Coups de coeur

Gaiman: Tout un programme !

Comment aborder les filles en soirées de Neil Gaiman, Fabio Moon & Gabriel Bà aux éditions Urban Graphic.

Neil Gaiman est de retour (encore) pour mon plus grand plaisir, et quand, de plus, il s’associe avec deux autres auteurs que j’apprécie, les frères jumeaux Fabio Moon & Gabriel Bà, il ne me reste vraiment qu’à me demander si ce n’est pas déjà Noël. 

Neil Gaiman, je vous l’ai déjà présenté en long, en large, en travers et j’en passe. C’est un auteur multi carte, il est écrivain, scénariste de Bandes-dessinées, auteur d’épisodes radiophoniques et d’albums jeunesse… Une de ses oeuvres phare est Sandman que je vous avais présentée fin 2016 à l’occasion de la sortie du tome 0. Il aime a travailler avec des dessinateurs au trait original, et c’est ce qui nous amène à Fabio & Gabriel.

Fabio Moon & Gabriel Bà, deux frères jumeaux Brésiliens dont nous adorons le travail et que nous avons eu le bonheur de recevoir à la boutique lors de la sortie de leur album Deux frères. Fabio, nous l’avions rencontré précédemment lorsque nous avions représenté la maison d’éditions Urban Comics à St-Malô à Quai des Bulles en 2012 pour Daytripper, nous n’avions qu’un seul auteur à cette occasion, mais quel auteur !! Ils s’auto-éditent au Brésil, ils bénéficient d’éditeurs Américains comme Dark Horse, et n’ont pas à rougir quand on voit qu’ils ont travaillé sur la série American Vampire, ou bien qu’un certain Mike Mignola fasse appel à eux pour des récits de Hellboy ou B.P.R.D. 

Comment aborder les filles en soirées: ce n’est pas un guide pour célibataire malhabile ou quelque puceau que ce soit, et encore moins une brochure éditée par quelque site de rencontre, et pourtant il faut bien reconnaître que le livre n’est pas bien épais. Neil Gaiman est très fort pour écrire des récits puissants en peu de pages, mais je dois avouer que je suis étonné de voir que l’éditeur annonce une prochaine adaptation au grand écran de cette histoire, car ce qui fait que j’ai trouvé ce récit remarquable, c’est sa concision qui va de paire avec la brièveté de la soirée des deux protagonistes.  

Enn et Vic sont deux adolescents Anglais de quinze ans (adolescent et Anglais, il y en a qui passe de dur moment dans la vie, et encore ado ça va passer avec le temps, tandis qu’Anglais… même en changeant de nationalité, on est foutu pour la vie, c’est un coup à finir sous les ponts).

Enn n’est pas spécialement repoussant, il na juste pas très confiance en lui, en tout cas pas pour aborder une fille et engager la conversation. il trouve qu’elle franchissent trop rapidement le cap de l’adolescence et passent quasi instantanément de fille à femme, la métamorphose ne serait-ce que physique est déjà évidente et remarquable.

En ce qui concerne Vic, quant à lui, cela ne lui cause vraiment aucun soucis et encore moins de question. beau gosse mais pas bellâtre, c’est le genre de gars qui arrive en soirée et qui tombe la plus belle fille en deux temps, trois mouvements. Pour lui, il n’y a pas de mystère, il conseille son copain de juste les aborder, entamer la conversation, ce sont justes des filles, pas des extraterrestres. Il peut bien comprendre la timidité d’Enn, mais il n’y a rien d’insurmontable à trouver le moindre sujet de débat qui permette d’établir le contact, et d’ailleurs ce soir, il faut qu’il mette tout ça en pratique.

Vic a un plan pour ce soir, il comptes’incruster à une soirée et a convié Enn à l’accompagner et c’est une bouteille sous le bras qu’ils se rendent tous deux en se fiant au son comme guide pour trouver la party. A peine arrivés, Vic, fidèle à lui même entame la conversation avec celle qui leur a ouvert la porte, et Enn commence a sillonner les pièces pour se rendre compte que la gente féminine est bien présente ce soir. D’abord il trouve la cuisine, repère propice au moindre repli stratégique en cours de soirée, et c’est dans la véranda qu’il va pouvoir faire sa première rencontre.

