Coups de coeur

Un début 2019 très artistique

L’art est mis à l’honneur et ce grâce à deux artistes de talent: Christian Lax qui sort le nouvel album de la collection issue du partenariat Futuropolis & Le musée du Louvre, Une maternité rouge. Taiyô Matsumoto quant à lui présente un titre chez Kana en lien avec l’art, éveil. Il est mis à l’honneur à l’occasion de l’exposition d’Angoulême, l’éditeur Kana publie le troisième et dernier volet de: Le rêve de mon père. Une édition à tirage unique de sa série Number 5 en deux intégrales. Pour ne pas être en reste, Delcourt vient de réimprimer Amer Béton et début février représente, dans une collection « prestige », Ping Pong. Que des bonnes nouvelles.

Les derniers récits de la collection Futuropolis et Louvre éditions m’avaient pleinement satisfait, Naoki Urasawa avec Mujirushi, Le signe des rêves et Taiyô Matsumoto et ses Chats du Louvre. Et si d’autres auteurs avant eux m’avaient séduits comme Liberge, De Crécy, M.A.Mathieu, je dois bien reconnaître que Christian Lax vient de marquer un grand coup avec Une maternité rouge.

En choisissant une histoire qui met en avant le pavillon des sessions, consacré aux arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, Christian Lax peut développer son récit sur plusieurs points. En premier lieu nous sommes témoins du « pillage » dans les années 60′ des oeuvres culturelles qui ont quitter leur terre d’Afrique pour finir dans les musées occidentaux. Nous enchaînons avec Alou, jeune Malien d’aujourd’hui, qui gagne sa vie en revendant le miel qu’il récolte de manière traditionnelle et ancestrale. Respectueux de l’enseignement de son art il vénère les gestes transmis et respecte ses dieux, mais ce n’est pas au goût des membres de l’état islamique qui fait régner la terreur et détruit toute trace culturelle qui ne correspond pas à leur vision du monde.

De cette rencontre explosive rejaillit un autre témoignage de ces ancêtres, une sculpture Dogon d’une figure de maternité, et l’un de ses aînés va lui confier la tâche de l’amener au musée du Louvre afin qu’elle retrouve une de ses soeurs qui y ait déjà exposée et qu’elle échappe ainsi au massacre culturel. Son chemin sera celui des migrants qui continuent de faire la une des journaux du mondes entiers, qui bravent mille périls avant d’échouer sur nos côtes. Nous croisons avec lui la route de ceux qui partagent ces périls, les volontaires et les associations qui leur apportent leur aide dans les camps de fortune, en l’occurrence sur les bords de seine aux abords du musée du Louvre.

Une nouvelle fois Christian Lax est en mesure de mettre en valeur une profonde humanité au coeur de son récit, son dessin nous dépayse dès les premières planches, nous partageons la quête de Alou, de la majestuosité d’un baobab au coeur du désert, auquel il rend hommage avant d’y prélever son miel, jusqu’à la terreur de la traversée à bord d’un frêle esquif perdu dans les méandres incertains de la mer Méditerranéenne, ne sachant pas qui arrivera vivant au bout du voyage.

Taiyô Matsumoto

Ce n’est pas la première fois que j’essaye du vous convaincre de l’intérêt ou ne serait-ce que la curiosité qu’il faut porter à cet auteur, mais quand l’actualité me donne une nouvelle fois l’occasion d’en faire des tonnes, il n’y a pas besoin de me pousser trop fort.

éveil, une histoire publiée dans un format équivalent à nos format franco-belge classiques (24*32 cm environ) couverture cartonnée, mais qui se lit dans le sens de lecture original de l’oeuvre. C’est une histoire complète qui va se dérouler au sein d’une tribu, constituée notamment de sculpteurs et de danseurs.

Les danseurs sont en charge de communiquer avec les divinités, mais celles-ci ne répondent à leur appel que si les danseurs portent des masques cérémoniels qu’elles reconnaissent dignes d’elles. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, la cérémonie ne fait pas écho aux oreilles des divinités.

