Coups de coeur

Je vous fais cette lettre…

D’autres hommes de lettres

Les bandes dessinées sur le régime autoritaire (euphémisme de dictatorial) de Salazar sont rares. Alors lorsqu’elles sont de qualité, il faut sans sourciller se plonger dans ces albums !

2016_couvpereira4 » Pereira prétend » se déroule dans les premières années de la prise de pouvoir d’Antonio de Oliveira Salazar au Portugal. Ce dernier a instauré un gouvernement résolument anti-communiste, fondé sur un parti unique et ancré dans le catholicisme le plus dogmatique. Les arrestations sommaires et les exécutions expéditives sont légions. Dans cet ambiance liberticide, le personnage principal qui donne son nom à l’album est un veuf corpulent qui s’est peu à peu coupé des réalités du monde. Il a conscience que la société change et pas forcément avec plus d’humanisme. Mais il se complaît dans son quotidien bien huilé et dans la gestion de la page culturelle du quotidien principal le « Lisboa ». Toutefois, l’absence de son épouse lui pèse et il entretient avec elle des discussions d’outre tombe. Des questionnements sur l’après-vie trottent dans sa tête et c’est à cause d’elle que Pereira va rencontrer un jeune diplômé en philosophie, Monteiro Rossi. Pereira, quelque peu forcé par le destin (ou sa lâcheté), va lui confier l’écriture de quelques nécrologies de poètes et écrivains célèbres. Ce jeune homme va accepter bien vite. Cependant, celui-ci désinvolte, tumultueux et critique est aux antipodes des convictions de Pereira. Tout au moins le prétend celui-ci… Car de fil en aiguille, de rencontres en censures, de prises de conscience en reculades, l’engagement de cet homme simple dans un monde complexe va grandement évoluer.

pereira3ereiraIl y a très longtemps – à l’échelle éditoriale –  j’avais été étonné par la finesse narrative de Pierre-Henry Gomont dans « Catalyse » de feu les éditions Manolosanctis (la preuve ici). Depuis, il n’a pas chômé, multipliant les albums forts (Kirkenes, Rouge Karma, Les Nuits de Saturne). Dans « Pereira », son trait très expressif et ses couleurs plaquées abruptement sur son dessin marquent les hésitations du personnages, ses atermoiements, ses conflits intérieurs. Mais également la chaleur de Lisbonne, la chape de plomb de la police politique, l’air frais pour le corps comme pour l’esprit de la cure française. Adaptant seul le roman d’Antonio Tabucchi, Pierre-Henry Gomont se sert des récitatifs aux points de vue fluctuant pour nous tenir en haleine ou nous faire craindre le pire. Jusqu’à la conclusion, surprenante et pourtant tellement naturelle !

pereira-2« Pereira prétend » de Pierre-Henry Gomont aux éditions Sarbacane est à lire absolument. Vous y découvrirez un pays, une page d’histoire mais surtout les quelques semaines où la vie d’un homme va basculer.

 

Des mots, toujours des mots, les mêmes mots

cartes1carte2Rose Grenier adore les cartes postales. Elle en écrit et se les envoie pour garder une trace de la vie qu’elle mène. C’est grâce à cette correspondance atypique que le lecteur va suivre l’héroïne depuis l’abandon de la ferme familiale dans la rurale Gaspésie jusqu’aux lumières trompeuses de Montréal. Des années 50 aux années 70, Rose va s’agripper à son rêve de devenir une chanteuse renommée de jazz, comme une naufragée à sa bouée. Ballottée par les événements, épaulée par deux hommes qui vont devenir ses musiciens attitrés, elle va connaître la misère des maigres cachetons puis la gloire des tournées internationales…

