Coups de coeur

Un si long moment de silence. 1ère partie.

Bonjour à vous chers lecteurs, cela devient si compliqué de trouver du temps pour vous pondre une chronique que voici une petite séance de rattrapage pour les titres parus au premiers semestre. A la librairie on a pu les mettre déjà en avant, voire dans les mains, certains sont déjà devenus tellement emblématique que l’on pourrait estimer qu’il n’est peut-être pas nécessaire de les remettre à l’honneur, mais qu’importe, il faut penser à celles et ceux qui seraient peut-être passés à côté.

Dans mes plus belles découvertes de cette année: Un travail comme un autre, de Alex W. Ihker aux éditions Sarbacane. Je dois reconnaître que la maison d’éditions ne cesse de me surprendre avec quelques perles ces derniers temps, avec entre autre l’année dernière le somptueux Le Dieu vagabond, et non content de nous présenter de chouettes ouvrages par leur contenu, ils font aussi de beaux objets.

Cette histoire se déroule au moment de la grande dépression aux Etats-Unis au début du XX ième siècle. Lui c’est Roscoe, électricien de formation, il rencontre Mary dans un petite ville du fin fond de l’Amérique, alors qu’il sillonne le pays afin d’installer l’électricité pour une grande compagnie et améliorer l’ordinaire des citoyens. Elle, elle a hérité de la ferme familiale, et comme bon nombre de fermiers dans cette situation économique, risque de se faire saisir ses biens. Il n’est pas fait pour la vie de ferme, a tendance d’abuser du petit coup de gnôle, mais va décider de facilité la condition de sa femme en faisant une dérivation pirate et électrifier la ferme, ce qui permet de sauver l’exploitation familiale en l’industrialisant un peu. Seulement son installation précaire va causer la mort d’un ouvrier de la compagnie d’électricité et Roscoe va se retrouver en prison pour meurtre, ainsi commence cette histoire qui va raconter sa détention. Le choix graphique copie volontairement les dessins de l’époque, ce qui vous immerge d’autant plus dans l’histoire.

Toajêne !

Le retour toujours aussi déjanté de Panaccione que l’on soutient depuis ses tout-débuts, avec Bozzetto au scénario et toujours chez Delcourt

Une revisite très tarabiscotée de Tarzan, complètement allumée, où l’on découvre une créature insignifiante, née d’un bouillon de culture, et qui un jour, on ne sait comment voit, reflétée sur le bord de son bocal, le premier Tarzan avec Johnny Weissmuller, et cette phrase culte (genre Phrase Culte) « Moi Tarzan, toi Jane« . Ce petit être qui jusque là, ne jurait que par les tables de multiplications, n’aura à présent qu’une obsession: retrouver Toajêne. Mais une autre destinée l’attend également, les humains sont sujets à une maladie qui fait disparaître une partie de votre corps, un oeil par-ci, un nez par-là… Et il s’avère que c’est notre créature des bains de cultures qui sera en mesure de sauver l’humanité. Mais ce coeur transi cherche l’amour désespérément en sa Toajêne, et dans ces cas là, la dépression n’est jamais loin. Du burlesque et des éclats de rire à n’en pas douter pendant votre lecture.

Gost 111 de Mark eacersall, Henri Scala et Narion Mousse, aux éditions Glénat.

Pour moi qui ne suis pas féru de polars, voilà une histoire qui m’a radicalement accrochée. L’histoire de Goran, père célibataire, séparé car sa femme a de gros problèmes médicaux et ne peut se voir confier la garde de sa fille, même en alternance. Goran n’a pas de boulot, se retrouve dans le cas où le seul hébergement qu’il peut obtenir, c’est dans une cité HLM des moins recommandable, et où la plupart des connaissances que vous pouvez avoir peuvent vous basculer dans les plans foireux. Mais voilà, on a pas toujours le choix, et pour le bien être de sa fille, il va accepter le job qui va l’amener à se faire coincer par les flics. C’est l’engrenage, il n’a pas le choix, si il ne veut pas finir en taule, il va devoir faire l’indic pour la police, avec tous les risques encourus si cela se sait. 