C’est Tsubaki qui a été désigné pour réaliser les masques des danseurs, le sculpteur désigne son successeur, et c’est son plus jeune fils qui a hérité de sa charge, mais cela irrite les danseurs, à leurs yeux seul Yuri, le fils aîné, a les faveurs des dieux, arrive à les percevoir et à les sensibiliser au travers de ses créations misent en scène dans les danses. Seulement Yuri est hyper sensible, il appréhende le monde extérieur et n’ose s’aventurer en-dehors de sa maison ou de son atelier, ce qui ne l’aide pas non plus à s’intégrer au sein du groupe.

éveil est un récit initiatique, onirique et plein d’autres choses en « ique » genre magnifique, merveille artistique ou Mr Boombastic… 

L’autre perle est le dernier tome de sa trilogie, Le rêve de mon père, toujours chez Kana.

Nous sommes au début des années 90′ Shigeo vit seul avec sa mère, nous sommes à l’approche des grandes vacances et parce qu’elle a besoin de temps pour elle, Shigeo va devoir aller vivre quelques temps avec son père Hanao.

Hanao a passé la trentaine mais reste ancré dans son rêve d’intégrer la fameuse équipe des Giants, la meilleure équipe du circuit de Base Ball au Japon et ce malgré son âge avancé pour une carrière professionnelle. En attendant il fait parti de l’équipe du quartier, entraîne les enfants et les adultes au moyen de ses idées les plus farfelues, mais il n’empêche que malgré tout, ses talents sont indéniables et Shigeo ne peut que constater l’aura dont bénéficie son père. 

Shigeo fait tout autant montre d’intelligence et de précocité que son père Hanao semble être bête, pour ma part je préférerais dire qu’il est naïf face à la vie et agit dans la spontanéité de ses envies. Leur relation va être des plus tumultueuse, Shigeo se sentant l’obligation d’endosser la responsabilité de faire tourner la baraque comme il se doit.

Ce qui est touchant dans cette histoire, c’est entre autre chose, comment la perception de Shigeo évolue et ce dès le premier tome, le regard sur son père change malgré lui, il aimerait pouvoir garder son oeil critique et réprobateur vis à vis de son père, mais l’amour filial resurgit malgré tout. Après Sunny, Taiyô Matsumoto nous enchante une nouvelle fois sur la vie perçue par le regard d’enfants.

Et comme je le disais vous pouvez bénéficier des nombreuses rééditions ou remises en avant de ses différentes histoires.

 

 

 

Des albums « myosotis »…

Pourquoi myosotis ? Parce que cette fleur a pour surnom anglais « Forget-me-not » et ces trois albums perdus dans le maelstrom des grandes nouveautés eux non plus ne doivent pas être oubliés. Un titre tiré pas les cheveux ? Qu’importe, je n’en avais pas d’autres (et puis c’est cohérent pour un chevelu) !

Commençons pas un onirisme échevelé (je file la métaphore) avec « Le Dieu Vagabond » de Fabrizio Dori, paru aux éditions Sarbacane. Eustis raconte à qui veut bien l’écouter ou lui donner son vin quotidien qu’il faisait partie de la thiase, le cortège Dionysiaque de l’Age d’Or. Une malencontreuse poursuite après une nymphe effarouchée lui voua la colère d’une déesse sévère et l’errance sur Terre. Plus de 2500 ans de punition, tout de même… Toutefois, ce vagabond rêveur dit-il la vérité? Est-il un ancien satyre éloigné des siens ? Un simple rêveur ? En tout cas, certains de ses voisins tentent le pari de le croire et l’accompagnent dans sa quête de rédemption. Ils leur faudra braver les enfers, rêver leur vie et se réconcilier avec les trois figures divines de la Lune ! L’Odyssée, en comparaison, n’était qu’une partie de rigolade !