Au fur et à mesure de l’avancée de la soirée, les convives vont arriver et Enn va encore une fois faire montre de son manque de confiance en soi, mais qu’à ne cela ne tienne, il va franchir le cap et aborder certaines de ces charmantes demoiselles.

Très vite il va comprendre qu’ils viennent de mettre les pieds dans un logement où cohabitent des étudiantes étrangères qui vont lui témoigner de leurs différentes expériences de voyages et de rencontres. c’est là, encore une fois que Neil Gaiman marque de sa patte ce qui pourrait être une scène de vie quotidienne des plus banale pour en faire un récit déstabilisant au commun des mortels.

Alors pourquoi ne pas vous inviter vous aussi à cette soirée et vous laisser porter par une touche de poésie ? Aurez vous assez de cran à aborder ces filles en soirée et savoir être à l’écoute ? 

Le charme du dessin de Fabio & Gabriel confère une ambiance de choix à ce récit envoûtant. 

Le sobriquet Henriquet

Henriquet, L’homme-reine, de Richard Guérineau aux éditions Delcourt collection Mirages.

D’abord il y a l’aîné, Lui qui est comme un melon, Lui qui a un gros nez, Lui qui sait plus son nom… Pourquoi est-ce que j’ai choisi cette introduction de la chanson de Brel « Ces gens là » ? Et ben parce que nous allons parler de grandes familles, celles de la « Haute », et qui ont à l’occasion des problèmes relationnels entre-eux.

Ah là là, vous ne savez pas ce que c’est que d’être roi, vous ne pouvez pas comprendre, alors pour cela pourquoi ne pas vous plonger dans Henriquet ? A l’origine, il y a eu Jean Teulé (que l’on appellera Dieu), avec ses biographies à sa sauce, Je François Villon, Le Montespan, O Verlaine, Rainbow pour Rimbaud… certains de ses titres ont bénéficié d’une adaptation en bande Dessinée et Richard Guérineau quant à lui s’était vu confier celle de Charly 9

Tout en conservant le ton et l’humour de Jean Teulé, Richard Guérineau s’attaque cette fois à Henri IIIème du nom, et nous préparera très certainement un troisième album consacré à Henri IV. Encore une fois vous avez la possibilité de réviser votre histoire par le biais du 9ème art, comme quoi on peut s’instruire en se divertissant.

Malheureusement je ne suis vraiment pas assez calé en histoire, et je ne m’accorde pas assez de temps pour aller chercher l’information, mais l’impression qui m’ait donnée et les quelques bases que j’ai tout de même, me laisse à penser que bon nombre d’éléments mis dans l’album sont véridiques y compris certaines anecdotes, et puis, sait-on jamais, Richard Guérineau a peut-être mis la main sur les enregistrements de l’époque.

Henri III, dit Henriquet, hérite du royaume de France dans une situation des plus sombres. Le pays sort à peine du massacre de la Saint-Barthélemy, entre les différentes factions religieuses qui se tirent la bourre, et ceux qui souhaitent prendre le pouvoir, les trahisons vont bon cours. C’est bien simple, une chienne n’y retrouverait pas ses chiots. Si encore aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre parler de trahisons dans les sphères de l’état, à l’époque, l’assassinat était tout aussi courant, donc il fallait faire montre d’un sacré talent pour arriver à ses fins sans se faire prendre.

Et pourquoi Henriquet ? Ben oui, pourquoi affubler le roi d’un nom pareil, ce n’est pas n’importe qui tout de même, on ne se moque pas de son souverain comme de son voisin, verrait-on aujourd’hui le peuple Français parler de son président en ces termes ? 

Henriquet est célèbre dans l’histoire de France pour ses mignons, tout comme Alexandre Le Grand l’était selon la légende pour son intérêt pour son fidèle  Héphaistion. On ne juge pas les moeurs de son roi, mais si il y a une faille, on s’engouffre dans la brèche, d’autant plus qu’à l’époque (contrairement à la notre, en France tout du moins) le trône est héréditaire, donc on ne déconne pas avec la descendance. De plus les histoires de coucheries vont bon train, parfois même au point de ne plus savoir qui est avec qui, ou quand. 