Parallèlement, en France, Victor Weiss apprend qu’il est mort lors des attentats du 11 septembre 2001 à NY ! Ou plutôt que son frère jumeau est mort aux pieds du World Trade Center. L’ADN a parlé !  Lui, l’enfant adopté qui ne savait rien de sa famille biologique se retrouve avec un bien curieux héritage…

carte4On devrait toujours être attentif aux production québécoises (je me suis redis la même chose quelques jours plus tard avec  » Les Deuxièmes » de Zviane éd.PowPow). « La Femme aux cartes postales » est un album très bien écrit et rythmé. Il y a des trouvailles narratives que je trouve particulièrement malines et qui sauve l’album des autres productions insipides sur les mêmes thématiques. Je pense à l’insertion de ces fameuses cartes postales à des moments charnières du récit, apportant sans lourdeur son lot d’informations et de révélations. Plus particulièrement, l’enchaînement des pages 133 et 134 où tout est dit, il n’y a rien à ajouter. Le retournement de situation final où les deux intrigues se rejoignent n’est pas d’une innovation fulgurante mais est très habilement dramatisé et les dialogues – ou leur absence – l’étoffent efficacement. Jean-Paul Eid et Claude Paiement nous plonge dans le Canada artistique du siècle dernier avec profondeur et émotion dans ce bel album paru aux éditions la Pastèque. Que demander de plus ?

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La plume et l’épée

couvdelilah-2-727x1024dd2-001Quelle joie de retrouver l’impétueuse Delilah Dirk et le pondéré Selim dans de nouvelles aventures ! Toujours aussi pétillantes, les péripéties de cet improbable duo nous font voyager du Portugal (encore !) en pleine insurrection aux salons feutrés de la vieille Angleterre. Pour ceux qui ne se souviendraient pas de cette série – dont le premier tome avait été chroniqué ici – un petit résumé s’impose. Au tout début du 19ème siècle, le janissaire turc Erdemoglu Selim rencontre l’aventurière-voleuse-espionne Delilah Dirk alors en franche difficulté. Sa tête et son corps risquent de se séparer brusquement. Placé sous sa surveillance, elle parvient néanmoins à s’échapper. Selim est donc condamné lui aussi à être raccourci… Avant d’être sauvé in extremis par la jeune femme qui n’a peur de rien. Une folle épopée s’en suit alors où l’amitié et l’admiration prospèrent dans le coeur de l’ex lieutenant turc. Cinq ans se sont écoulés depuis leur dernières aventures et les conflits napoléoniens entre la France, l’Angleterre et les autres nations européennes font voir des espions et des traîtres dans les yeux de tous les états majors. A cause d’une perfide et infondée accusation, voilà que l’honnêteté et le patriotisme de Delilah Dirk sont remis en cause. Elle aurait vendu des informations aux Français ! La voilà contrainte à rejoindre l’Angleterre et sa famille pour se disculper. Sauf que là-bas, Delilah Dirk n’existe pas… Elle est uniquement une Alexandra pur produit de l’aristocratie britannique attendue par une mère anxieuse. Laquelle de ces deux facettes parviendra à faire éclater la vérité ?

delilah-dirkdelilahDans « Delilah Dirk et le Shilling du Roy », Tony Cliff a affiné et dynamisé son trait dans ce deuxième opus qui sort directement en « gros » volume aux éditions Akileos. Il sait rendre ses deux protagonistes attachants par leurs défauts, leurs excès, leurs inadaptations à leur milieu. Il fait la part belle à l’action et aux rebondissements et l’exotisme est toujours au rendez-vous. Les éditions Akileos ont réédité la première aventure « Delilah Dirk et le Lieutenant Turc » en intégrale. Plus d’excuses pour ne pas plonger dans ce maelstrom d’humour et d’action !