Fabrizio Dori impose en quelques pages un style très marqué, rejeton incroyable de l’esthétique grecque revue par le prisme de Klimt et/ou des impressionnistes. Ses planches doivent autant à Mucha par leur construction qu’à Van Gogh pour ses couleurs changeantes. Avec une connaissance fine des mythes antiques et des mystères dionysiaques, il habille son intrigue sans imposer son savoir. Et surtout, comme Pan, les silènes et les ménades, il nous mène, enjoués, au fil des pages, alternant joie, peine, émotion et rire. Laissez-vous, vous aussi, entraîner dans cette sarabande graphique !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On change radicalement d’ambiance avec le tome 1 de « Virus » de Sylvain Ricard au scénario et Rica au dessin, le tout aux éditions Delcourt !

Alors, bien sûr, on aimerait un petit avertissement du style : « Attention, toutes ressemblances avec des situations réelles seraient fortuites. Ne vous inquiétez pas c’est de la fiction« . Pas du tout ! Au contraire même : un copieux dossier final nous rappelle (de manière un peu anxiogène) la réalité des expériences militaires sur les virus. On y apprend les tâtonnements de la science, les visées stratégiques, les excuses préventives qui additionnés donnent un cocktail délétère. Dans ce récit, un scientifique porteur d’un virus génétiquement modifié, hautement pathogène et dans bien des cas mortel se retrouve dans un lieu confiné… mais surpeuplé ! En effet, il s’est sciemment rendu à bord d’un bateau de croisière en partance pour les Etats-Unis. Les autorités sont au courant, les hautes instances savent la dangerosité de ce virus sorti de son laboratoire. Que se passera-t-il lorsque la nouvelle en même temps que la maladie se répandra sur la population ? Combien d’individus seront sacrifiables pour sauver la société ? Pour sauver le président ? Ce thriller dont le tome 2 est annoncé pour la fin de l’année se lit d’une traite. Avec une légère suer froide dans le dos…


 

La Révolution française de 1789, bien qu’étant un tournant marquant de l’histoire de notre pays, a été peu explorée en bande dessinée. Alors que l’on ne compte plus les récits napoléoniens, que les deux guerres mondiales sont jalonnées de nombreux albums de qualité, la fin du 18ème siècle est abordée timidement et jamais de manière pérenne. Pourquoi ? Est-ce une période trop riche en événements ? Trop complexe dans ses rouages politiques ? Trop « sacrée » pour que la BD s’en empare avec ses gros sabots réducteurs ? Peut-être un peu de tout ça sans doute.

En tout cas, Florent Grouazel et Younn Locard comblent talentueusement une lacune avec « Révolution« publiée aux éditions Acte Sud/L’An 2. Dans le premier tome de cette trilogie sobrement titré « Liberté », les auteurs nous plongent sans fards dans le tumulte populaire. Le peuple a faim, il ne supporte plus les injustices qui l’accablent et le moindre changement politique est vu comme une trahison. L’insurrection est proche et la noblesse, qu’elle soit proche du roi ou au contraire mise à l’écart, rajoute de l’huile sur le feu avec ses interminables manigances. Seuls les députés peuvent encore jouer d’une quelconque influence alors que le Tiers Etats songent à prendre les armes.

Les auteurs ont choisi d’associer personnages historiques avérés et figures de fiction afin de nous rendre témoins de tous les bouleversements en jeu du haut en bas de cette société. A travers trois lignes d’intrigues qui se croisent, nous voyons l’inéluctable révolution se mettre en branle. Tout d’abord, Marie et Louise deux jeunes filles issues des classes populaires, ballottées par les émeutes ; Abel de Kevélégan, frère du député Augustin de Kervélégan, qui ne connait rien à la politique et débarquant de sa province découvre un Paris foisonnant autant enivrant que dangereux; enfin Jérôme Laigret, noble désargenté, œuvrant dans l’ombre pour la destitution du Roi avec peu de succès…

Je vous encourage très vivement à découvrir cette fresque historique de haute tenue !