L’intérêt de ce type d’album est de se replonger dans notre Histoire, et le ton jovial de l’écriture permet d’assimiler un maximum d’informations, mais encore une fois, je déconseille de s’en servir comme anti-sèche à un examen, on au tôt fait de retenir certains éléments que l’examinateur ne verrait pas d’un bon oeil dans votre copie. Richard Guérineau s’était déjà fait plaisir dans Charly 9 d’user d’un autre stratagème génialissime pour se faire plaisir et amuser le lecteur: utiliser différents styles graphiques. Pourquoi donc ? Peut-être aurez-vous l’occasion de le demander directement à l’auteur. Toujours est-il, que c’est très plaisant de jongler avec ces interludes, comme une fausse couverture de journal « people » qui dénonce au grand jour les frasques et les médisances des Grands du royaume. Tout autant que d’avoir ces clins d’oeil à l’histoire de la Bande Dessinée, en reprenant les styles graphiques de Lucky Luke, de la très sérieuse Histoire de France en Bande Dessinée, La ligue des Gentlemen Extraordinaires ou encore des strips à la Hägar Dünor.

Comme je le disais, je ne sais pas si Henriquet s’est travestit, si ses dernières paroles ont bien été « vérole de moine »… mais j’ai passé un très chouette moment de lecture qui m’a donné envie de relire Charly 9 et de me dire que je rouvrirait Henriquet d’ici quelques temps. Alors monsieur Guérineau, si jamais vous avez effectivement l’idée de nous narrer les aventures d’Henry IV, je suis preneur, à bon entendeur. 

Mort & vif: comment jouer avec la mort.

Mort & vif, c’est le titre du nouvel album de David Prudhomme, mais cela convient tout à fait au dernier titre de Luz: Puppy; qui est l’histoire d’un chien mort mais bourré de vitalité et d’envie de jouer.

Mort & vif aux éditions Futuropolis, le scénario est de Jef Hautot (ce qui est drôle étant donné qu’il va y avoir des voitures dans l’histoire, mais vous avez raison, je ne devrais pas commencer une nouvelle fois avec l’humour bas de gamme qui me caractérise, à la rigueur s’il s’était appelé Serge, j’aurais pu me le permettre: Serge Hautot – siège auto…)

HUM ! Reprenons nous. Mort & vif, collaboration à quatre mains ou deux cerveaux entre Jef Hautot et David Prudhomme. David Prudhomme, j’avais déjà eu l’opportunité de vous le mettre en avant en septembre 2015 lors de la sortie de Vive la marée, co-écrit avec Pascal Rabaté (toujours chez Futuropolis) une histoire d’une journée à la mer que je trouvais judicieux de vous taquiner avec au moment de la rentrée scolaire ou bien de la reprise du boulot en général. Et c’est là où le tiens à m’excuser, car j’avais mis en avant Pascal Rabaté pour la manipulation de l’image, en oubliant un peu trop vite le travail de David Prudhomme

En débutant ma lecture de Mort & vif, à la page 3, je commence à me dire que l’on me titille la rétine, à la page 5, c’est confirmé, je reprends ma lecture depuis le début pour être le plus attentif possible, tant est énorme le travail du dessinateur.

Philippe Moline alias Flip travaille chez Deleter & fils (ouvre-boîtes & clés à sardine). Une clé à sardine qu’est-ce que c’est ? La question n’est pas anodine étant donné la suite de l’histoire, et si je pose la question, c’est qu’il y a dorénavant la fameuse languette d’Ermal Fraze que tout le monde connait sur le boites de sardines pour les ouvrir (ah si cela avait existé du vivant de Franquin, les gags de Gaston eurent étés métamorphosés). Donc, une clé à sardine, c’est une petite tige métallique, recourbée en forme de triangle du côté de la prise en main et bénéficiant d’une encoche de l’autre côté, permettant de saisir une partie du couvercle des boites pourvue à cet effet, qui dépassait sensiblement dans un coin, puis vous tourniez votre clé, découvrant ainsi au fur et à mesure le contenu tant désiré à consommer. Mais Flip lui, il en pique afin de construire une tour Eiffel en clés à sardine et l’offrir à sa petite amie, Patricia, qui travaille elle aussi chez Deleter & Fils