Monsieur désire ?

desirecouv1Monsieur désire ? Si cette phrase sonne bien à votre oreille, qu’elle vous fait savourer un doux instant et vous donne un sentiment de puissance, d’une place privilégiée ou encore de suprématie… passez votre chemin car il y a fort à parier que vous n’apprécierez pas que Hubert et Virginie Augustin vous tiennent le miroir.
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Monsieur désire ? C’est la nouvelle bande dessinée des éditions Glénat avec pour scénariste Hubert, qui récemment en a séduit plus d’un avec les deux titres de la série « Les ogres dieux »Petit– et –Demi-sang– avec son compère Gatignol aux éditions Soleil, et il collabore cette fois avec Virginie Augustin connue pour son merveilleux travail pour « Alim le tanneur » en partenariat avec Lupano aux éditions Delcourt. Deux couvertures car deux éditions, une première en Noir & Blanc en tirage limité avec quelques bonus -crayonnés, recherches de personnages…- et l’édition classique en couleurs.

 

desire1Monsieur désire ? Bienvenue en Angleterre au tout début de l’époque Victorienne, la jeune reine Victoria vient d’accéder au trône et les remouds des années précédentes, tant politiques que religieuses, laissent encore leurs traces dans la société. Monsieur désire ? c’est l’histoire de Lisbeth, Bonne au service  d’un Lord, jeune homme de bonne famille, projeté très tôt à la tête de la fortune familiale. Edouard est semble t’il le noble le mieux pourvu du royaume, et j’entends par là bien évidemment, le mieux membré, ce qui alimente bon nombre de ragots et autres légendes autour du jeune homme, tant dans les hautes sphères de la noblesse que parmi les petites gens. Sa lubricité et ses débordements sont tout aussi légendaires que sa particularité physique, et le jeune Lord en joue allègrement (des deux, si vous voyez ce que je veux dire).

desire3Les genres ne se mélangent pas… en règle général, ou alors c’est toujours au détriment de celles et ceux qui se trouvent tout en bas de l’échelle et ça Lisbeth en est bien consciente, et l’une de ses anciennes collègues en a fait les frais. Rien que part le langage on peut déterminer la position sociale de chacun, tandis que Lisbeth se doit de vouvoyer le maître de maison mais également les membres du personnel qui se situent au-dessus d’elle, eux de leur côté ne manque pas, de par leur propos de la rabaisser ou de lui rappeler en permanence son statut, comme par exemple Ms Oliver la chargée de maison: « Baisse les yeux jeune fille ! Ne sois pas outrecuidante ! »

desire2Mais tout n’est pas aussi sombre pour Lisbeth que vous pourriez l’envisager, Madge, la cuisinière « ordinaire » va faire partie des soutiens occasionnels, de par une parole réconfortante, un geste attentionné. Son quotidien va être chamboulé par un événement inattendu: Une nuit où Edouard rentrera dans un piteux état, abruti par l’alcool, il fut victime d’une agression, Lisbeth se trouvait être la seule à disposition pour le déshabiller et le mettre au lit. Au lendemain de cette expérience, elle est convoqué par Edouard, et suite à cette conversation, il va chargé la bonne de l’accueillir chaque nuit qu’il rentrera de ses virées nocturnes. Là encore ne laissez pas vagabonder votre imagination, il n’y a rien de scabreux la-dessous. Il se trouve que Edouard a vu sa curiosité aiguisée par le fait que Lisbeth n’a montrer aucune gêne dans ses propos et sa conduite, et contrairement à James son valet-de-pied, il trouve en Lisbeth une confidente qui jusqu’à présent lui a toujours fait défaut: « Je ne cherche pas l’avis d’un spécialiste. Seulement celui d’une personne honnête et franche. Je pense que vous l’êtes, ça n’est guère courant dans mon entourage. » Il va même jusqu’à l’appeler affectueusement « Lisbeth, mon ange du matin« .

