Coups de coeur

En route pour de grandes aventures.

Nous avons encore plein de belles choses à nous mettre sous la dent avant de les ranger sur nos étagères, bien écrites, bien dessinées, mais dans ma sélection du jour, vous trouverez pour une partie de ces titres, une thématique commune.

Avant tout, je vais commencer par 2 titres qui sont méchamment bons: Le coeur des amazones, de Christian Rossi et Géraldine Bindi, aux éditions Casterman, ainsi que Gagner la guerre, livre 1 Ciudalia, de Frédéric Genêt d’après l’oeuvre de Jean-Philippe Jaworski, Le Lombard.

Christian Rossi est un auteur dont j’apprécie énormément le travail, nous avions mis en avant précédemment Deadline aux éditions Glénat, un western en one-shot, les lecteurs le connaissent peut-être un peu mieux grâce à West, chez Dargaud, un western également ou quasi assimilé puisque nous sommes au début du XXème siècle, une série en 6 tomes comprenant 3 récits en diptyques qui allient Histoire et ésotérisme, avec au scénario un certain Fabien Nury (Il était une fois en France, La mort de Staline, L’or et le sang, Katanga, Silas Corey…) mais pour ma part je crois que je l’ai découvert pour la première fois grâce à La gloire d’Héra et Tirésias que vous pouvez lire actuellement dans une version regroupant les 2 récits aux éditions Dargaud. Ces deux titres abordaient déjà la thématique de la mythologie, avec Le coeur des amazones nous revenons au temps de la guerre de Troie.

L’histoire prend place au moment où Achille a décidé de rompre le combat, il refuse de servir le roi Agamemnon qui vient de mettre la main sur la prisonnière qu’Achille venait de faire. Ce désistement a pour conséquence entre-autre de faire perdurer la guerre. Le public ignore parfois que ce conflit a duré plus de 10 ans, mais garde en mémoire que c’est l’histoire de la belle Hélène, qui s’en ai pris plein la poire et s’est vue attribuer tout un tas de noms d’oiseaux. Mais ce sont d’autres femmes qui nous intéressent: les Amazones.

Elles sont à proximité du conflit qui oppose les grecs et les troyens, et approche la cérémonie de la fête des fleurs des amours, elles doivent mettre la main sur des mâles reproducteurs afin d’agrandir leur tribu et préparer une nouvelle génération de guerrières. Elles lancent des raids éclairs sur le champ de bataille, s’en prenant à un camp ou à l’autre sans aucune distinction. Leur jeune reine, Penthésilée, a cependant un problème de taille, elle ne peut s’accoupler qu’avec un homme de sang royal, et c’est l’annonce de la présence du demi-dieu Achille qui va l’inciter à tout mettre en oeuvre pour se saisir de celui-ci.

En dehors du fait que l’histoire est à tomber, le dessin de Christian Rossi la met en valeur d’une façon encore plus éclatante, au fur et à mesure de ses albums il estompe ses traits préparatoires, et cette fois il se permet des zones blanches dans ses planches, leur donnant une luminosité captivante. Avec un tel album vous êtes partis pour une immersion dans la Grèce antique.

Gagner la guerre, livre 1 Ciudalia, de Frédéric Genêt d’après l’oeuvre de Jean-Philippe Jaworski, Le Lombard. Ce mois-ci, la version noir & blanc paraît en librairie, pour la version couleur vous devrez patienter un petit mois.

Tout comme Javier Negrete, J.R.R. Tolkien, Franck Herbert, ou encore feu Terry Pratchett et quelques grands autres auteurs, Jean-Philippe Jaworski a développé un univers de grande ampleur: géographiquement, peuplades, religions, politique, guildes… ; vous pouvez découvrir ses romans aux éditions Gallimard (folio en format « poche ») et aux Moutons électriques.

Avec ce premier album, Ciudalia, vous avez le récit complet d’une de ses nouvelles, Mauvaise donne, que vous pouvez retrouver dans le recueil Janua Vera, qui est une bonne opportunité pour découvrir cet univers, car il regroupe différents récits qui vous permet de comprendre la grande variété de personnalités, de contextes ainsi que les bases sur lesquelles tout est construit.

