Connaissez vous Patience ? Attention, je n’ai pas dit La Patience, mais Patience de Daniel Clowes ? D’ailleurs commençons par le commencement, connaissez vous Daniel Clowes ? Sachez que quelques aficionados comme votre serviteur se réjouissent de voir une de ses nouveautés arriver, et comme de par hasard, entre chaque, il faut savoir faire preuve de… patience.
Daniel Clowes est l’un des piliers de la scène indépendante Américaine, auteur multi-primé maintes et maintes fois, son ouvrage le plus emblématique, Ghost World fut adapté au cinéma. Certaines de ses oeuvres sont autobiographiques, traitant notamment de son statut d’auteur indépendant, mais ceux que je vous conseille ardemment sont également les plus… comment dirais-je, dérangeants: Comme un gant de cuir pris dans la fonte, David Boring, Mr wonderful, Ghost World et pour le coup, Patience.
Tous ces beaux albums, vous les trouverez chez la maison d’éditions Cornélius, excellent éditeur qui a fêté ses 25 ans cette année, qui publie non seulement de très bons auteurs, mais également de très très bons auteurs, même si tout n’est pas toujours disponibles: Tezuka, Mizuki, Burns, Clowes, Crumb…
Daniel Clowes a l’art et la manière de vous raconter des histoires avec un « faux rythme », mettant en scène des gens « ordinaires » dont la vie se déroule lentement, jusqu’à … PAF, le truc qui fait tout basculer: 2012, pour Jack Barlow et Patience, c’est l’annonce d’un heureux événement à venir: Patience est enceinte. Si qui en comblerait plus d’un, apporte un soupçon d’inquiétude à Jack, car jusqu’à aujourd’hui il n’a pas réussi à avouer à Patience qu’il n’avait pas obtenu le travail dont il lui avait parlé, et actuellement, il gagne de quoi subvenir au besoin du quotidien en distribuant des flyers pour un établissement de strip-tease dans la rue, et l’arrivée d’un enfant dans leur nécessitera un tout autre budget. Il décide de prendre son courage à deux mains (si vous le voulez bien) et de lui annoncer sa situation et de prendre la résolution de trouver un meilleur job (que dans la bible).

On ne s’arrête pas en si bon chemin, la nouvelle surprise qui attend Jack, c’est de trouver Patience inerte au milieu du salon, elle vient d’être assassinée chez eux. La question est de savoir si c’est un simple voleur ou bien une personne qui lui/leur en voulait, toujours est-il que pour les enquêteurs, les soupçons se portent sur Jack, et ils lui mettent la pression afin qu’il avoue. Les déboires juridiques ne cessent de croître, surtout lorsque l’on est sans le sou, on se retrouve facilement au 36 ème dessous (qui au départ se trouvait au 3 ème sous-sol) mais à force de clamer son innocence retrouvera la liberté, mais pas sa sérénité.
Il va tout faire pour retrouver l’identité de l’assassin, mais les pistes vont être multiples et se perdent au tréfonds de l’adolescence de Patience. Les années passent et Jack se morfond, et c’est en 2029, dans les bras d’une prostituée, qu’il entend parler de Bernie.
Bernie est repoussant, n’inspire vraiment pas la sympathie, mais Bernie détient un secret en mesure de répondre aux attentes de Jack: Bernie a trouver le moyen de voyager dans le temps, et c’est en 2006 que se trouve la réponse tant souhaitée, dans la période d’adolescence de Patience.
Daniel Clowes manipule son lectorat avec brio, vous immerge dans un quotidien lancinant, fait en sorte que cet univers que vous découvrez pour la première fois vous soit rapidement intime, afin que vous lecture se confonde avec la nonchalance des personnages et que vous basculiez peu à peu dans l’étrange et le dérangeant.
Bon anniversaire aux éditions Cornélius, habituellement c’est celui qui fête son anniversaire qui reçoit les cadeaux, cette année la maison d’éditions nous aura régalé, notamment avec les packs découvertes qu’ils nous ont proposé et de beaux titres comme celui-ci.
Quitte à se laisser surprendre, voici Alex+Ada, de Jonathan Luna & Sarah Vaughn, un scénario à quatre mains, Jonathan au dessin, une publication des éditions Delcourt.
