Sans papier, sans héros, sans espoir…

… mais avec de très beaux albums !

il y a quelques temps, Romain vous avait fait découvrir Les Âmes Nomades (éd.Grand Angle) qui s’attache à la vie en clandestinité de sans-papiers. Aurélien Ducoudray, puisant dans son expérience journalistique qui l’avait amené directement sur le terrain, aborde lui aussi cette réalité lourde, pesante, souvent dramatique, mais ô combien humaine.

Bilel, plein d’espoirs et d’attentes, a quitté le bled pour rejoindre son frère qui s’est « installé » en France une année auparavant. Bien sûr, l’un comme l’autre sont rentrés illégalement sur le territoire. Ballotté par des passeurs peu scrupuleux de containers en squats sordides, le jeune garçon garde intacte cette flamme si particulière qui le pousse en avant malgré les très nombreuses déconvenues. Et c’est notamment par le foot (et Beckham, d’où le titre) qu’il ne sombre pas. Mais attention, je vous arrête tout de suite, on n’est pas à Hollywood, il ne va pas miraculeusement devenir une star du ballon rond et s’évader d’un but de ce monde miséreux… Non, loin de là.

Jeff Pourquié (qui a fait quelques adaptations du Poulpe entre autres) avec un dessin très nerveux et anguleux, par un jeu de couleurs où la rouille, le béton, la saleté font ressortir une réalité difficile, apporte une efficacité étonnante à cet album. Les regards remplissent les silences de Bilel…

Après le déroutant « La Faute aux Chinois » et le percutant « The Grocery« , « Békame » (éd.Futuropolis) prouve qu’il y a encore un scénariste à surveiller de très très près !

Samedi prochain, Rémi Gourrierec viendra dédicacer le premier tome de « Big Crunch » (éd.Delcourt). Hé bien cet album est un véritable Big Bang (uhuhu….) ! Allez, soyons honnêtes, j’ai failli passer à côté de ce très bon album. Discret, c’est un petit format comme tous les albums de la collection Shampooing ; inclassable, il emprunte à tous les genres (comics, franco-belge) et à tous les styles ; intrigant, par une couverture peu explicite, il a été victime du délit de « faciès » que connaît malheureusement un grand nombre d’albums (et oui, nous sommes perfectibles). Heureusement, alléluia, le destin m’a tendu cette BD en me disant « Va et lis ». Et donc je suis allé lire…

En France, pour faire face à l’apparition des émergences – des transformations monstrueuses et aléatoires de quidams provoquant de nombreux incidents – et à leur multiplications, les autorités… n’ont rien fait ! Pourquoi faire ? Cosmos, super justicier mystérieux se charge de tout ! Pour trois frangins habitant Paris, Cosmos est leur quotidien et à leurs âges respectifs (ado, pré-ado et enfant), ils ont bien d’autres préoccupations. Dont sortir avec une fille… Mais tout va basculer dans leur… cuisine.

C’est beau, c’est bon, c’est bien, venez Samedi !

 

 

 

Pour finir, on ne peut que se féliciter des promesses non tenues. Quelques années auparavant, Guillaume Sorel avait déclaré souhaiter s’éloigner de la BD. Paroles en l’air ou véritable volonté, nous ne le serons jamais et tant mieux car il  nous offre toujours des albums de très grande qualité. Laurent Seksik adapte son propre roman en bande dessinée pour un Guillaume Sorel au meilleur de sa forme.

Stefan Zweig, illustre romancier, grand intellectuel, a quitté les affres de la guerre avec sa seconde épouse, Lotte. Néanmoins, il a laissé derrière lui la mort et la guerre, des fantômes de proches qui le hantent, une société qu’il sait à jamais perdue. Et surtout une menace qui gronde, sourde, implacable, qui s’insinue dans les pensées de l’écrivain. On ne s’affranchit pas de toute cette souffrance, de ce deuil, de la perte de tout espoir par quelques rayons de soleil et un exil que l’on veut confortable. Et pourtant, c’est au Brésil que le couple tente de se reconstruire…

Pardonnez la comparaison, mais on se retrouve dans la même position que lorsqu’on regarde « Titanic » ou « Apollo XII », on sait pertinemment ce qui va se passer. On n’en est pas moins dans l’expectative d’une issue autre… Découvrez donc les « Derniers Jours de Stefan Zweig » de Sorel et Seksik, éditions Casterman.

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