[Au moment où je conclus ces lignes, j’apprends que simultanément Glénat et Delcourt lancent des séries se déroulant durant la Révolution. Patience…]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et pour en terminer avec les myosotis, je vous encourage à découvrir ou redécouvrir les œuvres de Kenji Tsuruta (auteur de Forget-me-not, vous suivez ?) : l’Île errante et les aventures d’Emanon

Ambiance Steampunk

L’univers Steampunk (mouvement culturel qui mêle l’esthétique et la technologie du XIXème siècle à des éléments de science-fiction) a toujours été un univers qui me fascine aussi bien pour sa richesse que pour son esthétique soignée. Il se dégage un charme et une chaleur dans ces mondes utopiques et tout est encore possible grâce à la science. Marchant dans les pas de Tesla et Jules Verne, ces récits cachent souvent une grande aventure faisant de chaque lecteur un aventurier au sens noble du terme.

Voici un petit florilège de titres sortis cette année correspondant à cette univers riche et varié :

Les 3 Fantômes de Tesla – Tome 2 – de Marazano et Guilhem Bec chez Le Lombard

Tesla, Edison… et un univers Steampunk. Il vous en faut vraiment plus pour craquer pour cette série ? Il y a tout ce qu’il faut pour plaire au amateur du genre. Un petit bijou de Bande Dessinée tout simplement. Le premier tome était déjà super, le second continue de manière brillante. Guilhem Bec fait une fois de plus des étincelles du bout de son crayon et nous entraîne dans ce récit rempli de mystères.
Pour rappel voici notre chronique du tome 1 : http://www.mysterieuse-librairie.fr/co…/3-fantomes-de-tesla/

 

M.O.R.I.A.R.T.Y  – Tome 1 – de Fred Duval, Jean-Pierre Pecau et Stevan Subic chez Delcourt
Élémentaire mon cher Watson ! 

Cette histoire pourrait suivre l’histoire de Moriarty l’ennemi juré de Sherlock Holmes, si le titre n’avait pas des points entre chaque lettre. Pourquoi le mot est-il découpé ainsi ? Ici il s’agit bien d’enquêtes menées par le grand détective qui doit résoudre le mystère qui touche un certain Mr Hyde. Mais James Moriarty n’est jamais loin. Et c’est parti pour une série de diptyques des plus réussis. Au scénario, on retrouve le duo de choc Fred Duval et Jean-Pierre Pecau(Jour J et bien d’autres…) pour une plongée dans l’univers steampunk et victorien de ce Sherlock Holmes. Au dessin, c’est Stevan Subic qui de son trait fin et précis impose son univers sombre et mystérieux qui convient à la perfection au récit. Le tout mis en couleurs par Scarlett Smulkowski qui apporte à l’atmosphère et l’ambiance du récit. Et n’oublions pas de citer Nicolas Siner qui signe cette magnifique couverture qui ne manquera pas de capter votre attention. Une excellente relecture.

Dream Factory – Tome 1 – de Jérome Hamon et Suheb Zako chez Soleil (dans la collection Méthamorphose) :

 

Signé par le prodigieux dessinateur Suheb Zako, qui nous émerveille avec son dessin tout droit sorti d’un film d’animation. Un coup de crayon qui dégage beaucoup d’émotion et de poésie. Une petite bulle de douceur dans ce monde mécanique. Jérôme Hamon quant à lui vous transporte du bout de sa plume dans un univers mystérieux où deux enfants livrés a eux-mêmes doivent survivre en travaillant pour manger. Mais le jour où la sœur aînée ne va pas pouvoir se rendre à l’usine, c’est son petit frère normalement trop petit pour travailler qui va prendre sa place. Mais il va disparaître le même jour. Que lui est-il donc arrivé ? Et qui sont ces gens très étranges qui dirigent cette mystérieuse usine ? 
Voila un bel exemple de BD à partager en famille. Elle ravira aussi bien les petits que les grands.
Le seul risque c’est qu’à la fin vous ayez trop envie de lire le tome 2.