Un récit de vie des plus réalistes, co-scénarisé par un commissaire des services d’investigation, racontant non seulement la vie de Goran, la vie de banlieue, mais également comment tout se déroule au sein de la police, le choix de couvrir ses sources comme de les pressurisées afin qu’elles soient dans une situation inextricables. Pour l’anecdote, il s’avère qu’une des clientes de la Mystérieuse librairie nantaise est la soeur de l’un des auteurs et était enchantée que le libraire chevelu et moi-même l’ayons mis en coup de coeur dès sa sortie.

Peau d’homme de Hubert et Zanzim, aux éditons Glénat également, une publication posthume du scénariste des Ogres Dieux, de Mr Désire et de tant d’autres titres que nous avons aimés et chroniqués. 

Pour cette dernière histoire, il nous prouvait une dernière fois son amour de la littérature et son talent pour lui rendre hommage sous la forme de la bande-Dessinée. Bien évidemment, sa disparition tragique a accentué l’intérêt des lecteurs, mais son talent de scénariste ne faisait qu’augmenter toujours un peu plus ceux qui voulait découvrir sa dernière création. La qualité de cette histoire est telle, que l’album ne cesse d’être en rupture chez l’éditeur.

L’histoire se déroule au Moyen-âge, Bianca est en âge de se marier. Mariage arranger comme de bien entendu, mariage d’intérêt mais pas celui de la mariée. Avant l’événement fatidique, sa tante va lui révéler un secret de famille, dont sa mère s’était bien passée de lui parler car elle voyait cela d’un mauvais oeil. Depuis des générations, les femmes de la famille ont à leur disposition, une peau d’homme, aussi étrange que cela puisse paraître. Et lorsque qu’elles sont en âge de se marier, elles peuvent la revêtir afin de découvrir les secrets de l’autre sexe, et voir le monde du point de vue masculin. Bianca, va profiter de cette opportunité pour découvrir plus intimement son futur époux, et pour le coup, bien plus que ce à quoi elle pouvait s’attendre. Un bijou.

 

Raven, l’âme des pirates

Hey ! marin d’eau douce, je m’en vais te chanter une p’tite chanson :
 
🎼Yo ho sur l’heure Hissons nos couleurs. Hissez haut, l’âme des pirates Jamais ne mourra.
🎼Yo ho, quand sonne l’heure Hissons nos couleurs. Hissez haut, l’âme des pirates Jamais ne mourra…
 
Et non moussaillon, l’âme des Pirates jamais ne mourra..
 
En tout temps, il y a eu des artistes pour faire vivre les récits de pirates. Robert Louis Stevenson avec L’île aux trésor a façonné notre image à jamais du Pirates et du récit d’aventure au grand large par la même occasion.
 
Le cinéma des année 50/60 fit de ces récits d’aventure les grands succès d’ Hollywood. Mais dans le début des année 2000, les histoires de pirates étaient considérées comme ringardes et beaucoup trop coûteuses. A l’époque, les effets spéciaux n’étaient pas encore ce qu’ils sont aujourd’hui, alors filmer des batailles de vieux bateaux, imaginez un peu le budget. Heureusement un petit projet qui traîne depuis 12 ans dans les placard de chez Disney va voir le jour en 2003 : Pirates des Caraïbes. Il va créer un nouvel engouement pour la piraterie.
 