desire5Etre l’auditrice privilégiée d’un Lord à la vie scabreuse n’est pas sans conséquences, elle s’attire l’animosité de James et de Ms Oliver, qui dominaient jusqu’à présent la hiérarchie des gens de maison et voient d’un très mauvais oeil ce comportement qui ne respecte en rien les règles de la bienséance: « Mais quand même… Qu’il profite des faiblesses des plus écervelées, soit, c’est malheureusement dans la nature des choses. Mais qu’il se mette en tête de leur parler ! » Et que dire des propos que ses chastes oreilles vont bien pouvoir entendre, dévoilant un pan de la société Victorienne qui lui est inconnue, et un mode de vie des plus crus: « Fourrer ma queue dans le con saignant et dégouttant de foutre d’une fille à matelots qui ne se relève même plus entre deux passes. Elle est saoule de chair et de mauvais gin. Elle dodeline de la tête pendant que je la pilonne, et il n’est pas certain qu’elle se soit même rendu compte qu’elle a changé de partenaire. A un pas derrière moi un autre attend son tour en s’astiquant le manche. Je décharge et je lèche le jus qui perle de la fente, provoquant des murmures de dégoût alentour. « Vicieux ». Je me relève en m’essuyant le menton. On me dévisage et je souris. Que peuvent-ils comprendre ? »

desire4Oups ! Aurais-je omis de préciser auparavant que certains propos pourraient choquer les oreilles les plus chastes ? Cela ne me ressemble vraiment pas. Allez, je vous en remets une petite couche avec un savoureux échange entre Edouard et son ami Archibald: « Je vous voudrais que vous déclariez publiquement lors du bal de Lady Spencer… votre passion pour les queues, et tout particulièrement pour celles -Héroïques des « Horses Guards » de sa majesté. Contre une nuit d’amour avec moi. Ce n’est pas cher payer. »

Lors de ma lecture je me suis remémorer des ambiances comme dans le film de Robert Altman « Gosford Park » ou encore celui de James Ivory « Les vestiges du jour« , où le rapport des classes sociales et de la hiérarchie au sein d’une maison de maître marquaient le tempo du récit.

Pour une nouvelle fois Hubert saura vous surprendre par une histoire originale et attachante: Monsieur désire ?.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lectures itinérantes…

… des premières semaines de septembre 2016. Panorama rapide de mes lectures réjouissantes. Celles qui ne l’étaient pas, je les oublie !

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Pas mal de lectures pour la jeunesse cette fois-ci et pour tous les âges.

Un vent de joie et de bonheur souffle sur « Ernest & Rebecca » et ses lecteurs. Dans ce tome 7, la jeune fille au caractère bien trempé et son célèbre microbe domestique tente de prouver que leur nouvelle maîtresse est une sorcière et de réhabiliter leur ancien professeur. Alternant albums graves et albums acidulés, Guillaume Bianco et Antonello Danela abordent la maladie, la vieillesse, le divorce et bien d’autres thèmes encore avec bienveillance et humour. De quoi bien grandir avec le sourire !

Ernest & Rebecca T.7 / Guillaume Bianco & Antonello Danela / éd.Le Lombard

 

« L’Envers des Contes » se déroule dans un univers où tous les contes traditionnels, toutes les fables se côtoient.  Dans ce premier tome, grâce à un repentir sincère, la demi-sœur de Cendrillon s’est réconciliée avec celle qui fut leur souffre-douleur. Elle sera même invitée à ses fiançailles. Malheureusement, sa sœur et sa mère sont toujours les monstres acariâtres que l’on connait. Elles vont donc fomenter un mauvais tour. Bourrée d’humour et de rebondissements, cette série comblera jeunes et adolescents dans un récit loin d’être simpliste !

L’envers des contes T.1 / Gihef & Zimra / éd.Kennes

 

Le parti-pris de « Un pour tous » est de se pencher sur les personnages historiques dont s’est inspiré Alexandre Dumas pour « Les Trois Mousquetaires ». Des hommes illustres de cette garde rapprochée de Louis XIII se retrouvent dès les premières pages enfermés par les sbires du Cardinal. Seule une nouvelle génération enthousiaste et fidèle de fines lames pourra sauver les intérêts du Roi et ses courageux mousquetaires. Ancré dans la réalité historique et ses méandres politiques, doté d’une grande vivacité, ce premier tome ravira les amoureux de cape et d’épée.