Tout comme Daniel Clowes, Jonathan Luna peut en surprendre plus d’un de part son style graphique et sa narration, on le connait entre autre pour Ultra (rapidement résumé, on pourrait vous le décrire comme un Sex & the city version super héroïne), Girls, une histoire étrange, un village se retrouve isolé sous un dôme en verre (cela rappelle les Simpsons, le film) et au prise avec une invasion extra terrestre, les aliens sont sous la forme de femmes fortement dénudées et avides de reproduction, leur vaisseau spatial à la forme quant à lui d’un spermatozoïde géant, et plus récemment The Sword, où comment une paraplégique se retrouve doter de pouvoirs fantastiques en brandissant une épée convoitée par les assassins de sa famille, et en plus de ça, elle endosse le rôle de sauveur du monde à la place de Bruce Willis qui ne pouvait pas, parce qu’il avait aqua-poney ce jour là.
Nous sommes « demain », donc ne soyez pas étonnés de voir votre grille-pain s’envoler pour vous amener le café au tombé du lit. Alex est un employé ordinaire, avec son petit train-train quotidien, et qui se remet tranquillement de sa dernière déception amoureuse.
C’est un jeune homme totalement intégré dans la société, au fait des dernières technologies, c’est par le biais d’implants qu’il gère son quotidien, la domotique, son travail, ses communications, la conduite… tout se fait par contrôle mental. Mais il lui arrive d’être décalé, en tout cas d’avoir ses limites, et sa grand-mère en est le plus bel exemple, il ne partage pas le même engouement avec le fait qu’elle se soit octroyer un robot sexuel au prix exorbitant et qu’elle s’éclate littéralement entre ses bras.
Sa grand-mère essaie de le convaincre du bien-fondé de son choix, lui expliquant qu’elle n’a plus a se soucier de la disparition de son conjoint, elle qui a déjà connu le deuil, le fait d’avoir une personne « idéale » avec qui partager sa vie, qui a les mêmes goûts qu’elle et qui ne souhaite que son bonheur.
C’est l’anniversaire d’Alex, et alors que ses amis lui réserve une soirée surprise, mais le cadeau inattendu se trouve au milieu de son salon lorsqu’il rentre chez lui: contre son accord, sa grand-mère vient de lui offrir, version féminine, un robot/androïde X5, même génération que le modèle qu’elle a chez elle.
Du premier contact et de sa première réaction, Alex souhaite ardemment se débarrasser de cet androïde ultra réaliste, mais il n’empêche qu’il lui a donné un nom, Ada, et que cela va créer un premier lien. Le quotidien du jeune homme va prendre une nouvelle tournure et une relation des plus étrange vient de naître.
L’histoire à laquelle vous allez vous intéresser n’est pas simplement la vie de couple de Alex+Ada, mais toute la définition de ce qu’est être « Humain ». Une histoire en trois parties aux réflexions philosophiques, un avant goût de ce que pourrait être notre futur, et de notre cohabitation avec des créatures biotechnologiques.

La dernière surprise de ces derniers jours, c’est Le temps des sauvages, d’après le roman de Thomas Gunzig (Manuel de survie à l’usage des incapables), adapté par Sébastien Goethals, aux éditions Futuropolis.
Pourquoi une surprise ? il est rare qu’un album ne cesse de bout en bout de me rendre curieux, de m’infliger sans cesse des questions, à savoir quel genre d’histoire l’auteur essaie de me soumettre, dans quel univers je viens de poser le pied…
Cela commence par un braquage d’un fourgon blindé au bazooka avec couverture de sniper, on enchaîne avec un vigile d’un super marché (ou hyper, ou bien discount, comme vous voulez) chargé par les ressources humaines, de prendre une caissière en faute afin de la licencier, on se fait un fondu enchaîné avec des loups garous… mais qu’est-ce que c’est que ce livre que je viens d’ouvrir ?

Qui sont ces deux frères qui vous racontent l’histoire du mec qui a inventé les Nuggets de poulet et qui a tout simplement oublié de déposé son brevet et s’est fait doubler par le grand Ronald.
D’où personne n’est étonné de croisé une fratrie de 4 loups-garous dans le couloir de son H.L.M. ?
Quand votre compagne (en l’occurrence, car cela est valable aussi pour le compagnon) vous traite comme un gros nul, n’est-il pas temps de couper les ponts ?
Un patron, ou un petit chef de rayon, est-il toujours un con ?
Avec un charme fou au dessin, nous voici entraînés, dans un polar, une chronique sociale, une histoire d’amours, de nature animale et de rapport de force.