En  2007, la Bande Dessinée Long John Silver de Xavier Dorison et Lauffray offre au 9eme art une nouvelle histoire de pirates qui va marquer les esprits. Si Pirates de Caraïbes a eu l’effet d’un boulet de canon pour le cinéma, Long John Silver va être aussi impactant dans le monde de la bande dessinée. Xavier Dorison et Mathieu Lauffray reprennent le pirate le plus connu de la littérature « Long John Silver ». Toutefois, ils ne vont pas nous proposer une énième adaptation de l’île au trésor mais bien une histoire originale se passant après. Ce vieux briscard de Long John ne va pas résister au charme de Lady Hasting et repart pour une nouvelle aventure.
En 4 tomes, le duo de choc nous fait voyager dans une aventure qui sent la poudre et la tempête. Chaque nouvel album est alors attendu par les lecteurs avec énormément d’impatience. Avec cette série, ils ont fait le liens entre le 7eme et le 9eme art. Car lorsque l’on ouvre un album de Long John Silver, c’est la mise en scène et les décors grandioses de Mathieu Lauffray qui nous embarquent immédiatement dans cette folle épopée. Et ce sentiment de mise en scène à la manière d’un grand film hollywodien vient bien sûr des multiples talents d’écriture d’une part avec la plume de Xavier Dorison mais surtout de Matthieu Lauffray qui prête son talent pour le grand écran comme pour les petites cases. Car oui, entre 2 albums le dessinateur travaille sur de nombreux projets de films, pour lesquelles il propose des ambiances de décors. Tout ce travail ressort dans ces planches, les décors sont riches et appellent à l’évasion, quand ils ne vous laissent pas bouche bée.
Après le succès de cette tétralogie Lauffray va voguer de projets en projets, la conclusion de sa série Prophet, un tome spin-off de de Legion avec le tome 1 des Chroniques de Légion, puis le Spin-off de Valérian avec un certain Wilfrid Lupano (auteurs des « Vieux fourneaux » entre autre choses), un album graphiquement spectaculaire malgré une couverture ratée où  le dessinateur nous montre son amour pour la Science Fiction.
Mais dans Matthieu Lauffray garde un amour et une tendresse toute particulière pour l’univers des pirates.
 
Aujourd’hui, Mathieu Lauffray fait son grand retour dans cet univers de boucaniers. Mais cette fois, pas de Long John Silver et pas de Xavier Dorison pour l’accompagner. Mathieu Lauffray prend les commandes en solo. Il devient le Capitaine et seul maître à bord de ce nouveau récit en 3 parties :
 
RAVEN:
 
Alors si vous n’avez pas décroché et que vous me lisez encore, j’en viens au cœur du sujet de cet article. Que vaut ce nouveau récit ? 
C’est incroyablement cool, morbleu ! Pensez-vous que je m’égosille à vous raconter tout ça pour vous dire que cet album est juste sympathique ? Bien sûr que non ! Ce nouvel album est bien plus que ce que j’attends. Je pensais retrouver l’esprit de Long John Silver : hé bien non. Il faut dire que si j’ai envie de relire du Long John Silver, je peux sans problème relire les tomes déjà parus. Alors non, Mathieu Lauffray ne c’est pas contenté de refaire la même chose. Avec Raven, il ressuscite pour nous l’âme des pirates, car rappelez-vous l’âme des pirates jamais ne mourra. Raven ne ressemble en rien à Long John Silver. Raven est un pirate et pour lui être pirate, c’est avant tout être libre. Car bon nombre de marins sont devenus pirates pour gagner cette liberté. Raven est très vite attachant, on sent vite qu’il est également un redoutable pirate, quand il s’agit de passer à l’abordage mais il suit son code, il a des règles qu’il se souhaite pas enfreindre et qui lui portent souvent pour ne pas dire toujours préjudice, il a la noblesse de cœur d’un D’Artagnan et cette même capacité que d’Artagnan à cumuler les ennuis. Mais il est sûr de ses choix et fonce à corps perdus dans les batailles. Avec les femmes, comment vous dire avec les femmes… c’est un grand maladroit.
Mais il n’y a pas que ce personnage qui fait ce récit : toute une galerie de joyeux pirates et deux personnages féminins Anne et le Capitaine Morgane l’une issue d’une certaine noblesse et l’autre pirate crainte et reconnue, évidement deux femmes fortes aux caractères bien différentes vont chacune à leur manière mener la vie dure à Raven.
Toutes l’âme de la piraterie est déjà là dès le premier tome, du Capitaine Black Vane à l’île de la tortue en passant par l’attaque de navire espagnol, la recherche d’un trésor très convoité, des tempêtes en mers, une île mystérieuse… Il ne manque rien.
 