Un pour tous T1 / Fabien Dalmasso / éd. Delcourt

 

Pour les adolescents, deux titres se détachent.

Le troisième tome de « La Vie Compliquée de Léa Olivier » continue à nous dépeindre le quotidien de lycéens canadiens. Leurs amours, leurs peines de cœur, leurs amitiés – qui ne diffèrent en rien de leurs équivalents français –  sont évoqués avec authenticité, humour et vraisemblance. Ici, Léa a du mal à gérer tous les soubresauts de son couple et les interrogations que cela suscite… La touche exotique québécoise achève de me convaincre : voilà une bonne série ado au même titre que  « Rouge Tagada » ou « Invisible  » des éd.Gulf Stream !

La vie compliquée de Léa Olivier / Alcante & Ludo Borecki / éd.Kennes

 

« Les Lames d’Âpretagne » est irrévérencieux et jongle avec l’humour comme on joue avec une double hache ! Cela tombe bien pour un récit d’heroïc fantasy débridé. Quête impossible (couper un gland ?!), duo improbable (le noble et le pouilleux), monstres grotesques, tous les ingrédients sont là pour la tranche humoristique. Mais cela ne s’arrête pas là et une véritable fresque épique et politique se révèle à nous. Une bonne surprise donc pour une saga à l’origine publiée sur le web.

Les lames d’Âpretagne T.1 / Luc Venries, Yoann Courric & Noë Monin / éd.Casterman

 

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu, Panini réédite « Avengers la Séparation« , prélude à la saga de « House of M ». Tous les malheurs s’abattent sur l’équipe de super-héros, à tel point que la survie du groupe en est menacée. Qui peut être derrière cette hécatombe ? Qui peut en vouloir autant à ces justiciers au point de détruire tout ce qu’ils représentent. La collection Marvel Events remet en avant les arcs les plus marquants de cet univers et celui de Bendis et Finch fait parti de ceux-là !

Avengers : la séparation / Brian M.Bendis & David Fincher / éd. Panini

 

Enfin, le nouveau tome de la collection « Androïdes » nous offre un récit sans prétention mais efficace sur le retour au pays. Une expédition vers une galaxie étant vouée à l’échec à cause d’une avarie, les rares survivants, un androïde et une intelligence artificielle décident de faire demi-tour. Sauf que la Terre a bien changé depuis leur départ… Et que peut bien représenter cette planète pour quelqu’un qui n’y a jamais vécu ?

Androïdes T.2 / olivier Peru & Geyser / éd. Soleil

Lectures vagabondes…

… de fin août et début septembre 2016. Panorama rapide de mes lectures satisfaisantes. Celles qui ne l’étaient pas, je les oublie !

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« Coquelicots d’Irak » apporte un éclairage intéressant sur le quotidien en Irak dans les années 60-70. Un témoignage sensible en courtes anecdotes. Cet album n’échappe pas à la comparaison récente (L’Arabe du Futur) ou lointaine (Persépolis) mais sort néanmoins son épingle du jeu par un humour discret, une analyse fine et une franchise surprenante sur sa famille.

Coquelicots d’Irak / Brigitte Findakly & Lewis Trondheim / éd.L’association

 

« Hawkwood » T.3 continue de nous plonger efficacement dans la Guerre de 100 ans au travers d’une troupe de mercenaires aguerris, au plus près de la réalité historique. Alors que « Montage » T.15 marque un peu le pas dans ses révélations et s’embrouille dans sa violence parfois gratuite. Néanmoins ce thriller sur le vol de milliers de Yens reste palpitant et addictif.