Bref ! Flip rentre du travail, c’est la fin de la semaine, mais à la maison, Patricia n’est pas là ! Elle vient de le quitter, lui laissant tout de même une lettre de rupture (ET la tour Eiffel). Dépité, il décide de sortir et se prendre une grosse cuite, au point de se mettre vraiment mal et d’être coincé le samedi et le dimanche au lit. Le lundi suivant, il se rend au travail comme à son habitude, mais curieusement, arrivé devant l’usine, il ne descend pas du bus, en fait c’est son indécision qui fait qu’il continue le trajet jusqu’au terminus du transport. De là, il erre dans la ville, croise occasionnellement son patron, mais sans interaction, et se pose au beau milieu d’un rond-point, perdu dans ses pensées.

« Trashy« , musicien de son état, passe par là en voiture, et le prend en stop: débute alors une virée des plus rocambolesques pour Flip, qui va vraiment flipper pour l’occasion.

Pendant ce temps, les employés de Deleter & fils qui eux se sont rendus au travail se retrouvent le bec dans l’eau, car leur cher patron a profité du week-end afin de revendre toutes les machines et a fait vider l’usine pour disparaître dans la nature (vous vous rappelez que j’ai écrit plus haut que Flip ne cessait de le croiser ?).

Cela a un petit goût du film Louise Michel avec Yolande Moreau. Lorsque j’ai commencé cette chronique j’ai évoqué le travail graphique qui m’avait très tôt surpris. En effet, vous allez pouvoir attarder votre regard sur chacune des pages de l’album car David Prudhomme exploite au maximum l’image et la mise en page. 

Chaque trait est la continuité d’un autre, les formes s’enchevêtrent les unes les autres, se répondent d’une case à l’autre, ainsi la physionomie de l’homme accroupi devant la cheminée dans une image, devient les contours du paysage montagnard dans la case d’à côté. Etant donné qu’il est difficile de rendre par des mots des effets visuels si complexes, il ne vous reste plus qu’à ouvrir l’album pour découvrir ce que j’essaye de vous décrire.

Et si l’on doit jouer avec la mort, laissons la mort déborder de vie, avec Puppy de Luz aux éditions Glénat.

L’album est sorti début Janvier et je me navre de voir que pas une seule personne ne l’ai pris dans notre librairie, et pourtant parmi nos lecteurs, bon nombre d’entre vous pourrait y trouver satisfaction.

Luz est et restera l’un de mes auteurs préférés parmi les différents noms qui auront travaillé pour Charlie Hebdo, son trait est vif, créatif et récréatif. 

A la fin de l’album, vous avez la double page à l’origine de cette histoire, un article consacré à un cimetière du côté d’Asnières avec de singuliers locataires, on y trouve pas spécialement des mammifères mais surtout des animaux qui ont du flair: un endroit consacré au dernier repos de nos animaux de compagnie, des chiens, des chats, mais peu de poissons rouge car Bubulle et consorts ont plutôt tendance à finir dans les toilettes.

C’est l’histoire de Puppy, qui se relève de sa tombe, s’ébroue afin de se débarrasser des chairs mortes superflues pour commencer son errance dans sa nouvelle aire de jeux.

libre comme l’air et l’air de rien, Puppy est mort & vif à la fois, le quadrupède baguenaude au fil de ses envies, marque d’un revers de la patte son nouveau territoire, il est mort me direz vous, comment pourrait-il être en mesure d’avoir encore des fluides corporels ? on s’en fout, n’est-il pas drôle de voir Puppy se laisser aller, suivre son instinct, ou bien narguer le féroce molosse qui n’en aurait fait qu’une bouchée de son vivant.

Il tombe amoureux de la photo d’une petite chienne, joue avec les nonosses et c’est peu dire qu’il est au meilleur endroit pour en dénicher, même si parfois la digestion est un peu dure. Il court et joue, cherche une baballe, et il en trouve, on apprécie d’ailleurs l’hommage de Luz pour ses amis, avec toutes ces balles de tennis présentes dans cette bulle en verre qui repose sur la tombe de Charlie, et Puppy leur donne une nouvelle vie.