Du côté du dessin nul doute Matthieu Lauffray nous confirme qu’il fait partie des grands dessinateurs de BD moderne. La différence entre son dessin et un BD classique, c’est un peu comme quand vous regardez un film sur votre bonne vielle télé 4/3 des années 90 et que vous passez au format cinéma 16/9eme ou  IMAX. Il nous donne à travers chaque case ce sentiment de grandiose. Et d’immersion complète dans ces environnements incroyables au côté de ses personnages hauts en couleur. Il vous fait contempler ses multiples décors avec des yeux émerveillés d’enfant. On reconnait la qualité des grands dessinateurs à l’attention qu’ils donnent à leur personnages secondaires et ici on a le droit à une galerie de pirates tous plus mémorables les uns que les autres : le second du capitaine Black Vane et sa pipe, Tim le cul-de-jatte, le cuisinier du fort et j’en passe, ils ont tous de vraies gueules et cela donne encore plus de corps au récit. Car tous les personnages sont travaillés sur le fond et la forme.
 
Vous l’aurez compris, je suis un grand amateur du travail de Mathieu Lauffray, il a su me faire voyager dans ses différents univers. J’ai été surpris avec ce nouvel album. Il délaisse le côté sérieux, sombre et angoissant de Long John Silver, en apportant une touche d’humour. Je pense que l’expérience de Valérian avec Wilfrid Lupano lui a montré que l’humour qu’il pouvait mettre dans le récit ne gâche en aucun cas ses scènes épiques. Quand vous pensez au film Pirates des Caraïbes, il y a bon nombre de sujets sérieux sur la piraterie et des scènes dantesques mais il y a aussi beaucoup d’humour. Raven ne ressemble pas au capitaine Jack Sparrow, il est bien différent, mais il partage un point commun : leur âme de pirate et ce goût si marqué pour la liberté. Ils ne sont au service de personne, ce sont de nobles pirates. Même s’ils tentent de faire croire le contraire.
 
Donc oui je suis pleinement conquis par cette nouvelle aventure épique, qui m’en a mis plein les mirettes. Et confirme s’il le fallait toute l’admiration que j’ai pour Matthieu Lauffray qui nous montre qu’il peut aussi bien être une plume qu’un crayon.
 
Alors hissez la grande voile, souquez les artémises *, et embarquez dans l’aventure avec Raven.
 
*Souquez les artémises ne veut rien dire mais c’est une référence à Astérix et Obélix  mission Cléopâtre, que j’aime bien

Back to the 10’s ! Episode 10

Que ce soit à la télé, dans les magazines, ou les réseaux sociaux, vous n’y échapperez pas : vous aurez une rétrospective de ce qui a marqué la décennie 2010. Hé bien, nous avons beau être libraires, nous sommes humains, nous aussi. Voici donc un petit florilège des 10 années écoulées et cela tombe bien puisque, peu ou prou, cela correspond aux années d’activités de la librairie !

Alors coupons court à la polémique. Oui, la prochaine décennie ne démarre qu’en 2021, mais tant pis ! Fusionnons nos 10 années civiles et les 10’s !

Enfin, rendons à César ce qui est à César. J’emprunte le concept global de ce best-of au magazine Première dont le hors-série a eu la bonne idée de mêler palmarès, box-office et coups de cœur. Donc moi aussi !

Vous trouverez donc le Grand Prix du Festival d’Angoulême (décerné fin janvier), le Prix de la Meilleure BD des Utopiales (décerné fin octobre), le Grand Prix de la Critique de l’ACBD (décerné début décembre), notre meilleure vente à la MLN (en nombre d’exemplaires jusqu’au 31 décembre) et mon coup de cœur subjectif de l’année écoulée.