Lady Mechanica – Tome 5 – de Joe Benitez, Martin Montiel et Chen chez Glénat Comics :

C’est beau, c’est tellement beau que juste pour le dessin je craque complètement pour cette série. Joe Benitez est un amoureux de l’univers Steampunk et se fait plaisir au détour de chaque cases pour en mettre un peu plus. Les couvertures sont énormément travaillées, mais ne sont qu’un avant goût de ce que l’on découvre graphiquement à l’intérieur. Visuellement c’est la série la plus aboutie du genre. Côté histoire on suit la jeune Lady Mechanika qui tient son nom de ces membres artificiels. Elle a subi de nombreuses modifications qui font d’elle une détective hors pair. Elle fait d’ailleurs souvent la une des journaux. Mais sa grande énigme à elle est de découvrir qui elle était avant cette transformation, d’où elle vient et surtout qui lui a fait ça ? Les 2 premiers tomes sont une histoire en 2 volumes ensuite chaque album est un récit complet. C’est un condensé d’action qui brille de tous les côtés. Les Jeux vidéos ont Tomb Raider, le comics a Lady Mechanika.

 

 

Bandit bandit

Hello, outre ce petit clin d’oeil à ce truculent film de Terry Gilliam, aujourd’hui je vous propose de revoir votre vision des bandits, car si leurs actes pouvaient être condamnables, il faut également tenir compte du parcours qui les a amener à ce choix de vie, si on peut parler de choix, ce qui bien évidemment n’excuse pas tout. 

Claire Fauvel nous propose le portrait de Phoolan Devi, reine des bandits aux éditions Casterman. Cette femme était déjà présentée dans le tome 2 de Culottées de Pénélope Bagieu qui reste pour moi une très bonne base de sources avec ses différents portraits pour se tourner ensuite vers des oeuvres plus importantes consacrées à ces femmes. 

L’album de Claire Fauvel en est un parfait exemple. Dans celui-ci, outre le parcours de Phoolan Devi, de son enfance à sa libération de prison et son élection au parlement indien, on découvre (? selon votre culture personnelle) le système de caste, la condition de la femme en Inde, la place des musulmans dans le pays… 

Elle est mariée à 11 ans, voit comment sa famille est dépossédée du peu qu’elle a, est rabrouée tout au long de sa vie de part sa condition sociale et de son statut de femme, subira plusieurs viols tout au long de sa vie. On comprend la haine qu’elle aura face à  ses êtres sans scrupules et sa volonté de leur faire payer. 

C’est un parcours qui blessera le lecteur mais jamais à la hauteur de ce qu’elle a subi. La réalisation graphique et narrative de Claire Fauvel est faite avec brio, il n’y a aucune remarque négative que je pourrai lui faire tant j’ai été happé par son histoire, bravo, tout simplement.

L’autre personnage mis en avant à l’occasion de cette rentrée n’est autre que Jules Bonnot dans l’album La bande à Bonnot de Pierce, Moravn, Vogel & Futari aux éditions Glénat.

Ces attaques et ses actions sont célèbres de par les différentes adaptations à l’écran, et c’est surtout ses actes de violence qui étaient mis en avant. Mais aujourd’hui l’accent est mis sur les conditions particulières qui ont amené Jules Bonnot à se tourner vers le grand banditisme, voire même à en donner une définition de ce qui sera le procédé: braquage à main armée + fuite en voiture. 

La volonté des auteurs est également de rétablir les faits et cause du mouvement anarchiste du début du siècle, trop souvent associé à la violence et aux attentats, de montrer qu’il était intimement lié au milieu ouvrier et à l’exploitation de ceux-ci. on découvre toute la machination mise en place par la police pour provoquer les anarchistes à passer à l’acte de violence, les mettre sur le reculoir et décrédibiliser leur combat auprès du grand public.

Là encore, les auteurs ont réussi leur pari, le dessin donne une très chouette ambiance flirtant avec les meilleurs récits policiers. Il y a eu d’autres bons albums dans ces 2 premières semaines de sorties et n’en doutez pas, il va y en avoir plein d’autres à venir. Bonne lecture.