Bon! Batifoler dans son aire de jeu, c’est bien, mais cela ne va qu’un temps, pourquoi ne pas agrandir son territoire et partir dans les rues au risque d’effrayer les passants. Seulement, il n’y aura point de vent de panique, car voilà, les humains ont disparu. Les rues sont pleines des vestiges de la vie courante, nous voyons des scènes du quotidien, où il ne reste que les vêtements des personnes, laissés en suspends, on apprécie d’ailleurs cette vue du dessus de cette dame un peu forte, qui permet d’apercevoir la tête de Puppy au travers de sa culotte.

Luz nous offre de la légèreté, de profiter, de nous amuser, alors rions avec lui cal lui fera plaisir comme à nous, et soyez contents, je ne vous demande pas de vous mettre tout nu et de vous lancer à quatre pattes à baguenauder en remuant de la queue.

Merci Luz pour cette évasion canine. Comme quoi on peut encore rire un bon coup avec la mort, car elle ne se gêne pas, elle, pour rire de nous.

 

Tony Chu

C’est la fin mes amis ! Tony Chu t12- Le dernier repas (The last supper comme disent les Monty Python, d’ailleurs je vous conseille chaudement leur sketch: Why Michelangelo didn’t paint The Last Supper) est le dernier tome de la série. Notre détective cannibale tire sa révérence en beauté, John Layman et Rob Guillory ont mitonné un récit aux petits oignons (et j’arrêterai là les jeux de mots tout pourris liés à l’art culinaire pour illustrer mes propos, je ne voudrai pas pondre écrire un article indigeste).

Tony Chu, détective cannibale est une série en 12 tomes publiés par les éditions Delcourt en France et raconte l’histoire de cet agent de la R.A.S. (répression des Aliments et Stupéfiants) qui a la particularité d’être Cibopathe ??? 

Cibopathe; Saboscrivneuse; Cereduratus; Cibovoyante; Xocoscalpère; Tortaespadero… non ! je ne suis pas possédé par un démon ou une quelconque entité surgie du fond des âges qui me ferait utiliser une langue disparue depuis des millénaires. En lisant Tony Chu, vous allez découvrir tout un tas de termes dont vous ignoriez jusqu’à la possibilité, mais rassurez vous, tout cela est fictif, et si ce n’est pas le cas, il est déjà trop tard pour commencer à vous inquiéter. 

Cibopathe: imaginez que lorsque vous mettez en bouche un aliment, vous soyez en mesure de ressentir tous les stades par lesquels il est passé. Je m’explique ou tout du moins reprend l’explication de la Bande Dessinée: une bouchée de pomme vous indique sur quel arbre elle a poussée, quels pesticides ont été utilisés, quand est-ce qu’elle a été récoltée… et pour de la viande c’est pareil, cela vous ferait quoi de ressentir la venue au monde d’un être vivant, revivre toute sa vie ET sa mise à mort, plein de réjouissances en perspective. Ben pour Tony Chu, c’est son quotidien, seule consolation en ce qui le concerne, il y a une exception: LA BETTERAVE ! En effet, lorsque Tony mange de la betterave, il ne ressent rien, ce qui peut être un soulagement d’un côté, mais lui impose un régime alimentaire drastique (et ils sont où les 5 fruits & légumes ?).

Cette singularité, ils sont trois sur la planète à la partager, Tony Chu y compris, et en travaillant pour la R.A.S. il va être mis à contribution pour résoudre des enquêtes. En effet, certaines affaires sont parfois irrésolues par manque d’éléments, et des tueurs peuvent continuer à courir et commettre de nouveaux méfaits. Alors si vous avez à disposition dans vos effectifs, une personne qui pourrait, en grignotant un tout petit, mais alors tout petit bout de la victime vous aider à résoudre une enquête en identifiant l’assassin et son mode opératoire, pourquoi vous en priveriez vous ? Après tout n’est affaire que de persuasion pour que votre employé accepte de mâchouiller du cadavre au petit déj’

Tony Chu va donc continuer à mener ses enquêtes, pas toujours dans les meilleures conditions. Ses supérieurs ne l’aiment pas et lui font vivre un enfer, le moindre pépin qui arrive dans la vie de Tony… ils exultent de joie. Ses partenaires ? Multiples et variés, parmi eux, un autre Cibopathe, Malloy qui n’inspire vraiment confiance mais qui est le seul en mesure d’aider Tony Chu à développer ses capacités. John Colby, un de ses rares amis, mais qui peut apporter autant de soutien que d’emmerdes, ah ! et à moitié cyborg également, mais c’est une autre histoire. 