L’histoire se déroule à Ciudalia, capitale de la république du même nom, dirigée par la tripartie: Ploutocrate, Belliciste et Souverainiste. Notre personnage principal se nomme Don Benvenuto Gesufal, personnage peu recommandable de prime abord, il l’est encore moins lorsque l’on sait qu’il est membre de la guilde des Chuchoteurs, une société secrète d’assassins crainte et respectée par les différents pouvoirs en place. Il se voit convoqué par l’un de ses supérieurs, Don Mascarina (que l’on interpelle souvent en chantonnant de la façon suivante: Hey Mascarina) afin de se voir attribué un contrat. A partir du moment où vous êtes le commanditaire, vous pouvez exiger une façon bien précise de procéder, et si Don Benvenuto est un arbalétrier hors pair, ce contrat devra être exécuté à l’arme blanche et au corps à corps. Bien évidemment rien ne va se dérouler comme prévu et l’intrigue ne fera que s’épaissir au grand dam de Don Benvenuto. Après l’adaptation de La horde du Contrevent, voici une très belle opportunité de s’immerger dans un autre univers tout aussi haletant et mis en images avec maestria.

C’est à l’occasion de la sortie d’un album que Le chevelu et moi-même avons beaucoup aimé que j’aimerai aborder une thématique actuellement récurrente dans différentes histoires, les mondes parallèles.

L’album en question est le suivant: Ceux qui restent, de Josep Busquet & Alex Xöul, aux éditions Delcourt

Il existe depuis longtemps, sous la forme de romans, de bandes dessinées, de films des récits où un ou plusieurs personnages basculent de notre monde dans un monde fantastique parallèle au notre, et c’est ce qui arrive à ce jeune garçon, Ben, qui dormait bien sagement dans sa chambre jusqu’à ce qu’une créature, un Wumple, vienne le solliciter car seul lui est en mesure de sauver le royaume d’Auxfanthas.

A ce stade de l’histoire habituellement, le lecteur part à l’aventure avec le héros, découvre ce monde merveilleux, suit les péripéties du garçon, et après d’innombrables rebondissements le verra bien souvent rentrer chez-lui, grandit de cette expérience enrichissante. Cependant dans notre cas de figure, ce sont les parents dont allons partager l’inquiétude de la disparition de leur enfant.

Comment réagir dans pareille situation, quelles sont les questions qui peuvent nous tarauder, comment procéder. tout le monde sait que les mondes fantastiques, cela n’existe que dans les contes. Si au beau milieu de la nuit votre enfant venait à ne plus se trouver dans sa chambre, soit il a fugué, soit une personne mal intentionnée s’est introduite dans votre demeure et l’a kidnappé. Entre l’empathie de vos proches et du public pour le drame qui vous touche, et la suspicion que les enquêteurs peuvent avoir sur votre responsabilité, voilà une façon originale et novatrice d’aborder ce thème. Je ne vous en dit pas plus afin de conserver tout le charme de cet album.

Et donc, actuellement, vous pouvez découvrir Birthright, de Joshua Williamson, Andrei Bressan & Adriano Lucas, également chez Delcourt, en Comic. Une série en cours où dans ce cas de figure, nous suivons les événements des deux côtés du miroir, l’histoire familiale dans notre monde et la partie fantastique, les deux se télescopant allègrement, et là encore de manière particulièrement judicieuse.

De façon plus classique, en manga, vous avez: Moi, quand je me réincarne en slime, de Fuse, Taiki Kawakami & Mitz Vah, aux éditions Kurokawa; ainsi que Mushoku Tensei, nouvelle vie, nouvelle chance, de Fujikawa Yuka, Rifujin na Magonote & Shirotaka, chez Doki Doki.

Pour ces deux histoires, les personnages principaux meurent de notre côté, pour se voir l’opportunité d’un nouveau départ dans un autre univers mais avec leur souvenir de leur ancienne vie. Nous nous retrouvons dans des univers d’Heroic Fantasy classiques, avec une multitude de créatures fantastiques. L’originalité  de Moi, quand je me réincarne en Slime, est que l’intervention et l’imagination du personnage interfère sur l’univers et les créatures qu’il va croiser, modifiant leur apparence ou leur spécificité. Et puis il est vrai que de base, on ne se sentirait pas spécialement à son avantage en se redécouvrant sous la forme physique d’une grosse boule de matière visqueuse, et pourtant…