Hawkwood, mercenaire T.3 / Tommy Ohtsuka / éd. Dokidoki

Montage T.15 / Jun Watanabe / éd.Kana

 

« Mondes Obliques », suite de « Réalités Obliques » a un goût de Twilight Zone assumé. Plus noires que les précédentes, ces saynètes dépeignent un univers cynique et désespéré. L’extrême ingéniosité des situations fantastiques est à saluer.

Mondes Obliques / Clarke / éd.Le Lombard

 

« Exarcheia », grâce au retour dans un quartier d’Athènes de son enfance d’un jeune Grec, nous met face aux quotidiens de cette population. Les remous politiques, les difficultés économiques, la montée de l’extrême-droite, les aspirations libertaires, la contestation pacifique ou pas et tant d’autres. Sans oublier les petites gens, leurs amours et leurs espoirs. Très dense et très riche, cet album souffre parfois d’un manque de contextualisation et de traduction (les graffitis, les slogans, les banderoles sont en grec). Il n’en demeure pas moins une très bonne découverte de la rentrée.

Exarcheia, l’Orange amère / Dimitrios Mastoros & Nicolas Wouters / éd. Futuropolis

Les éditions du Long Bec rééditent la saga « Fog » en deux gros pavés. C’est l’occasion rêvée pour découvrir les premières œuvres de Cyril Bonin.  En pleine ère victorienne, des policiers enquêtent sur des crimes pour lesquels l’occulte et le mystère ne sont peut-être pas étrangers.

Fog T.1 / Roger Seiter & Cyril Bonin / éd. du Long Bec

Nous reviendrons prochainement plus longuement sur « L’anniversaire de Kim Jong Il« , mais sachez d’ores et déjà qu’il fait partie de nos albums coups de cœur de la rentrée.

L’Anniversaire de Kim Jong-Il / Aurélien Ducoudray & Mélanie Allag / éd. Delcourt

Il est agréable de retrouver Pascal Rabaté le temps d’un album avec un graphisme proche d’Ibicus ou Un ver dans le Fruit. En pleine débâcle,  un soldat français tente de retrouver son régiment, à son rythme paisiblement. Il n’a rien d’un déserteur mais il n’est pas suicidaire non plus. S’il n’apporte rien de neuf sur cette époque, « La Déconfiture » montre le danger bien réel de la guerre et les « trous » dans lesquels certains sont passés à côté de la menace. On espère que le deuxième tome se lira un peu moins vite…

La Déconfiture T.1 / Pascal Rabaté / éd.Futuropolis

Je suis toujours fan de cette série policière au parfum britannique cynique et réaliste qu’est « Maggy Garrisson » . Ce troisième opus conclue l’intrigue du premier tome et installe deux mini enquêtes – sur des dents et des photos ! – . Celles-ci auraient mérité peut-être un peu plus de page car leur conclusion est un peu abrupte. Cependant, la rigueur du dessin et l’humour pince-sans-rire sont toujours au rendez-vous.

Maggy Garrisson T.3 / Lewis Trondheim & Stéphane Oiry / éd.Dupuis

Gérald vous a déjà vanté les qualités du « Sixième Dalaï-lama« , il est inutile donc que je m’y attarde.

Le Sixième Dalaï-Lama » T.1 / Guo Qiang & Zaho Ze / éd.Fei

A très vite pour de prochains vagabondages !

 

 

 

Divine comédie

divinecouvNous sommes toujours dans une continuité de très chouettes parutions et nous touchons du bout du doigt le divin, en commençant  par La divine comédie de Dante Alighieri adapté par Go Nagai aux éditions Black Box, d’après les illustrations de Gustave Doré.