Un coup de coeur partagé avec le chevelu.
Sunny ! Alors que cela devrait nous évoquer un ensoleillement, voilà qu’un voile nuageux vient à passer. Sunny est la dernière série de Taiyou Matsumoto que nous avons pu lire en France, et avec ce sixième volume qui vient tout juste de paraître, nous disons au-revoir aux « Enfants des étoiles« .
Des trémolos dans l’écriture donc, mais également de très belles histoires sont publiées dans cette continuité de fin 2016, avec une collaboration magistrale entre Emmanuel Lepage, un virtuose du pinceau, et René Follet, que l’on appellera « Monsieur » René Follet ou bien « Maître », tellement cet homme est talentueux, et ces deux hommes nous invitent à les suivre dans Les voyages d’Ulysse. Un autre voyage est au programme, proposé par Christopher & Pellejero AirLines: The long and winding road. Et pour rester dans le dépaysement, Inio Asano revient après Bonne nuit PunPun et La fille de la plage, avec une série (peut-être ?) plus grand public, Dead Dead Demon’s Dededede Destruction. En route pour l’aventure chers amis lecteurs.
Sunny ! de Taiyou Matsumoto aux éditions Kana, vient donc de se terminer, cette série atypique nous aura émus bien plus qu’elle ne semblait le présager… et c’est tant mieux. L’auteur a toujours su surprendre son lecteur avec chacune de ses histoires, que ce soit Amer Béton, qui existe aussi bien en version papier qu’en film d’animations, Le samouraï Bambou ou encore Number 5, et je ne vous parle que des titres qui sont encore disponibles actuellement.
Le dénominateur commun à toutes ces histoires, ce sont les enfants (même dans Number 5 où ce sont des personnages adultes mais comme le monstre de Frankenstein, des créatures qui se positionnent par rapport au « père » leur créateur).
Sunny, c’est également le nom d’un modèle de voiture très populaire de l’époque, et dont un exemplaire prend la rouille dans le jardin de la maison des Enfants des étoiles. C’est leur sanctuaire, un lieu de refuge, une zone de jeu, l’endroit où l’on se rend pour fumer en cachette ou encore, afin de s’évader. Les enfants n’ont pas choisi d’être là, certains sont orphelins, d’autres ont été placés par les services sociaux en attendant de régler des conflits entre les parents. Nous sommes également dans une période du Japon, ou des personnes quittent la province à la recherche d’un emploi dans les grandes villes, mais ils n’ont pas toujours les moyens de se loger convenablement et se retrouvent obliger de se séparer de leurs enfants « momentanément », (il existe des cas où les personnes ont carrément changer d’identité afin de refaire leur vie ailleurs, mais ce n’est pas le sujet de ce manga même s’il y eu un grand nombre de cas à cette époque).
6 volumes constituent la série Sunny, et dans chaque album vous avez six histoires, mettant souvent en avant l’un des enfants. Ce sont des histoires de leur quotidien, de leur relation à l’autre, par exemple, si certains vont à l’école, où ils peuvent croiser d’autres enfants qui vivent eux, avec leur famille: une règle est simple pour les Enfants des étoiles -« On ne se mélange pas avec ceux des maisons« .
Emmanuel Lepage n’est plus un inconnu du grand public, et pourtant même avant ça, ces histoires comme Muchacho ou La terre sans mal ne pouvait pas laisser insensible son lectorat. René Follet est présent depuis bien plus longtemps dans le monde de la Bande Dessinée mais ne vous parlera pas spontanément à l’esprit, et pourtant… (que la montagne est belle).
René Follet quant à lui tient le pinceau de l’artiste Ammôn Kasacz, grand spécialiste de la peinture représentant la Grèce Antique et qui n’est autre que le dénominateur commun qui va rapprocher Jules Toulet de Salomé Ziegler, capitaine de … le suspens est insoutenable … l’Odysseus !
Jules se trouve dans le port d’Istanbul, après quelques temps passés dans cette ville aux charmes ravageurs, l’envie du voyage et du changement est trop grande pour qu’il s’y attarde un peu plus. C’est notamment avec ses talents de peintre qu’il a l’habitude de monnayer un repas ou un hébergement, mais cette fois, aucun capitaine ne souhaite voir à son bord une bouche inutile à la manoeuvre du navire, Jules galère (tient un jeu de mot de mauvais goût, cela faisait longtemps) et traîne sur les quais. Une nuit que ses pensées vagabondes, il s’attarde et s’endort à même les planches et se voit surprit par la pluie, une jeune femme l’invite à se mettre à l’abri à bord de l’Odysseus qui se trouve à quai, surtout afin de mettre au sec les toiles qui se trouvaient éparses à ses côtés.