Et pour finir… roulement de tambour…

Final fantasy, Lost Stranger, de Hasuki Minase & Itsuki Kameya, aux éditions Mana Books, d’après l’univers mondialement connu des studios Square Enix. Final Fantasy est l’une des licences de jeux vidéos qui a le plus révolutionné le genre, et chaque sortie d’un nouvel opus est un événement. Il y a déjà eu précédemment d’autres mangas ou romans, en plus des films d’animations ou de la série animée, mais Final Fantasy, Lost Stranger est la première formule papier que je trouve vraiment à la hauteur. Cela fait près de 30 ans que je reste un fan invétéré de cette licence, et quasiment aucun autre jeu vidéo ne m’a apporté satisfaction comme ceux-là, et il y a 21 ans déjà, Final Fantasy VII marqua d’une pierre blanche l’histoire du jeu vidéo. Alors lorsqu’une histoire propose de suivre des joueurs (et employés de Square Enix) propulsés au sein de cet univers, cela titille ma curiosité et mon envie. Et le résultat est à la hauteur de mes espérances. 

Ben ?! Qu’est-ce t’as ? T’es zuka !

Bouarf. Quel jeu de mot pourri pour commencer un article en l’honneur d’un dieu. Eh bien mes chers amis, il semblerait qu’il ait fallu attendre l’anniversaire posthume d’ Osamu Tezuka pour que certains éditeurs se réveillent enfin pour nous représenter certaines de ses oeuvres, mais attention, c’est un démarrage en douceur.

le 20 juin prochain les éditions Delcourt rééditent 2 de ses titres dont l’un n’est pas des moindres: L’histoire des 3 Adolf (que l’on me demande en moyenne une fois par mois) et Ayako. L’histoire des 3 Adolf sera en 2 parties tandis qu’ Ayako sera en one-shot, et chaque album sera vendu pour la modique somme de 29.99 euros (même pas 30 ma bonne dame, il y’en a un peu plus je vous le mets quand-même?). Sinon d’ores et déjà, vous pouvez remettre la main sur la biographie hallucinante de ce monstre sacré, sans qui le manga, les films d’animations ainsi que les séries animées tels que vous les connaissez ne seraient peut-être pas les mêmes. Osamu Tezuka, une vie en manga, chez Pika Graphic pour 35 euros cette fois, mais c’est du 900 pages dont une quinzaine consacrées uniquement à sa bibliographie, et c’est écrit en tout petit, je vous préviens.

Astroboy, Blackjack, Le roi Léo, Phénix, Métropolis… Si vous souhaitez tout voir et tout lire la production de celui qui encore aujourd’hui est considéré comme le dieu du manga, vous en auriez pour très très longtemps. Au long de sa carrière, l’auteur a consacré certaines de ses séries à effectuer une rétrospective de l’histoire du Japon, du moment où il va quitter sa période « médiévale » pour rentrer dans l’ère moderne, marquant ainsi la quasi disparition du peuple Aïnou dans la seconde moitié du XIX ème siècle avec Shumari, jusqu’à la domination économique du pays sur le reste du monde dans les années 80′ avec Gringo. Entre ces deux titres, vous trouverez: L’arbre au soleil, Ikki Mandara, Barbara, BlackJack, Kirihito, MW, Nanairo Inko, Midnight  et bien sûr Ayako et L’histoire des 3 Adolf.

Ces 2 histoires vont se dérouler à peu près à la même époque, pour Adolf, vous vous doutez bien que c’est pendant THE world war II, Ayako juste après la reddition du Japon pendant l’occupation Américaine. Si Osamu Tezuka invente une histoire qui permette de suivre la destinée de 3 hommes portant le même nom, il n’empêche qu’il utilise des infimes (et pas que) éléments de la réalité pour la située et l’étayer par la même occasion. 

Ainsi, lorsque l’histoire va débuter, nous nous retrouvons au moment des jeux olympiques de Berlin, l’un de nos personnages principaux (mais qui ne s’appelle pas Adolf, lui) est un journaliste sportif venu couvrir l’événement et par la même occasion rendre visite à son frère venu suivre ses études en Allemagne, mais l’accession dans les phases finales du saut à la perche de l’un de ses compatriotes va le faire arriver en retard à leur rendez-vous. Son frère malheureusement viendra d’être arrêté par la police secrète et n’oubliez pas que nous sommes en pleine montée du nazisme.