divinEn adaptation littéraires, nous avons également, Néo Faust d’Osamu Tezuka aux éditions Flblb, d’après l’oeuvre originale de Johann Wolfgang Von Goethe, une des toutes dernières oeuvres du maître incontesté du manga qui transpose l’action au moment des émeutes de la fin des années 60′ et du début 70′ au Japon avec dans le rôle de Faust, une revisite du savant Einstein ; La forêt des renards pendus de Arto Paasilinna adapté par Nicolas Dumontheuil chez Futuropolis, l’occasion de découvrir cet écrivain Finlandais à l’humour truculent sous la houlette, la plume et les pinceaux d’un dessinateur bourré d’humour lui aussi; on effleure Les contes des mille et une nuits avec la seconde partie de Hâsib et la reine des serpents de David B. aux éditions Gallimard; et aux éditions Philippe Picquier, spécialistes de la littérature étrangère et de l’Asie en particulier, une adaptation de Je suis un chat de Sôseki par Tirol Cobato, un roman phare de l’un des plus grands romanciers Nippons, une référence si vous souhaitez comprendre les bouleversements de l’ère Meiji et la philosophie moderne du Japon.

gaimancouvMais si je parle de divine comédie, c’est surtout pour deux, non trois ouvrages à vrai dire, une seule de ces bandes dessinées est une vraie nouveauté, mais très certainement n’avez vous jamais eu l’opportunité de lire les deux autres. Tout d’abord l’édition en Français de Neil Gaiman & P. Craig Russell de Murder Mysteries: Le premier meurtre; aux éditions Delcourt.

gaiman1Ce n’est pas une nouveauté car Neil Gaiman l’a écrite une première fois dans son recueil d’histoires Miroirs & fumées en 1992 et qui fut interpréter en pièce radiophonique, puis l’adapta avec son acolyte P. Craig Russell en bande dessinée en 2002, et c’est en 2016 que vous pouvez le lire en Français. Les deux hommes se connaissent bien et récemment on a pu lire chez le même éditeur leur dernière collaboration pour l’adaptation de L’étrange vie de Nobody Owens, un autre roman de Neil Gaiman, et bien évidemment P. Craig Russell a travaillé sur LE projet Sandman.

Bref! Avec Le premier meurtre, Neil Gaiman joue avec un de ses thèmes de prédilection, les anges et la création.

gaiman2Un homme vous raconte son histoire, comment il fut obligé de faire escale à Los Angeles et d’attendre pour raison d’intempéries pendant plusieurs jours une correspondance afin de rentrer en Angleterre. Il en vient à être contacté par une ex copine qui réside à L.A., l’invite a passer la soirée ensemble et le raccompagne à son hôtel. La nuit n’est pas encore trop avancée, il décide de s’attarder dehors car il lui semble qu’il ne va pas trouver le sommeil, lorsque un homme vient lui taper une clope. Refusant la pièce de 25 cents que l’homme lui tend en retour de sa cigarette, notre narrateur se voit offrir alors une histoire en remerciement de sa générosité: « les histoires histoires ont toujours été un bon paiement, de nos jours plus tellement ».

gaiman3Petite aparté, Neil Gaiman aime la mise en abîme dans ses histoires. Donc notre narrateur se retrouve auditeur, et d’après le vieil homme, c’est une histoire vraie: comment il est né ange dans la grande cité d’argent, attendant sa fonction comme toute autre création du NOM, et le rôle qui lui est échu, lui va être révélé par celui que l’on sait, deviendra le déchu (désolé je n’ai pas pu m’en empêcher), le nommé Lucifer.

gaiman4Notre ange est Raguel, la vengeance du seigneur, et il est car le crime existe, et que le premier meurtre vient d’être commit, un meurtre au paradis. Sa fonction prime sur toute autre action de ses congénères, et l’assassinat de Phanuel exige une réponse et une divine punition et ce même si le monde est en pleine création.