C’est au gré de la conversation que Salomé et Jules vont évoquer le peintre Ammôn Kasacz, dont la capitaine, pour une raison personnelle cherche à mettre la main sur ses oeuvres consacrées à l’Odyssée d’Ulysse et retrouver la trace du peintre.
Vous souhaitez prolonger le voyage ? Christopher et Pellejero (l’actuel dessinateur de la reprise de Corto Maltese) nous entraînent dans un road trip bourré d’humour: The long and winding road; aux éditions Kennes, qui ne cessent de nous surprendre agréablement (un de ces quatre il faudra vraiment que l’on s’attarde à vous présenter leurs productions).
Est-ce un hasard ? Il se trouve que notre personnage s’appelle Ulysse, et que son voyage à lui aussi aura tout d’une Odyssée.
Dans le carton, Ulysse découvre une collection de K7 audio, des quoi ?? Pour ceux qui n’étaient pas nés et qui ne connaissent pas, imaginez, mais, imaginez fort fort, qu’avant que vous trouviez comme par magie de la musique sur internet, qu’avant les compact disc que vous connaissez seulement sous le nom de CD, et après qu’un groupe de potes se soient rassemblés pour faire de la musique il a existé deux médias, les disques vinyl (anciennement en cire) et les cassettes audio magnétiques . Bref, Ulysse a en sa possession une batterie de K7 des musiques des 60’s et des 70’s, Led zeppelin, les Bee gees, Grateful Dead, les Rolling Stones… A ce stade, sachez que vous avez à la fin de l’album une playlist que les auteurs vous suggèrent.
L’autre cadeau, c’est le Van Wolsvagen de son père, tout ce pan de la vie de celui-ci, Ulysse l’ignorait, tout autant que la demande rocambolesque de porter les cendres du défunt jusqu’au lieu du concert mythique des 70’s de l’île de Wight en Angleterre.
Il va croiser très rapidement le chemin de trois individus, qui étaient présents le jour de l’office funèbre, qui ne sont plus tout jeunes, et qui ne sont autres que les trois autres membres du groupe de rock auquel son père avait participé, ça aussi il l’ignorait. C’est une histoire bourrée d’humour, d’expériences insolites et de rencontres hétéroclites, à mi chemin entre Les vieux fourneaux de Lupano & Cauet, et Cendres de Alvaro Ortiz, Come Prima d’Alfred; le sujet du voyage initiatique après la mort d’un proche n’est pas nouveau mais n’en reste pas moins très originale dans cette interprétation, fous rires assurés et expériences psychédéliques carabinées.
Et si pour finir vous craignez les coups de soleil, quoi de mieux que de dénicher un petit coin d’ombre et pour ce faire pourquoi ne pas profiter de cet énorme vaisseau spatial en stationnement au-dessus du ciel de Tokyo ?
Inio Asano, mon auteur fétiche de l’incomparable Bonne nuit PunPun (à ne pas mettre entre toutes les mains) La fille de la plage (pareil, pas pour les enfants trop sages) … , il revient (Albator, le capitaine corsaire, tin ninin) avec Dead Dead DeDeDeDe Destruction aux éditions Kana.
Ce qui fait que chacun continue sa vie comme ci de rien était, si ce n’est de temps à autre une intervention militaire contre les infrastructures aliens, tout le monde semble s’être habitué à cette présence.



» Pereira prétend » se déroule dans les premières années de la prise de pouvoir d’Antonio de Oliveira Salazar au Portugal. Ce dernier a instauré un gouvernement résolument anti-communiste, fondé sur un parti unique et ancré dans le catholicisme le plus dogmatique. Les arrestations sommaires et les exécutions expéditives sont légions. Dans cet ambiance liberticide, le personnage principal qui donne son nom à l’album est un veuf corpulent qui s’est peu à peu coupé des réalités du monde. Il a conscience que la société change et pas forcément avec plus d’humanisme. Mais il se complaît dans son quotidien bien huilé et dans la gestion de la page culturelle du quotidien principal le « Lisboa ». Toutefois, l’absence de son épouse lui pèse et il entretient avec elle des discussions d’outre tombe. Des questionnements sur l’après-vie trottent dans sa tête et c’est à cause d’elle que Pereira va rencontrer un jeune diplômé en philosophie, Monteiro Rossi. Pereira, quelque peu forcé par le destin (ou sa lâcheté), va lui confier l’écriture de quelques nécrologies de poètes et écrivains célèbres. Ce jeune homme va accepter bien vite. Cependant, celui-ci désinvolte, tumultueux et critique est aux antipodes des convictions de Pereira. Tout au moins le prétend celui-ci… Car de fil en aiguille, de rencontres en censures, de prises de conscience en reculades, l’engagement de cet homme simple dans un monde complexe va grandement évoluer.