Les deux autres Adolf qui nous intéressent sont deux enfants qui vivent au Japon à la même époque. Le premier est fils d’un boulanger juif qui a fuit l’Allemagne pour sauver sa famille de ce qu’il pressentait comme une fin radicale (comme quoi avoir de l’instinct en sauve quelques-uns). Le deuxième, est le fils croisé d’un diplomate allemand et d’une japonaise. Bien que le Japon et l’Allemagne soient alliés, et que le deuxième est semble-t’il le leader, notre petit Adolf, mi-allemand, mi-japonais, mi-ours et mi-sanglier puis mi-scorpion derrière, bref le petit gars y’vient p’têt d’un milieu aisé, et issu de la « race supérieure », il n’empêche qu’il se prend des roustes comme n’importe lequel des petits autres européens qui va à l’école avec des japonais qui n’aiment pas trop, ben tout ce qui n’est pas japonais en fait. C’est de là que va naître l’amitié entre ces 2 enfants, au coeur des événements de notre Histoire.

Concernant Ayako, nous nous situons dans l’après guerre, le Japon s’est rendu et vient le temps du retour chez eux des prisonniers de guerre. Rappelons que jusqu’à peu de temps, l’empereur était considéré comme un dieu vivant, obligé de renoncer à son statut, cela a créé des tensions au sein de la communauté Nippone, peu osaient dire tout haut qu’ils étaient heureux de la fin de la guerre, tandis que les autres se retranchaient dans les valeurs traditionnelles. Tout ça pour vous indiquer qu’il était plus que honteux d’avoir survécu aux combats, les personnes qui rentraient chez elles pouvaient être rejetées ou marginalisées. Ayako est la petite soeur de l’un d’entre-eux, elle appartient à une famille de propriétaires terriens, situés à la campagne. Dans le cadre de la reconstruction du Japon, le nouveau gouvernement sous la tutelle des américains a déposséder les propriétaires en morcelant leurs terrains en parcelles et les a redistribuées afin de reloger ceux qui avaient tout perdu avec la guerre. C’est dans ce contexte que notre soldat rentre chez lui et découvre les tensions au sein de sa famille, et petit à petit va découvrir les secrets inavouables des événements qui se sont déroulés en son absence. De plus, il se trouve que les américains ne l’ont pas lâché comme ça, il est devenu un agent de renseignement à leur service.

Et pour finir, j’aimerai également vous annoncer d’autres bonnes nouvelles pour ceux et celles que cela intéressent:

Taiyô Matsumoto est de retour ! Une première fois en ce premier trimestre avec la seconde partie des chats du Louvre, aux éditions conjointes de Futuropolis et Louvre éditions. Mais au cours de l’année nous allons pouvoir le retrouver pour 2 autres rendez-vous. Le 13 juin doit sortir chez Pika Graphic, Red corner, et le 7 septembre Kana devrait commencer à publier une nouvelle série, Hanaoko, que des bonnes nouvelles, c’est moi qui vous le dit.

Concernant Les chats du Louvre, rappelons que le principe de cette collection, laisse le champ libre à des auteurs au trait original, de réaliser une histoire autour du musée. Pour ce récit, nous nous intéressons a différents individus, une guide et deux gardiens, ainsi qu’une bande de chats qui vivent dans les greniers et sur les toits du Louvre.

Encore une fois Taiyô Matsumoto fait preuve d’une extrême sensibilité, joue avec la fragilité de l’âme enfantine et ce, grâce à son dessin empli d’une délicatesse et finesse de trait qui me ravissent toujours autant depuis la première fois où j’ai découvert son travail.

Cécile travaille comme guide au musée du Louvre, alors qu’elle aspire à d’autres horizons, mais toujours dans le milieu artistique, elle croise Patrick, nouvel arrivant dans l’équipe des gardiens du musée.

Patrick quant à lui s’est vu mis en équipe avec le doyen des gardiens, Marcel, vieil homme patibulaire qui se soucie du bien être des quelques chats qui squattent le musée, et ce depuis des générations. Marcel a un secret: cela fait des années qu’il cherche désespérément sa soeur, Arrietta, qui, selon lui, se serait réfugiée dans l’un des tableaux du Louvre.