Des BD très animées.

Chers amis lecteurs, n’allez surtout pas imaginez que l’on vous délaisse ou bien que l’on se repose sur nos lauriers, mais il faut bien reconnaître que cela fait déjà un moment que l’on a pas partagé nos coups de coeur sur notre site. Il ne tient qu’à nous de nous rattraper et de vous dévoiler ce que vous auriez pu rater. 

Pour commencer, Grégory Panaccione, le co-auteur de l’énorme carton Un océan d’amour (avec W. Lupano), mais aussi de Chronosquad, Match, Toby mon ami, Âme perdue et Qui ne dit mot (avec l’humoriste S. de Groodt), il est de retour juste avant l’été avec: Mini & Super VIP – Le mystère du Va-et-Vient, de Bozzetto & Panaccione, dans la collection Métamorphose aux éditions Soleil.

Dans quel contexte se situe l’histoire ? Le réchauffement climatique se porte à merveille, rassurez-vous ! Le moteur à explosion ne s’est pas vu supplanter par le petit nouveau électrique et les pots d’échappement pétaradent à tout-va, libérant leur gaz et donnant une belle couleur grise à toute la planète ainsi qu’aux poumons. Vous vous doutez bien que toute cette grisaille donne du baume au coeur et favorise la moindre dépression.

Il n’empêche que pour remonter le moral, on peut compter sur des personnages emblématiques, des modèles pour chacun d’entre nous de courage et d’abnégation LES VIP, Mini & Super. Depuis l’aube des temps, leurs gènes se sont transmis de générations en générations afin qu’ils puissent aider l’humanité de par leur pouvoir hors du commun.

Et si aujourd’hui Super VIP est le parfait exemple d’une force Herculéenne, d’une résistance à toute épreuve, d’une capacité à défier les lois de la gravité etc, etc… Mini VIP quant à lui est le plus parfait représentant de la faiblesse incarnée. Oh en tant que super héros, il peut tout de même sous le coup d’une énorme, que dis-je, d’une COLOSSALE concentration lévité à quelques centimètres du sol sur… ben… quelques centimètres de longueur. Mais qu’à ne cela ne tienne, il ne perd pas courage et tente à tout pris d’inventer la machine de ses rêves qui lui permettra d’égaler les pouvoirs de son frère.

Comme je vous le disais, le moral est au beau fixe, alors que Mini VIP essaye de ne plus être un looser, le seul super héros sur lequel tous nos espoirs reposent, Super VIP, lui est en pleine déprime, sa petite amie la quitté, et depuis il est incapable de mener la moindre mission à bon terme. C’est dans cet état de fait que Mini VIP va trouver une espèce de lampe torche, Le va-et-vient, qui ne marche pas, bien évidemment, du moins pas comme il s’y attendrait, et qui est liée au plus grand de tous les périls qui menace notre planète: une créature extraterrestre prépare de longue date une invasion de notre monde pour y élever ses rejetons. Si on ajoute à ça, le tournage du dernier King Kong, pardon du dernier Sing Song, un gorille dépressif et amateur de poésie, voici un album qui vous invite à un désopilant récit burlesque, le dessin de Panaccione se prêtant toujours aussi bien à une ambiance cartoonesque.

Le carton plein du succès pré-estival n’est autre que: Il faut flinguer Ramirez – Acte 1, de Nicolas Petrimaux aux éditions Glénat. A peine sorti qu’il a déjà été réédité, il a été mis en avant par un grand nombre de libraires et d’articles l’encensant et pour cause: il est d’une efficacité redoutable.

Lorsque nous l’avons reçu au milieu des nouveautés au fond du carton, il nous tout de suite fait de l’oeil avec sa couverture d’un orange bien chaud correspondant tout à fait à l’idée que l’on se fait de l’atmosphère Texane, la chaleur, la luminosité, la moiteur ainsi que les esprits rapidement mis à vif.

