Quelques Grammes de Finesse

Vous en avez marre des templiers mystiques, des nazis occultes, des zombies mutants ? Moi aussi. Ras-le-bol des histoires glauques et anxiogènes où l’aube qui se lève ne promet que des lendemains qui déchantent ? Tout pareil : un peu de quiétude nous ferait du bien…

Et j’ai votre petite dose de bonheur à portée de main.

Dans l’art difficile de la pantomime, la délicatesse réside dans l’équilibre entre ce qui doit être montré et ce qui doit être induit… Et ici, symboles, icône, regard et gestuelles s’harmonisent. « Toby Mon Ami » est un album muet. Et pour cause, Toby est un chien, un gentil petit clébard qui n’a d’yeux que pour son maître. Ou pour qui Dieu est son maître. Mais cela marche aussi. Sa journée est jalonnée de plaisirs canins simples : marquer son territoire, rapporter un bâton, faire la fête à son maître, chasser les chats… Et les terreurs y sont proportionnelles. Quoi de pire que la crainte de se faire évincer par le fieffé félin ou d’endurer l’absence de celui qui est toute sa vie ? Ce dernier, que l’on observera avec attention (et la truffe humide), est un artiste, doux rêveur lunaire qui souhaiterait se débarrasser de sa solitude… Toby y sera alors peut-être pour quelque chose.

Dans un gaufrier aussi inébranlable qu’efficace, Gregory Panaccione nous dévoile ces petites tranches de vie avec humour et tendresse. Storyboarder, animateur pour le petit écran (il a collaboré avec B.Deyries), il se joue des contraintes du genre pour donner vie à son ratier et son propriétaire. « Toby mon Ami » de Panaccione aux éditions Delcourt collection Shampooing est un petit moment de bonheur fugace à attraper au vol !

Un peu de bonheur, c’est ce que cherchent aussi les différents protagonistes de « Supplément d’Âme » d’Alain Kokor (éd.Futuropolis). Et par chance, dès les premières pages de l’album, l’humanité, dans son ensemble, le trouve, ce bonheur jusqu’ici inaccessible. Chaque individu entretient un lien avec un autre… par le rêve. C’est sur cette immense fraternité onirique que se fonde cet album où les rencontres, les coïncidences et les échos se mêlent avec humour. Tout n’est  pas logique ou cartésien, l’introspection est de mise. Mais quel plaisir ! Les albums de Kokor sont toujours empreints de poésie délicate, d’un regard décalé sur notre société, même s’ils sont méconnus. Tentez l’aventure de « Balade, Balade » notamment. Et surtout, ne passez pas à côté de celui-ci et vérifiez si vous êtes poisson ou oiseau !

Un petit ouvrage dont j’avais oublié de vous parler et qui s’inscrit dans cette petite sélection thématique mérite toute votre attention. Il offre un pendant aux deux premiers car il interroge sur ce pourquoi on est prêt à renoncer au bonheur. « Une Nuit à Rome » a été dessiné et scénarisé par Jim. Autant j’ai une position de rejet systématique pour ses productions humoristiques aux éditions Vent d’Ouest, et j’ai un peu de mal avec certains développements scénaristiques sous son pseudonyme de Téhy, autant certaines de ses œuvres m’enchantent. J’ai plébiscité « Petites Eclipses » – pour lequel j’étais allé contre mes instincts naturels – , j’ai été charmé par « L’Invitation », j’allais (presque) confiant sur ce diptyque. Bien m’en a pris. Même s’il est moins percutant que les deux précédemment cités, le récit tout en demi-teinte aimante le lecteur. Alors qu’ils étaient en couple, deux jeunes de 20 ans (nés le même jour) se font la promesse solennelle de « s’offrir » la nuit de leur 40 ans, quelle que soit leur situation amoureuse. Et la date fatidique approche… L’auteur pose ou se pose des questions qui, formulées, trottent dans la tête… On attend de voir par quels détours vénéneux l’histoire de ces deux amants va emprunter dans le deuxième tome aux éditions Bamboo.

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