ses habitués, ses familles nombreuses, ses rencontres éphémères, ses indigènes,… L’esprit Jacques Tati est bien entendu invoqué au-dessus de cette histoire mais Rabaté a depuis longtemps su digérer et s’approprier le génie de son prédécesseur pour fabriquer son propre génie ! Pour en savoir plus, lisez l chronique de Gérald ici.

 

Bien sûr, on aurait pu vous parler des autres ouvrages mais je vous aurais menti : car je ne les ai pas lus ! Et puis, il vous faut aussi prendre des risques de temps en temps !

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Sélection 2015 Angoulême [1/4]

Nous n’allons pas épiloguer chaque année sur les choix du jury du festival d’Angoulême, tout le monde en parle régulièrement. Il suffit juste de dire que cette année encore la sélection est très pointue. De qualité mais pointue, difficile à mettre entre les mains de votre mamie du Périgord qui lit une bd par an. Bref, le débat n’est pas là.

Dans cet article et ceux qui vont suivre, je vais revenir sur certains ouvrages de cette sélection et plus particulièrement ceux que j’ai lus, afin que vous puissiez avoir un premier avis pour vous forger votre propre opinion.

arabe t2 2 arabe t2 1La rigueur de l’alphabet nous fait démarrer avec le rouleur-compresseur de ces derniers mois, L’Arabe du Futur T.2 (Riad Sattouf / Ed.Allary). Cette autobiographie focalisée sur l’enfance de l’auteur dans le Moyen Orient des années 80 mérite ce succès commercial, sans aucun doute. L’humour grinçant parfois vitriolé à l’égard de ses parents et de sa famille se mêle discrètement à une forme de tendresse à leur égard. Cet album suscite également, au-delà de l’évocation d’une tranche de vie, la réflexion et la curiosité sur une période de l’histoire pas si lointaine que cela, mais dont on connaît (on vit ?) l’issue. Nous savons, lecteurs contemporains, que les idéaux et les espoirs soi-disant portés par ces hommes providentiels de Lybie ou de Syrie se sont fracassés contre la dictature. Pourtant, des gens tels que le père de Riad y voyaient un réel progrès… Nous attendons donc avec impatience les deux autres tomes de cette tétralogie qui, n’en doutons pas, seront tout aussi saisissants !

_CARNET DE SANTÉ FOIREUSE - C1C4 OK AUTEUR.inddCDSF_INT_cs6.inddCette autre autobiographie, Carnet de santé foireuse (Pozla / éd.Delcourt), faisait partie de notre sélection de Noël, révélant ainsi notre intérêt pour cet album. Avec ou sans jeu de mots, l’auteur de « Monkey Bizzness » met ses tripes sur la table pour nous parler de la maladie qui l’accable : la maladie de Crohn. Une affection de longue durée, très grave, qui attaque entre autre le système digestif. Entre les approximations de diagnostic (c’est psychosomatique !), les douleurs au quotidien, l’annonce de l’affection et l’urgence de la prise en charge, Pozla nous éclaire par le menu toutes les étapes de son calvaire et de sa guérison. Sans fausse pudeur et avec un certain réalisme, il impose une distance salutaire par une bonne couche d’humour et d’autodérision ainsi que par un style graphique adapté (entre le carnet de croquis, la caricature et le graff). Témoignage d’une maladie autant que d’un malade, cet album mérite aussi qu’on s’y attarde pour ses qualités narratives et graphiques.

catharsis 1catharsis 2Si le titre précédent ne cachait pas son approche catharsistique, la bd de Luz, Catharsis (éd.Futuropolis) l’affirme haut et fort. Paru après le drame qui a endeuillé la rédaction de Charlie Hebdo et la France entière, cet album est un concentré d’émotions pures. Des dures, des violentes, des amères, des tendres, des hilarantes… Beaucoup de clients, à sa sortie, nous demandaient notre avis. Que dire, si ce n’est que cette BD était nécessaire, indispensable ? Pour l’auteur surtout, pour les lecteurs, pour les victimes indirectes des événements aussi. On est au-delà des qualités de l’album lui-même : il charrie tant d’émotions, tant de puissance qu’il se suffit à lui-même, il avait juste besoin d’exister. Et d’être lu. Dont acte.

cherpays

Je ne m’attarde pas sur Cher Pays de notre enfance (Benoît Colombat & Etienne Davodeau / éd.Futuropolis)  j’en ai déjà vanté les mérite dans cet article.