Ramirez: dans un dictionnaire c’est sa tête qui illustrerait la définition de l’employé modèle, plein d’abnégation, ne rechignant devant rien pour un travail parfait et le succès de son entreprise, mais toujours dans un cadre légal. Grâce à lui, son patron est Le n° 1 de l’aspirateur dans le monde, et en avance toujours sur ses concurrents.

Ramirez est capable de prouesses pour tenir les délais, exiger le meilleur de la machine, et ce malgré un petit chef juste au-dessus de lui qui lui en fait voir des vertes et des pas mûres. Il a une autre particularité: il est muet; donc en règle générale, il n’est pas une source de nuisance sonore pour ses collègues, d’autant plus qu’il est doté d’une réserve et d’une discrétion à toute épreuve.

Seulement pour faire de l’histoire de Ramirez un bon polar, il faut rajouter un ou deux ingrédients supplémentaires et si possible, bien pimentés, du genre, un duo de braqueuses qui vient de débarquer en ville, mais surtout la mafia mexicaine qui semble-t’il porte un intérêt tout particulier à notre représentant en aspirateurs, au point de vouloir le voir assez rapidement, et si possible d’une manière brutale et exemplaire.

Comme dans un film de Tarrantino ou de Guy Ritchie, de Jim Jarmusch avec Ghost Dog, le casting est à tomber, chaque personnage dont vous croiserez la route apporte sa touche à l’histoire, l’auteur agrémente en plus des pages de publicités supplémentaires qui enrichissent encore plus l’histoire et permet de s’immerger un peu plus dans l’ambiance, une perle je vous dis. Vous pouvez même vous faire un petit kif supplémentaire en allant voir les trailers qui existent sur le web. Vous voulez du rab ? Lorsque l’on sort son nez du bouquin, l’écriture est si superbement bien menée, que vous allez avoir plein d’idées pour la suite de l’histoire, Nicolas Petrimaux s’offre le luxe d’avoir écrit un récit dense, immersif et qui risque de receler un paquet de surprises au lecteur pour la seconde partie, des Bandes dessinées de cette qualité, cela devient rare, si! si!

Mon petit dernier, dans la lignée directe de Cowboy Bebop et de Samouraï Chamùploo: Renjoh Desperado de Ahndongshik aux éditions Kurokawa.

Un savant mélange de Western et de culture nippone, on y retrouve entre autre quelques créatures du patrimoine fantastique, dans la première histoire du deuxième volume qui vient de sortir, l’histoire se base sur un classique de la littérature fantastique avec des Tanuki qui prennent l’apparence d’humains et tendent un piège aux voyageurs esseulés en leur faisant croire qu’ils arrivent dans une auberge alors que c’est une maison abandonnée.

On s’y bat aussi bien à coup de sabre qu’à coup de Winchester, et notre héroïne, Monko, a, tout comme Guts dans Berserk, un canon à la place du bras gauche. Le design des personnage va chercher dans tous les genres, donc on ne s’étonne pas d’avoir des samouraïs avec une coupe « afro ».

Monko est un loup solitaire, on découvrira au fur et à mesure de l’histoire dans quelles conditions elle a perdu son bras. pour le moment vous n’avez juste à savoir qu’elle est à la recherche de l’amour de sa vie, et les beaux ténébreux vont se succéder sur sa route, pour leur plus grand malheur car cette femme fatale, l’est surtout pour la scoumoune qu’elle se trimbale et qui bénéficie toujours à autrui.

Nous plongeons dans tous les stéréotypes du genre: fille à gros seins, un peu niaise sur les bords, les méchants dans l’histoire sont tout aussi crétins et cela se lit sur leur visage, leur faciès et leur bande rappelle Ken le survivant ou encore Nicky Larson.

Voilà les 3 petites perles qui m’ont agréablement séduites et que je trouve tellement dynamiques et fluides que j’aimerais bien avoir l’opportunité de voir en version animées, d’où le titre. Très bel été à vous.