Il y a très longtemps – à l’échelle éditoriale – j’avais été étonné par la finesse narrative de Pierre-Henry Gomont dans « Catalyse » de feu les éditions Manolosanctis (
« Pereira prétend » de Pierre-Henry Gomont aux éditions Sarbacane est à lire absolument. Vous y découvrirez un pays, une page d’histoire mais surtout les quelques semaines où la vie d’un homme va basculer.
Rose Grenier adore les cartes postales. Elle en écrit et se les envoie pour garder une trace de la vie qu’elle mène. C’est grâce à cette correspondance atypique que le lecteur va suivre l’héroïne depuis l’abandon de la ferme familiale dans la rurale Gaspésie jusqu’aux lumières trompeuses de Montréal. Des années 50 aux années 70, Rose va s’agripper à son rêve de devenir une chanteuse renommée de jazz, comme une naufragée à sa bouée. Ballottée par les événements, épaulée par deux hommes qui vont devenir ses musiciens attitrés, elle va connaître la misère des maigres cachetons puis la gloire des tournées internationales…
On devrait toujours être attentif aux production québécoises (je me suis redis la même chose quelques jours plus tard avec » Les Deuxièmes » de Zviane éd.PowPow). « La Femme aux cartes postales » est un album très bien écrit et rythmé. Il y a des trouvailles narratives que je trouve particulièrement malines et qui sauve l’album des autres productions insipides sur les mêmes thématiques. Je pense à l’insertion de ces fameuses cartes postales à des moments charnières du récit, apportant sans lourdeur son lot d’informations et de révélations. Plus particulièrement, l’enchaînement des pages 133 et 134 où tout est dit, il n’y a rien à ajouter. Le retournement de situation final où les deux intrigues se rejoignent n’est pas d’une innovation fulgurante mais est très habilement dramatisé et les dialogues – ou leur absence – l’étoffent efficacement. Jean-Paul Eid et Claude Paiement nous plonge dans le Canada artistique du siècle dernier avec profondeur et émotion dans ce bel album paru aux éditions la Pastèque. Que demander de plus ?

Quelle joie de retrouver l’impétueuse Delilah Dirk et le pondéré Selim dans de nouvelles aventures ! Toujours aussi pétillantes, les péripéties de cet improbable duo nous font voyager du Portugal (encore !) en pleine insurrection aux salons feutrés de la vieille Angleterre. Pour ceux qui ne se souviendraient pas de cette série – dont le premier tome avait été 
Dans « Delilah Dirk et le Shilling du Roy », Tony Cliff a affiné et dynamisé son trait dans ce deuxième opus qui sort directement en « gros » volume aux éditions Akileos. Il sait rendre ses deux protagonistes attachants par leurs défauts, leurs excès, leurs inadaptations à leur milieu. Il fait la part belle à l’action et aux rebondissements et l’exotisme est toujours au rendez-vous. Les éditions Akileos ont réédité la première aventure « Delilah Dirk et le Lieutenant Turc » en intégrale. Plus d’excuses pour ne pas plonger dans ce maelstrom d’humour et d’action !
Monsieur désire ? Si cette phrase sonne bien à votre oreille, qu’elle vous fait savourer un doux instant et vous donne un sentiment de puissance, d’une place privilégiée ou encore de suprématie… passez votre chemin car il y a fort à parier que vous n’apprécierez pas que Hubert et Virginie Augustin vous tiennent le miroir.