Le contexte . Suite à une vague de grippe aviaire, la consommation de poulet est totalement interdite, ce qui ne sera pas sans conséquences dans l’histoire. Il y a également ces lettres incandescentes qui sont apparues dans le ciel, c’est joli non ?! Boarf, si on passe outre le fait que c’est annonciateur de la fin du monde, on peut considérer ça joli.

Et si on parlait de son entourage ? Tony Chu a une famille (comme tout le monde en général), bien évidemment très particulière. Entre autre, sa soeur qui a la particularité de pouvoir voir l’avenir d’une personne en la mordant, il n’est pas si courant d’en arriver à mordre quelqu’un sans son consentement, même dans l’intimité. Son frère quant à lui se retrouve de l’autre côté de la loi, grand chef réputé, il s’est élevé contre le gouvernement en criant au complot, prétextant une désinformation et une exagération de la grippe aviaire, il est rentré dans la clandestinité et s’est spécialisé dans les recettes à base de poulet. Tony a également une fille qui va se révéler importante dans l’histoire (oh mon dieu le spoil !).

Mais ce n’est pas tout ! Qu’est-ce qui a provoqué un tel engouement pour cette série ? l’élément le plus improbable qui soit. La perle cachée des aventures de Tony Chu est un COQ. Oui ! Mesdames et messieurs, vous avez bien entendu ! UN COQ !!!

Mais pas n’importe quel coq, bien entendu. POYO, le coq ultime. Agent spécial de la R.A.S., Poyo est l’arme ultime et ultra secrète du gouvernement. Un coq de combat cybernétique.

Même l’enfer tremble rien qu’à susurrer son nom, car il est assuré qu’un jour Poyo viendra dans les tréfonds et que nul n’en ressortira indemne.

En dehors du rôle que Poyo va jouer dans l’aventure, notre coq de combat, aura le droit à ses propres mini aventures qui permettent une respiration entre les différents récits qui ponctuent la série. Il y a une trame principale qui va vous tenir en haleine de bout en bout de l’histoire, mais l’avantage de cette série, c’est que vous avez les différentes affaires auxquelles Tony Chu va être lié qui dynamisent votre lecture.

Conclusion, les aventures de Tony Chu, détective cannibale rentrent dans les incontournables des séries déjantées.

 

 

Full sentimental

Satoshi Kon, vous connaissez ? Non ? Kazuo Kamimura ? Non plus ? Yasunari Kawabata ? encore ? décidément je n’ai pas toujours de chance. Mais non, suis-je bête, c’est au contraire ce que je souhaite vous faire découvrir.

Aujourd’hui je reviens une nouvelle fois avec mes grands chevaux célestes venus d’Orient, Mangas, Manhwas et Manhuas (enfin pas de Manhwa cette fois car il n’y a pas de titres en provenance de la Corée). Nous sommes bien évidemment tristes de la disparition de Jiro Taniguchi qui a ému un grand nombre de lecteurs, sa contribution au patrimoine mondial de la Bande dessinée n’a pas été des moindres tant il aura écrit et dessiné une multitude de titres et fait parti des auteurs remarqués par Moebius, ce qui était un bon gage de qualité pour espérer se faire remarquer.

Fossiles de rêves de Satoshi Kon chez Pika Graphic

Il est bien naturel que beaucoup de personnes ignorent qui est Satoshi Kon, par contre si vous vous intéressez à la Japanimation, aux auteurs underground qui ont bouleversé la scène culturelle internationale, là vous êtes quasi impardonnables. L’auteur a disparu en Août 2010, certaines de ses oeuvres restent inachevées, vous pouvez trouver facilement certains de ses films, Perfect Blue, Millenium actress, Tokyo godfathers… mais concernant ses manga (papier) trop peu de titres sont disponibles, comme Opus qui fut réédité il y a peu chez Imho en même tant que Seraphim 266613336 Wings (avec Mamoru OshiiGhost in the shell, Avalon…) 

Fossiles de rêves sort chez Pika Graphic, jusqu’à présent l’éditeur publiait surtout des formats classiques mais depuis peu se tourne vers le roman graphic, en ce qui concerne le livre de Satoshi Kon, c’est un recueil de plusieurs histoires courtes passant allègrement du médiéval au fantastique, mais avec une majorité d’histoires contemporaines.