 

 

 

2019

Grand Prix du Festival d’Angoulême :

Moi ce que j’aime, c’est les monstres / E.Ferris / Monsieur Toussaint Louverture

Et boum ! Deuxième couronnement pour cet album atypique. Ce coup de projecteur angoumoisin a permis à cet album atypique d’acquérir une notoriété supplémentaire. Vivement la suite…

Prix de la Meilleure BD des Utopiales :

Un Gentil Orc Sauvage / T.Grosjean / Delcourt

Les Utopiales nous surprennent une fois de plus en primant un ouvrage qui jusque-là était resté dans l’anonymat, notamment chez nous. Album d’heroïc fantasy tout public prenant à contre-pied les stéréotypes du genre, ce récit complet annonce un début de carrière que l’on espère fécond.

Grand Prix de la Critique de l’ACBD :

Préférence Système / U.Bienvenu / Denoël Graphic

Lorsqu’un album interroge sur notre société, ses travers, sa véhémence, ses quêtes ontologiques avec efficacité et pragmatisme, et en plus n’occulte pas intrigues et péripéties, il mérite un classement A++. Pour le plus d’années possibles espérons-le.

Meilleure vente à la MLN :

Les Indes Fourbes / A.Ayroles & J.Guarnido / Delcourt

Lorsque le talentueux scénariste de De Cape et de crocs rencontre l’extraordinaire dessinateur de Blacksad, l’harmonie se fait bande dessinée ! Un album si truculent, si primesautier, si burlesque, si généreux, si coloré, si… ne pouvait qu’être le cadeau incontournable de Noël 2019.

Coup de cœur :

Un Destin de Trouveur / Gess / Delcourt

Les contes de la pieuvre se sont dotées d’un nouveau chapitre palpitant. En mariant dans un équilibre parfait fantastique (ces gens dotés de pouvoir), enquête (le kidnapping d’une famille), histoire (les retombées de 1870) et faits des société (l’émergence des luttes de classes), Gess nous a offert un excellent album.

Back to the 10’s ! Episode 9

Que ce soit à la télé, dans les magazines, ou les réseaux sociaux, vous n’y échapperez pas : vous aurez une rétrospective de ce qui a marqué la décennie 2010. Hé bien, nous avons beau être libraires, nous sommes humains, nous aussi. Voici donc un petit florilège des 10 années écoulées et cela tombe bien puisque, peu ou prou, cela correspond aux années d’activités de la librairie !

Alors coupons court à la polémique. Oui, la prochaine décennie ne démarre qu’en 2021, mais tant pis ! Fusionnons nos 10 années civiles et les 10’s !

Enfin, rendons à César ce qui est à César. J’emprunte le concept global de ce best-of au magazine Première dont le hors-série a eu la bonne idée de mêler palmarès, box-office et coups de cœur. Donc moi aussi !

Vous trouverez donc le Grand Prix du Festival d’Angoulême (décerné fin janvier), le Prix de la Meilleure BD des Utopiales (décerné fin octobre), le Grand Prix de la Critique de l’ACBD (décerné début décembre), notre meilleure vente à la MLN (en nombre d’exemplaires jusqu’au 31 décembre) et mon coup de cœur subjectif de l’année écoulée.

 

 

 

2018

Grand Prix du Festival d’Angoulême :

La Saga de Grimmr / J.Moreau / Delcourt

Depuis Le Singe de Hartlepool, J.Moreau a su s’emparer de ses propres histoires et déployer tout son talent de narrateur. Avec des silences et des personnages tout en réflexion, il propose des récits qui amènent à penser le cours de la vie. Si ce n’était pas déjà le cas, surveillez cet artiste.