Tous 3 éprouvent un attachement particulier, tout comme au sein de la communauté des chats, pour le plus petit d’entre-eux: Flocon. Flocon a ceci d’exceptionnel, qu’il est un « passe-tableau », entendez par-là qu’il a la possibilité de se réfugier au sein des différentes oeuvres du musée et de s’y promener comme vous iriez faire une marche en campagne ou en bord de mer. 

Une étrange aventure se profile à l’horizon…

 

 

3 romans graphiques pour démarrer 2018

Le mois de janvier est l’occasion pour les éditeurs de nous présenter quelques belles nouveautés après l’avalanche de suite de grosses séries auxquelles nous avons le droit à chaque fin d’année. Le mois de janvier 2018 n’a pas dérogé à cette règle puisque nous avons eu de belles découvertes. Dont voici 3 récits complets qui valent le détour :

-L’homme Gribouillé (de Serge Lehman et Frederik Peeters, chez Delcourt) : Plus je vous parlerai de cet album plus je vous en gâcherai la lecture, alors voilà lisez le…

Bon je vous en parle quand même un peu.. mais pas trop. Frederik Peeters et Serge Lehman sont deux auteurs qui aiment créer des univers et des récits d’ambiances. Ils vous plongent dans une atmosphère et vous attrapent dès le début de l’histoire pour vous lâchez à la dernière page. Contrairement au côté intriguant en fantastique de la couverture l’histoire se passe dans notre monde bien réel à Paris où nous allons découvrir 3 générations de femmes. La grand-mère, la mère et la fille… Mais je vous en ai déjà trop dit, découvrir l’intrigue fait partie du plaisir de ce récit.

Attendez-vous à vous faire surprendre. Notre passé et nos origines cachent souvent bien des mystères et des légendes.

Comme toujours le dessin de Frederik Peeters accompagne à merveille ses histoires, vous invitant d’une case à une autre de manière palpitante et fantastique.

-Les danois (de Clarke, chez Le Lombard) : La fin d’année 2017 a été riche en bons récits d’anticipation avec Bug et Serum. Et si le genre vous plait ne ratez pas Les Danois de Clarke.  C’est le genre de récit qui vous fait réfléchir sur notre monde et notre société.

L’histoire démarre à Prague avec des naissances d’enfants issus de l’immigration qui sont blonds aux yeux bleus. Imaginez un peu la réaction d’une famille musulmane à la vue d’un enfant blond au yeux bleus ? Imaginez la réaction d’une femme qui pensait accoucher d’un enfant métisse quand va apparaitre sous ces yeux à l’accouchement un petit blondinet au yeux azur ? Et vous comment réagiriez vous si l’enfant que vous attendiez ne ressemblait pas à l’idée que vous vous faites de lui ? Nos idées sur le sujet sont encore très arrêtées et ce récit les pointe magistralement du doigt.

Mais il serait bien dommage que le récit s’arrête à ce simple fait, Clarke nous invite donc à découvrir toute une galerie de personnages qui vont suivre cette affaire en étant impliqué à différents degrés. Un journaliste qui va chercher à comprendre ce qui ce cache derrière ces naissances ? Un laborantin qui après avoir fait la première analyse, disparaît dans la nature pour se faire oublié, les deux premières femmes touchées par le phénomène et bien d’autres qui vont également construire les différentes réflexions liées à notre société.

Un très beau livre qui amène à ce poser des questions sur notre vision du monde et ce qui nous entoure et comment le monde peut évoluer ? Voilà un bel exemple de comment le BD peut nous  rendre plus tolèrent et ouvert au changement. A découvrir et à faire découvrir.

-Cinq Branches de cotons noires : 2018 est l’année des 30 ans de la collection Aire-Libre des éditions Dupuis. Voilà 30 ans que la collection nous régale avec des récits beaux autant scénaristiquement que graphiquement. Au début de la collection on ne parlait pas encore de roman graphique, le terme n’était pas encore à la mode. Mais pourtant tout y était déjà. De Cosey (Voyage en Italie, à Pedrosa (Portugual, Equinoxe, en passant par Van Hamme et Griffo pour l’incontournable SoS Bonheur, mais aussi Lepage (Muchacho) Gibrat (Le sursis, Le Vol du Corbeau) et tant d’autres qui m’ont fait rêver et voyager. 