Tout comme Katsuhiro Otomo (Akira…) ou Taiyou Matsumoto (Sunny…), Satoshi Kon met bien souvent en scène des enfants comme personnages centraux, leur permettant de jouer avec l’innocence de ces chères têtes blondes, plutôt brunes au Japon, leurs émotions plus à fleur de peau ou encore leur impulsivité.

Dans la première histoire qui est un récit de Science-Fiction, nous commençons avec un cadre « normal », contemporain ? Si l’on découvre des habitants d’un quartier avec leurs habitudes, très vite on constate la vétusté des habitations, des rues, la végétation qui reprend ses droits. On devine le confinement d’un quartier à l’autre, le mystère plane et installe l’ambiance. L’arrivée d’un robot de combat nous fait basculer dans leur contexte quotidien, et après la magie de l’auteur opère…

Il s’en suit des histoires permettant de découvrir certaines particularités de la culture Nippone, de leur passion pour le Baseball, des histoires de fantômes toujours présents dans l’imaginaire populaire Japonais… De la violence, de l’émotion, de la tendresse, des préoccupations du quotidien, dans Fossiles de rêves, vous retrouverez l’essence même de chacune des créations de Satoshi Kon.

Les petites contemplations de Yao Ren chez Urban China

Alors là pour le coup, si vous connaissiez déjà Yao Ren, c’est que vous êtes incollables sur l’univers étendu de tout ce qui touche World of Warcraft, il publiait sur son blog, les aventures de son avatar dans le jeu. Il a par la suite, décidé de se tourner vers plus de légèreté, et ce sont différentes nouvelles qui nous sont proposées dans cet album.

5 histoires, 5 ballades, 5 expériences de l’auteur. 

La première est une bonne introduction pour l’un des titres que je vais vous chroniquer par la suite, Yao Ren évoque un restaurant de quartier, une petite gargote ne payant pas de mine, mais qu’i appelle intimement « Chez grand-père ». Il partage avec le lecteur la satisfaction d’avoir ce lieu ou se réfugier, échapper à son quotidien, qui lui permet également d’apprécier les mets qui lui sont proposés. Mais l’observation des autres personnes venant se restaurer dans ce restaurant, habitués ou non, lui démontre qu’il passe encore à côté de bien de petites surprises culinaires, qui ne cesse de lui donner d’autres motivations pour repasser une prochaine fois.

Les deuxième et troisième histoires ont ceci en commun, que son ce sont ses déambulations sous les intempéries. « Sous la pluie » et « Paysages d’hiver » sont des récits de promenades dans son quartier, d’observations méticuleuses et anecdotiques, comme une vieille dame qui nourrit les chats errants de son quartier, mais en faisant en sorte qu’ils ne se mouillent jamais les pattes, les habitudes des personnes qui fréquentent un parc municipal qui change d’aspect sous la neige et dont le lac gèle, les incitant à « braver le danger » en s’hasardant sur la glace.

La quatrième relève aussi de l’observation, « Caches à chats » révèle, non pas un jeu chinois, mais une spécificité: face à l’intolérance et à l’élimination des chats errants, certains habitants du quartier, fabriquent en catimini, de véritables repères cachés aux yeux de tous, afin que les chats puissent avoir un endroit où passer l’hiver à l’abri du froid, leur pratiquant même des sorties de secours au cas où un intrus tenterait de les y bloquer. Et la dernière histoire, « Le murmure des fleurs », n’est autre que le partage de l’auteur d’un souvenir d’une histoire que lui racontait sa mère lorsqu’il était plus jeune, mais dont il a ignoré pendant longtemps le dénouement. Beaucoup de sensibilité dans son écriture, on ressent pleinement le côté intimiste mais jamais voyeuriste, son dessin est un régal, même si l’on peut trouver un aspect rugueux à ses trames.

Si je vous ai mis en appétit précédemment, restons dans la restauration voulez-vous, La cantine de minuit de Yarô Abe aux éditions Le Lézard Noir.