Monsieur désire ? Bienvenue en Angleterre au tout début de l’époque Victorienne, la jeune reine Victoria vient d’accéder au trône et les remouds des années précédentes, tant politiques que religieuses, laissent encore leurs traces dans la société. Monsieur désire ? c’est l’histoire de Lisbeth, Bonne au service d’un Lord, jeune homme de bonne famille, projeté très tôt à la tête de la fortune familiale. Edouard est semble t’il le noble le mieux pourvu du royaume, et j’entends par là bien évidemment, le mieux membré, ce qui alimente bon nombre de ragots et autres légendes autour du jeune homme, tant dans les hautes sphères de la noblesse que parmi les petites gens. Sa lubricité et ses débordements sont tout aussi légendaires que sa particularité physique, et le jeune Lord en joue allègrement (des deux, si vous voyez ce que je veux dire).
Les genres ne se mélangent pas… en règle général, ou alors c’est toujours au détriment de celles et ceux qui se trouvent tout en bas de l’échelle et ça Lisbeth en est bien consciente, et l’une de ses anciennes collègues en a fait les frais. Rien que part le langage on peut déterminer la position sociale de chacun, tandis que Lisbeth se doit de vouvoyer le maître de maison mais également les membres du personnel qui se situent au-dessus d’elle, eux de leur côté ne manque pas, de par leur propos de la rabaisser ou de lui rappeler en permanence son statut, comme par exemple Ms Oliver la chargée de maison: « Baisse les yeux jeune fille ! Ne sois pas outrecuidante ! »
Mais tout n’est pas aussi sombre pour Lisbeth que vous pourriez l’envisager, Madge, la cuisinière « ordinaire » va faire partie des soutiens occasionnels, de par une parole réconfortante, un geste attentionné. Son quotidien va être chamboulé par un événement inattendu: Une nuit où Edouard rentrera dans un piteux état, abruti par l’alcool, il fut victime d’une agression, Lisbeth se trouvait être la seule à disposition pour le déshabiller et le mettre au lit. Au lendemain de cette expérience, elle est convoqué par Edouard, et suite à cette conversation, il va chargé la bonne de l’accueillir chaque nuit qu’il rentrera de ses virées nocturnes. Là encore ne laissez pas vagabonder votre imagination, il n’y a rien de scabreux la-dessous. Il se trouve que Edouard a vu sa curiosité aiguisée par le fait que Lisbeth n’a montrer aucune gêne dans ses propos et sa conduite, et contrairement à James son valet-de-pied, il trouve en Lisbeth une confidente qui jusqu’à présent lui a toujours fait défaut: « Je ne cherche pas l’avis d’un spécialiste. Seulement celui d’une personne honnête et franche. Je pense que vous l’êtes, ça n’est guère courant dans mon entourage. » Il va même jusqu’à l’appeler affectueusement « Lisbeth, mon ange du matin« .
Etre l’auditrice privilégiée d’un Lord à la vie scabreuse n’est pas sans conséquences, elle s’attire l’animosité de James et de Ms Oliver, qui dominaient jusqu’à présent la hiérarchie des gens de maison et voient d’un très mauvais oeil ce comportement qui ne respecte en rien les règles de la bienséance: « Mais quand même… Qu’il profite des faiblesses des plus écervelées, soit, c’est malheureusement dans la nature des choses. Mais qu’il se mette en tête de leur parler ! » Et que dire des propos que ses chastes oreilles vont bien pouvoir entendre, dévoilant un pan de la société Victorienne qui lui est inconnue, et un mode de vie des plus crus: « Fourrer ma queue dans le con saignant et dégouttant de foutre d’une fille à matelots qui ne se relève même plus entre deux passes. Elle est saoule de chair et de mauvais gin. Elle dodeline de la tête pendant que je la pilonne, et il n’est pas certain qu’elle se soit même rendu compte qu’elle a changé de partenaire. A un pas derrière moi un autre attend son tour en s’astiquant le manche. Je décharge et je lèche le jus qui perle de la fente, provoquant des murmures de dégoût alentour. « Vicieux ». Je me relève en m’essuyant le menton. On me dévisage et je souris. Que peuvent-ils comprendre ? »
Oups ! Aurais-je omis de préciser auparavant que certains propos pourraient choquer les oreilles les plus chastes ? Cela ne me ressemble vraiment pas. Allez, je vous en remets une petite couche avec un savoureux échange entre Edouard et son ami Archibald: « Je vous voudrais que vous déclariez publiquement lors du bal de Lady Spencer… votre passion pour les queues, et tout particulièrement pour celles -Héroïques des « Horses Guards » de sa majesté. Contre une nuit d’amour avec moi. Ce n’est pas cher payer. »