Un récit magnifique de Neil Gaiman, illustré majestueusement par P. Craig Russell, le duo vous manipule avec délectation tout au long de l’histoire, qui même si elle est courte vous réserve des surprises jusqu’au bout.

shangrilacouvEt voilà que Mathieu Bablet revient une nouvelle fois nous enchanter avec sa nouveauté: Shangri-la, un récit de Science-Fiction aux éditions Ankama, et il bénéficie d’une double actualité, car l’éditeur n’a rien trouvé de mieux que de nous présenter en intégrale son aventure précédente, Adrastée, et qui plutôt que d’être en 2 tomes sur un format  « comics », est présenté en un seul et grand volume qui rend hommage à la densité graphique de Mathieu Bablet.

adrasteecouvMathieu nous avait octroyer le plaisir de sa présence pour Adrastée, et en échange nous lui avions offert un bel exemple de l’hospitalité Nantaise, avec une magnifique manifestation avec cordon de CRS interdisant l’accès à la librairie, une journée mémorable pour laquelle j’étais malheureusement absent.

Adrastée, une divine comédie là aussi, ou comment créer une mythologie grecque avec l’histoire d’un immortel résidant en Hyperborée, qui a vu avec le temps disparaître ses proches , mais également son peuple. Après maintes et maintes années, il se décide à prendre la route pour aller à la rencontre des dieux au sommet du mont Olympe, afin de les interroger du pourquoi de son immortalité.

adrastee1En traversant le monde des hommes, il croise des créatures de la mythologie, tel le Sphinx (La Sphinge), les Harpies, Talos (protecteur de l’île de Crète, royaume du roi Minos), Polyphème le cyclope (fils de Poséidon)…

adrastee3Mais le monde des hommes n’est pas des plus calmes, les guerres entre cités font rage, et ce parce que l’Homme est toujours avide et jaloux de ce qu’il ne possède pas. Alors, lorsque notre personnage découvre que lui aussi fait partie, au même titre que tous les personnages fantastiques qu’il a croisé, de ces récits qui alimentent l’imaginaire des hommes, et attisent leur convoitise. Un homme venu des lointaines contrées marcherait parmi eux, traversant les âges, possédant le secret de l’immortalité.

adrastee4cette réédition est à tomber par terre, le choix de l’avoir agrandi rend honneur au dessin de Mathieu Bablet. Il offre au lecteur des pleines pages consacrées aux cités, renforçant l’aspect de solitude et d’isolement de cet immortel perdu dans les vestiges de sa civilisation, traversant dans son périple des contrées désolées pour ensuite se perdre dans la foule au risque de se noyer par cette surenchère de population.

shangrila1Shangri-la: notre jeune auteur revient en cette rentrée bédéphile avec un nouveau récit de Science-Fiction. Et à n’en pas douter, il sait gérer ses effets avec une entrée théâtrale:

Scott est humain, un homme perdu depuis plus de 11 ans dans ce qui devrait être la nébuleuse de Gum à des millions d’années lumières de la Terre. Devrait ? Oui !  sachez le une nébuleuse naît de l’effondrement d’un soleil, et Scott est là en tant que témoin d’un événement qui a eu lieu dans son passé.

shangrila4Après cette fin « d’un » monde, nous retrouvons Scott, UN MILLION d’années plus tard, l’Humanité s’est réfugiée dans des stations satellitaires autour de la terre, entièrement dépendante de la société Tianzhu. Vous mangez, vous travaillez, vous vous habillez, vous consommez, vous dormez… Tianzhu.

shangrila2Scott enquête actuellement pour Tianzhu sur une série d’accidents dans différentes stations annexes, où ils effectuaient des recherches, il subsiste des traces d’explosions et toute trace de vie a disparue de chaque lieu d’accident. Avec son frère virgile, ils vivent dans cette société aseptisée, mais où perce un esprit de rébellion auquel Scott n’adhère pas, comme quoi la société sait parfois bien dresser ses moutons.

shangrila5Laissez vous tenter pour basculer dans un récit intrigant, avec une force narrative et graphique peu commune, très franchement à peine sortis, ces 2 albums risquent de s’épuiser très rapidement, la preuve, nous avons déjà vendu la quasi totalité de notre premier stock, sachant que l’on s’était blindé sachant que l’on aimait son travail.

 

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