C’est un premier tome, mais qu’importe étant donné que ce sont plusieurs nuits, donc plusieurs histoires qui se succèdent au fil des pages, 30 histoires chacune intitulée du nom d’un plat culinaire. Quelle est la particularité de cet établissement ? Le restaurant n’ouvre que de minuit à sept heures du matin, ne propose qu’un plat unique et trois types de boissons, MAIS, le patron est prêt à répondre à toute exigence de plat, SI il a à disposition les ingrédients pour le faire.

C’est un restaurant de quartier, avec ses habitués que l’on retrouve au cours des récits, bien que les horaires soient originaux, il n’empêche que la vie nocturne est assez animée dans le quartier et le nombre de clients suffisamment conséquent pour y trouver une certaine diversité.

De rôle principal, à secondaire, les clients se côtoient, partagent certaines aventures culinaires ou sentimentales, et bien souvent les deux. Il y a un côté attachant étant donné que l’on voit la vie de certains évoluer, on a l’opportunité de découvrir en même temps que les autres personnages certains aspects de leur vie qu’ils leur ont caché.

Le rôle du patron est bien évidemment le lien social qui unit tous ces habitués du lieu, les plats se succèdent sous vos yeux, ce qui a donne l’eau à la bouche. Vous n’avez pas les recettes, mais bénéficiez de pas mal de renseignements sur les ingrédients qui composent le plats, et parfois sur certaines préparations: A TABLE !!!!

Pays de neige de Utsugi Sakuko d’après Yasunari Kawabata chez Philippe Picquier éditions.

Yasunari Kawabata est l’un des piliers de la littérature Japonaise, mais on peut très bien n’en avoir jamais lu et le vivre sereinement. Mais autant profiter d’une adaptation en manga pour passer le cap. 

C’est une rencontre au fin-fond de la province Nippone, une petite station thermale isolée de tout, où Shimamura va laisser traîner ses guêtres. Ce jeune homme a hérité de la fortune familiale et peut désormais consacrer son temps à l’élaboration de ses ouvrages littéraires consacrés à l’étude de la chorégraphie occidentale, pour un japonais ne mettant pas les pieds hors du pays, cela parait bien futile.

Lors de sa pause dans ce village, il fait la rencontre de Komako, jeune apprentie de Shamisen, cet instrument à corde traditionnel dont jouent les Geishas

Shamimura revient depuis lors chaque année, une fois par an afin de passer quelques jours dans le village et retrouver Komako.

La relation entre les deux jeunes gens n’est pas simple, tant est que Komako oscille entre ses sautes d’humeurs, tantôt tendre et charmante, tantôt distante et réfractaire, elle continue son travail de dame de compagnie, abusant trop souvent de soirées très arrosées, mais qui finissent invariablement par le besoin de retrouver Komako dans sa chambre, mais en prenant bien garde de ne se faire voir des autres habitants de village où les ragots ont tôt fait de circuler et de vous marginaliser. 

Si ce n’était que cela, tout vous paraîtrait trop simple, du coup Kawabata a complexifié un peu son histoire, car Komako réside dans une maison avec deux autres personnes, une jeune femme Yôko, et l’on sent l’ai crépité lorsque les deux deux femmes sont présentes au même endroit. Et entre elles, Yukio, fils de celle qui enseigna le Shamisen à Komako, et qui est atteint au dernier stade d’une tuberculose intestinale.

Quelle est la relation réelle entre ces trois personnes ? Qu’est-ce qui peut bien réussir à les unir entre la haine et l’affection à ce point.

C’est un récit intime, agréable à l’oeil, avec une certaine nonchalance dans l’écriture, qui permet aux scènes plus dynamiques d’être explosives, notamment sur les humeurs de Komako.

Voici plusieurs idées de lecture, j’aurais pu également vous présenter Une femme de showa de Kazuo Kamimura & Ikki Kajiwara chez Kana, un auteur que j’affectionne particulièrement pour la finesse de son trait et les thématiques de ses histoires, tantôt sentimentales, ou comme ici, une histoire de vengeance, sa plus célèbre étant Lady Snow Blood, une trilogie disponible à la librairie, qui influença Tarantino pour son Kill Bill.

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