Donc pour ouvrir cette 30eme année d’édition il fallait un album marquant. Il vous suffit de regarder la couverture pour tout comprendre avec un simple profil de soldat Steve Cuzor le dessinateur arrive déjà à dégager tellement de force et d’émotion. 

5 branches de contons noires est à la fois ce que la BD Franco-belge classique propose de mieux avec un dessin incroyablement classique et puissant imprégné de la culture des plus grands standard de la BD Jean Giraud, Herman… Mais avec une écriture moderne et une mise en scène dynamique, comparativement aux oeuvres BD des année 80-90.

L’histoire nous entraîne en 1944 aux côtés de soldats afro-américains qui pensaient avoir quitter leur pays pour combattre l’oppression Nazie, mais qui vont se retrouver  parqué dans un camp en retrait où ils doivent garder des chars gonflables pour faire croire aux allemands que le débarquement aura lieu dans le sud de la France. Mais outre leurs rêves de partir combattre, nos soldats afro-américains ne sont pas traités pareil que les autres soldats alliés la couleur de leur peau est un problème pour certains de leurs supérieurs et alliés au sein du même camp. Alors qu’en temps de guerre les soldats ne devraient-ils pas être tous solidaires les uns des autres ? Une réalité bien triste sur la bêtise humaine. Alors qu’un bataillons formé avec des soldats afro-américains arrive a se former pour mener à bien une mission assez spéciale, une autre histoire se déroulera en parallèle, celle des femmes, soeur et mères de ces soldats restés aux pays qui vont à travers le récit de leur passé se battre à leur façon pour l’égalité des chances, nous rappelant que ce sont des petits combats qui amènent à de grands changements et que l’action d’une seule personne peu changer les choses.

Steve Cuzor au dessin fait un travail incroyable. La pureté de son travail en noir et blanc est tellement saisissante que la mise en couleur a été pensée pour garder tout le détail du dessin original en optant pour une monochromie par ambiance et séquence narrative. Donc la mise en couleur ne gâche pas du tout le plaisir graphique et l’investissent du dessinateur. Lorsque vous aurez lu le passage sous la neige vous comprendrez de quoi je veux parler cette séquence est un pure bonheur pour les yeux.

Steve Cuzor et Yves Sente arrive avec cet album à faire ce que veut faire la collection Aire-Libre depuis ses débuts, plaire aussi bien aux amateurs de romans graphiques que aux amateurs de BD Franco-Belge classique. Nous rappelant que l’un et l’autre ne sont pas deux univers bien différents.

 

Voilà donc 3 récits qui finalement ce complètent bien, abordant tous trois les origines, le changement et l’ouverture d’esprit. Chacun se déroulant dans un espace temps différents, le passé pour « Cinq branches de coton noir », le présent pour l’homme gribouillé et le futur (proche) pour Les danois.

Alors n’hésitez pas: lisez les et dites nous ce que vous en avez pensé ?

 

Le feu et la braise

Les lacrymogènes se sont dissipés dans les rues, mais leurs vapeurs délétères ont néanmoins imprégné quelques pages de BD. Contestations, revendications ou simples constats, les auteurs (des citoyens comme tout le monde après tout) se sont emparé de l’ambiance de notre société pour en dépeindre d’autres pas si étrangères.

Marcos Prior et David Rubin ont choisi de prendre les armes graphiques. Dans « Grand Hôtel Abîme » (éd.Rackham), le peuple est chaque jour un peu plus dépouillé de ses droits, de ses libertés, pire : de ses moyens de subsistance. Alors que la grande majorité ne prend pas conscience de ses entraves par un matraquage continu d’images hypnotiques, d’infos inutiles et de bavardages incessants, seule la violence aveugle semble être une échappatoire pour quelques citoyens lucides… A travers quelques chapitres bien anxiogènes, les auteurs poussent les travers actuels de notre société juste quelques crans au-dessus, là où une étincelle pourrait tout embraser.