fille plagefille plage2La Fille de la plage T.1 (Inio Asano / éd.Imho) dérange, déstabilise, trouble. Ce manga nous montre crûment et sans filtre l’adolescence, avec ses façades qui cachent autant qu’elles montrent, ses personnalités ambiguës en devenir et la découverte incontournable de la sexualité. Les propos tenus par les deux jeunes gens, la relation qu’ils entretiennent, les liens qui se tissent entre eux, fascinent le lecteur : on ne sait pas quoi en penser, entre attrait du voyeurisme et rejet de cette approche frontale. Et que dire du « cliffhanger » des dernières pages ? L’auteur du déjà très étonnant Bonne Nuit PunPun ne se départit pas de sa démarche originale et osée.

iciici2J’apprécie tous les travaux qui touchent de près ou de loin à l’OUBAPO et toutes les BD sous contraintes. Je suis donc curieux et attentifs lorsque paraissent des albums estampillés d’un concept fort. Et là, Richard McGuire comble mes attentes avec Ici (éd.Gallimard) ! Imaginez sur plus de 200 pages une histoire racontée par un plan fixe de valeur et de cadrage constants. Un pied de caméra qui ne bougerait pas. Voilà déjà une première prouesse qui rapprocherait peu ou prou des contraintes du théâtre. Mais l’auteur ne s’en tient pas là et s’astreint à changer de dates à chaque page tout d’abord mais également à l’intérieur des pages via des cadres délimités au fur et à mesure ! On pourrait craindre une simple performance narrative sans réelle consistance. Il n’en est rien et se déroule sous nos yeux une véritable intrigue, une vie humaine. Toutefois attention, il s’agit d’un album exigeant, une expérience de lecture pour les explorateurs endurcis… ou tout simplement ouverts ! Tout ceci n’est pas sans rappeler 3’’ de MA.Mathieu où une enquête policière sur un meurtre devait être résolu…

 

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Letter 44 (Charles Soule &  Alberto Albuquerque / éd.Glénat) a été récemment chroniqué par mes soins sur cette page, je n’y reviendrai donc pas.

mismarmismar2Miss Marvel ( G.W.Wilson & Adrian Alphona / éd.Panini) propose une histoire de superhéros dans la plus pure tradition de Marvel : la fraîcheur de l’adolescence et l’ancrage dans son temps, des ingrédients éprouvés avec bonheur dans les premiers Spider-Man. Ici, une jeune lycéenne musulmane, extra fan de la Vengeur Miss Marvel, se retrouve dotée de pouvoirs extraordinaires, héritage génétique des Inhumains. Que va-t-elle pouvoir en faire à présent ? Les auteurs osent, avec prudence certes, intégrer des thématiques modernes ou des combinaisons actuelles laissées jusqu’ici de côté : une jeune femme musulmane, des super pouvoirs, une famille traditionnaliste, le tout avec beaucoup de pep’s et d’humour. La scénariste G.Wilson, elle-même convertit à l’Islam, apporte sa propre expérience et son regard singulier sur l’univers Marvel avec justesse.

murdermurder2Même si j’ai préféré son précédent album, Cendres, j’ai néanmoins beaucoup apprécié Murderabilia (Alvaro Ortiz / éd.Rackham). Le personnage principal va parcourir des kilomètres pour vendre à un collectionneur deux simples chats. Simples ? Non, pas tout à fait et leur histoire va amener leur propriétaire en quête d’acquéreur dans un trou perdu de l’Amérique. Un bus raté et une tendance à l’oisiveté va l’entraîner à y rester quelques jours… Pour son plus grand malheur ! L’originalité, tant dans le postulat de départ que dans le déroulement de l’histoire, est ici aussi de mise. Alvaro Ortiz devient donc un auteur à surveiller !

nimonimo2Dans Nimona (Noelle Stevenson / éd.Dargaud), les cadres traditionnels de l’heroïc fantasy sont mis à mal pour notre plus grand bonheur ! Quand on est un grand méchant, diplômé des hautes études de la vilenie et que l’on honore les règles propres aux grands méchants, se retrouver affublé d’une apprentie qui ne respecte rien est une vraie calamité ! Surtout quand cette dernière est polymorphe… Avec humour et dynamisme, cet album se jouent des carcans habituels du genre, tant scénaristiques que graphiques. Rafraîchissant.

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