Prix de la Meilleure BD des Utopiales :

Alt-Life / T.Cadène & Falzon / Le Lombard

Cet album m’a laissé dubitatif ou tout au moins partagé : que faire dans un nouveau monde virtuel où tout, ou presque est possible ? Jouer à Dieu, pousser les limites de la connaissance, de la perception ? Oui, mais non, vous allez voir… Plein de bonnes idées, des choix cohérents mais…

Grand Prix de la Critique de l’ACBD :

Moi ce que j’aime, c’est les monstres / E.Ferris / Monsieur Toussaint Louverture

Pavé exigeant mais enthousiasmant, cet album a surpris tout le monde à son arrivée. L’intrigue de cet album (qui n’est qu’un tome 1) est tout aussi intéressante que l’histoire de sa création. Tout le monde pressentait qu’il allait rafler un prix. Gagné ! Et qu’un seul ? Attendez un peu…

Meilleure vente à la MLN :

Batman Métal T.1 / S.Snyder et autres / Urban Comics

On dit merci au Hellfest qui nous a permis de hisser un comics en tête de nos meilleures ventes de l’année. Headbanging pour tout le monde !

Coup de cœur :

Il faut flinguer Ramirez / N.Petrimaux / Glénat

Pourquoi ? C’est fun ! C’est bien scénarisé ! C’est bien dessiné ! C’est extrêmement bien rythmé ! C’est doté d’un humour décapant ! C’est ultraréférencé ! Et c’est généreux ! Que demander de plus ? A part la suite…

3 comics déjantés et un grand retour très apprécié.

The weather man, Jody Leheup, Nathan Fox, Dave Stewart, éditions Urban Indies.

Les éditions Urban continuent leur opération de prix de lancement pour le premier tome de leurs nouvelles séries de la collection Indies, et le dernier arrivé est The Weather Man.

Un monsieur météo comme les autres à ceci près qu’il bosse sur… Mars, pas une chaîne de télé, non, non, la planète. L’humanité a évolué et s’est bel et bien implantée sur la planète mythique. Une société ultra moderne, de consommation, d’exploitation de l’espace libre et de vie bien rythmée.

Nathan Bright est le parfait exemple de cette société moderne, mais avec un petit truc en plus: un ego surdimensionné qui en fait une personne imbuvable surtout pour ses collègues de boulot, mais adulée du grand public.

Après avoir une nouvelle fois jouer les divas, arriver à la bourre et fait son show, il reprend sa vie de débauche. il a rencard avec sa nouvelle copine du moment, et alors qu’ils sont à table, le voilà victime d’une tentative d’assassinat. 

Nathan va découvrir très rapidement qu’il se retrouve accusé de l’éradication de l’humanité encore présente sur terre à ce moment là. Une organisation terroriste à lancé une attaque ayant coûté la vie de 18 milliards de personnes, une sacrée responsabilité à endosser, voire à ne pas assumer du tout, l’idée même est inconcevable pour l’esprit humain, d’autant plus si on en a aucun souvenir. Comment est-il possible de ne pas se remémorer une telle responsabilité ?

Toujours est-il que tous les humains encore en vie, en très grande partie en tout cas, va vouloir la mort de Nathan, et seule une agent du gouvernement, Amanda Cross pourra faire obstacle de son corps pour tenter de le maintenir en vie. Je dis bien « pourra » et non pas « voudra », car elle aussi aimerait bien voir le gars morfler, et pas qu’un peu.

Sharkey, le chasseur de primes, Mark Millar, Simone Bianchi, éditions Panini comics/Netflix.

Mark Millar le créateur de Kick Ass et de tant d’autres succès est de retour après 3 mois d’absence, ça a été long. Après Prodigy, l’homme exceptionnellement intelligent qui est devenu milliardaire et fait bénéficier l’humanité de toutes ses idées et ressources pour améliorer le monde, et passe le temps comme il peut, voici Sharkey, le chasseur de prime, un récit de Science-Fiction illustré par le talentueux Simone Bianchi.

Sharkey est, on peut le dire un hommage à Lobo et à ce type de récit déjanté de chasseurs de primes intergalactiques.

Déjà, d’où un chasseur de primes écumerait l’espace à bord d’un van de vendeur de glaces ? Non mais franchement, quelle idée ? Si Han Solo se ballade dans une poubelle, là on se poser des questions sur la santé mentale du type en question. 