 

Une autre société est engluée dans le mensonge des élites, celle de l’album « Sérum ». Pourtant, la vérité y est une vertu cardinale, prônée à tort et à travers par la Présidente en place… Kader a été condamné après les purges politiques qui ont « assaini » la société : une puissante drogue lui a été injectée, l’obligeant à dire constamment la vérité. Sa vie est alors devenue un enfer, comment vivre à proximité d’un homme qui n’a plus aucun filtre social, plus de distances, plus de secrets ? Du fond de la ville où il a échoué, il s’aperçoit néanmoins qu’une forme de résistance au régime dictatorial est en train de poindre dans un Paris aseptisé. Le début d’une révolution ou une illusion encore brisée ? Ce scénario de Cyril Pedrosa sur les dessins de Nicolas Gaignard a été entamé il y a de nombreuses années, bien avant de récentes campagnes électorales. Pourtant ce récit d’anticipation politique publié aux éditions Delcourt n’a jamais été aussi raccord avec l’actualité.   

Il y a plus de 20 ans, Jean Van Hamme et Griffo signaient un récit dystopique  qui avait marqué toute une génération. « SOS Bonheur » dépeignait une France intemporelle condamnée au bonheur à tout prix, à la prise de risque minimale et au nivellement des libertés. Par de petits chapitres grinçants, cyniques et dérangeants par leur vraisemblance, les auteurs nous alertaient déjà de la pente dangereuse qu’empruntait notre société. Vingt ans plus tard, tout a changé et rien n’a changé. Immigration encadrée, morale punitive, présomption de culpabilité, encouragement à la délation, Stephan Desberg s’empare de toutes ces atteintes à la liberté à la suite de J.V.Hamme. Dans une France encore une fois si proche de la nôtre, Griffo continue dans cette seconde saison (toujours aux éditions Dupuis) à nous invectiver à ouvrir les yeux, à prendre conscience. Sans doute pour qu’il n’y ait pas de saison 3…

 

 

Ce panorama marqué par la rancœur et la déception de voir l’incapacité de nos gouvernements à nous montrer la voie ne serait pas complet sans les deux regards espagnols de Miguelanxo Prado avec « Proies Faciles » (Rue de Sèvres) déjà chroniqué par le Grand Libraire ici et « Au Fil de l’eau » de Juan Canales (également Rue de Sèvres).

Vivement les lendemains qui chantent !

Y’ des zazous dans ma BD.

Il y a des albums, des bouquins ou que sais-je encore, qui tombent pile-poil au bon moment, ou encore qui ont l’avantage de pouvoir y plonger n’importe quand: L’automne à Pékin de Gaëtan & Paul Brizzi d’après le roman de Boris Vian aux éditions Futuropolis est de ceux-là. 

Je suis toujours partant pour un grain de folie, qu’il soit organisé d’avance ou encore mieux qu’il surgisse à l’improviste, alors lorsque j’ai ouvert L’automne à Pékin pour la première fois en librairie, le charme agit d’emblée, et du coup je le referme vite fait pour pouvoir l’apprécier avec un maximum de surprise lorsque je pourrai le lire dans les meilleures conditions possibles. Déjà de base, j’adore Boris Vian, que ce soit en tant qu’écrivain, chanteur ou musicien, donc je sais à quoi m’attendre: à tout ! Du possible à l’inimaginable, n’importe quoi peu surgir du cerveau de ce génie. Alors, pourquoi ne pas, une fois encore se laisser porter par sa folie douce ?

 

L’histoire commence avec cet homme qui prend le bus et s’endort à son bord pour enfin être réveillé par le contrôleur au terminus qui se situe aux portes du désert. Pas décontenancé pour si peu, au contraire c’est bien là qu’il se rendait, et d’un pas décidé, il s’enfonce au milieu de nulle part.

Enchaînons maintenant avec nos personnages principaux. Si Boris Vian est aux commandes, quoi de plus naturel que se retrouver dans le quartier de Saint-Germain des Prés dans une boîte de Jazz (mais sans Michel Jonas). Anne (c’est un homme) et Angel (c’est un homme aussi) sont entrain de s’encanaillés avec Rochelle, la petite amie du moment d’Anne. Après une nuit bien arrosée, ils prennent leur automobile pour rentrer chez eux, mais en route il renverse Cornélius, ingénieur pour la Wacco.

Ils le conduisent à l’hôpital, où le médecin de garde est plus préoccupé par par sa passion du modélisme aéronautique que par ses patients.

Les choses vont s’enchaîner pour nos deux ingénieurs désoeuvrés, et une opportunité s’offre à eux. comme Cornélius n’est plus en mesure de tenir ses engagements, ils le remplacent au pied levé et partent eux aussi pour le désert afin de réaliser pour la Wacco, la construction d’une voie de chemin de fer.

Ils en profitent au passage pour faire embaucher Rochelle comme secrétaire, ainsi que le médecin qui y voit là une opportunité de profiter de tout cet espace vide pour faire voler son aéronef, ainsi que son assistant, qui lui ne tenait pas tant que çà, à quitter le calme de son lieu de travail, surtout pour aller se perdre au milieu du désert. Sur place, Angel fera la rencontre d’une équipe d’archéologues, car un milieu désertique peut parfois révéler des trésors insoupçonnés, et l’aventure va enfin pouvoir commencer.

La commission artistique du centenaire de la première guerre mondiale, regroupant The lakes international Comic Art festival, On a marché sur la bulle et 14_18 Now, soutenue par le Heritage Lottery Fund & Arts Council England, et la liste est encore longue, commémore ce triste souvenir de l’histoire de l’humanité par un grand nombre de projets, parmi eux, une commande a été adressée à Dave Mckean: Black Dog: Les Rêves de Paul Nash. Nous avons la chance de voir cette très grande oeuvre traduite et publiée en France aux éditions Glénat.

Parfois le hasard fait vraiment bien les choses, si les organisateurs souhaitaient faire appel à Dave Mckean pour un projet si ambitieux, ils ne se doutaient pas de la fascination de l’auteur pour le travail de Paul Nash, artiste peintre et poète qui établit des passerelles entre l’homme et la nature.

C’est une oeuvre d’art à part entière, un récit magistral porté aux nues par le talent sans communes mesures de Dave Mckean (quoi j’en fais trop, cet auteur fait partie de mes illustrateurs préférés et je n’en ferai jamais assez pour dire tout le bien que je pense de son travail).

Au travers des rêves de Paul Nash, nous allons suivre son parcours qui l’a amené à se retrouver confronté à l’horreur de la guerre, et le travail graphique de l’auteur rend hommage au travail du peintre qui le fascine tout en faisant basculer le lecteur dans ces visions d’horreur auxquelles tant d’hommes ont été confrontés. Il ne faut jamais oublier que si maintes et maintes tentatives de témoignages, sous toutes les formes que ce soient ont essayé de nous faire prendre conscience de ce qu’à été ce conflit sans précédent, il ne faut pas s’étonner que la plupart des témoins sont restés prostrés dans leur mutisme, car nul mot ne pourra jamais exprimer leurs sentiments.

Et pourtant Dave McKean réussi à en transmettre une part, et vous ne ressortirez pas indemne de votre lecture de cet ouvrage qui fait déjà partie de ma bibliothèque idéale et indispensable. il y a tellement de choses à voir que vous ne pourrez pas attendre avant de rouvrir cet album et pour autant garder la « fraîcheur » de votre première lecture et de vos impressions.

Et mon dernier petit plaisir n’est autre qu’un nouvel album des éditions çà & là, une maison d’éditions qui me rend toujours curieux, cette petite perle n’est absolument pas à lire si vous ne souhaitez pas vous spoiler la majeur partie des films que vous n’auriez pas vus et qui vont être abordés dans ce livre: Filmographique de Edward Ross.

Si vous souhaitez découvrir l’histoire du cinéma ou les dessous des films; ce que l’image animée a modifier le regard de nous, spectateurs, et notre perception du monde; comment l’arrivée de la parole a fait perde de l’expression corporelle et de la force narrative; l’omniprésence devant et derrière la caméra du genre masculin entraînant une vision erronée de la société et des thèmes abordés concernant le gente féminine ou bien les transgenre…

C’est toujours chouette de pouvoir s’instruire en s’amusant, d’apprendre des anecdotes qui épateront vos amis en soirée , de découvrir que ce film que vous croyiez connaître sur le bout des ongles vous réserve encore plein de surprises, et qu’une fois que vous refermerez ce livre, vous ne percevrez plus le monde comme avant. Comme disait Tarantino: « Vive le cinéma ».

 

 

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