Sharkey, avant de faire ce merveilleux métier déjà conspuer du temps de la grande époque du Far-West, était membre du Corps Solaire, une espèce de ranger au grand coeur, droit dans ses bottes et d’une intégrité à toute épreuve. Entendez par là que lorsqu’il donne sa parole, il la tient. Et c’est comme ça qu’il va se retrouver avec un passager dont il se serait bien passé, le neveu du dernier malfrat qu’il vient de boucler. Sharkey a 2 autres particularités: c’est un looser, qui s’attire tout un tas d’emmerdes, à tel point qu’il est endetté jusqu’à l’os. Mais, il a un don. Celui de toujours trouver ce qu’il recherche, et dans le cas d’un chasseur de primes, cela peut toujours servir. Et v’là t’y pas qu’on lui propose le plan ultime: le coup du siècle qui lui permettra de sortir de la mouise définitivement. Bien évidemment d’autres confrères moins scrupuleux vont chercher à l’entuber. Oh et puis pendant qu’on y est, on peut pas rajouter son ex-femme dans l’équation ? S’te plaît !? S’te plaît !? Bouarf, c’est bien parce que t’as été gentil, mais on s’arrête là hein ! Quoique…

Bone Parish, Cullen Bunn, Jonas Scharf, Alex Guimaraes, éditions Delcourt.

Autre ambiance. Les enfants: la drogue c’est mal ! C’est pas bien ! C’est caca ! Cela peut vous faire faire n’importe quoi et tester des trucs pas croyables, genre sniffer des cadavres. 

Et oui. Voici le nouveau produit à la mode qui circule à la Nouvelle-Orléans, c’est du macchabée en poudre, et c’est quasi le trip ultime, mais avec un sacré retour de manivelle si vous en abusez.

C’est un petite affaire familiale qui vous propose en sniffant les cendres d’une personne de revivre une partie de sa vie. Imaginez vous en prenant une petite trace de Johnny, vous retrouver sur scène à sa place lors de l’un de ses concerts mythiques. Prendre une petite pincée d’une ex-star du porno et réaliser l’un de vos fantasmes les plus fous. Si le produit devient la coqueluche des junkies, cela va attirer la convoitise des plus gros poissons et qui comptent bien faire main basse sur l’affaire et de manière exclusive.

Old Boy, Garon Tsuchiya, Nobuaki Minegishi, éditions Naban.

Avant d’être un film à succès réalisé par le Coréen Park Chan-Wook, Old Boy est un manga, donc Japonais. Que ce soit l’une ou l’autre version, ce sont deux tueries et qui se distinguent l’un de l’autre par le choix narratif mis en avant.

Le film choisissait le côté de l’ultra-violence ainsi que le choc psychologique qui allait toucher le personnage central, dans le manga, on va s’attarder plus sur le jeu de manipulation et d’enquête qui va lier les deux protagonistes principaux. Cela fait maintenant quelques années que la version papier n’était plus disponible en France, à tel point que je me posais la question assez souvent: comment une telle oeuvre majeur, au même titre que Monster, 20th century Boy, Coq de combat, vagabond… n’était toujours pas reprise par un éditeur, toujours est-il qu’elle est de retour, pour votre bénéfice, car elle fait bien évidemment parti de ma collection personnelle et que je relis régulièrement.

Qu’arrive t’il à notre homme ? Vous vous réveillez un jour dans une pièce close, un appartement transformé en prison, plutôt confortable, mais une prison quand même. On vous apporte à manger, on prend soin de vous, mais vous n’avez aucun souvenir de votre vie passée, y compris votre nom. Aucune communication ni explication de la part de vos geôliers. Et ceci va durer 10 ans, jusqu’à ce qu’on libère sans aucune autre raison, bien habillé, un minimum d’argent dans les poches et livré à vous même. Une errance de courte durée, car on reviendra vers vous pour un petit jeu, sous un délai donné: la possibilité de déduire d’après des indices qui vous étiez ? Qui vous a fait ça ? Et pourquoi ? Si vous échouez vous mourrez ? Sympathique non ? De quoi égayer vos longues soirées d’hiver.