Full sentimental

Satoshi Kon, vous connaissez ? Non ? Kazuo Kamimura ? Non plus ? Yasunari Kawabata ? encore ? décidément je n’ai pas toujours de chance. Mais non, suis-je bête, c’est au contraire ce que je souhaite vous faire découvrir.

Aujourd’hui je reviens une nouvelle fois avec mes grands chevaux célestes venus d’Orient, Mangas, Manhwas et Manhuas (enfin pas de Manhwa cette fois car il n’y a pas de titres en provenance de la Corée). Nous sommes bien évidemment tristes de la disparition de Jiro Taniguchi qui a ému un grand nombre de lecteurs, sa contribution au patrimoine mondial de la Bande dessinée n’a pas été des moindres tant il aura écrit et dessiné une multitude de titres et fait parti des auteurs remarqués par Moebius, ce qui était un bon gage de qualité pour espérer se faire remarquer.

Fossiles de rêves de Satoshi Kon chez Pika Graphic

Il est bien naturel que beaucoup de personnes ignorent qui est Satoshi Kon, par contre si vous vous intéressez à la Japanimation, aux auteurs underground qui ont bouleversé la scène culturelle internationale, là vous êtes quasi impardonnables. L’auteur a disparu en Août 2010, certaines de ses oeuvres restent inachevées, vous pouvez trouver facilement certains de ses films, Perfect Blue, Millenium actress, Tokyo godfathers… mais concernant ses manga (papier) trop peu de titres sont disponibles, comme Opus qui fut réédité il y a peu chez Imho en même tant que Seraphim 266613336 Wings (avec Mamoru OshiiGhost in the shell, Avalon…) 

Fossiles de rêves sort chez Pika Graphic, jusqu’à présent l’éditeur publiait surtout des formats classiques mais depuis peu se tourne vers le roman graphic, en ce qui concerne le livre de Satoshi Kon, c’est un recueil de plusieurs histoires courtes passant allègrement du médiéval au fantastique, mais avec une majorité d’histoires contemporaines.

Tout comme Katsuhiro Otomo (Akira…) ou Taiyou Matsumoto (Sunny…), Satoshi Kon met bien souvent en scène des enfants comme personnages centraux, leur permettant de jouer avec l’innocence de ces chères têtes blondes, plutôt brunes au Japon, leurs émotions plus à fleur de peau ou encore leur impulsivité.

Dans la première histoire qui est un récit de Science-Fiction, nous commençons avec un cadre « normal », contemporain ? Si l’on découvre des habitants d’un quartier avec leurs habitudes, très vite on constate la vétusté des habitations, des rues, la végétation qui reprend ses droits. On devine le confinement d’un quartier à l’autre, le mystère plane et installe l’ambiance. L’arrivée d’un robot de combat nous fait basculer dans leur contexte quotidien, et après la magie de l’auteur opère…

Il s’en suit des histoires permettant de découvrir certaines particularités de la culture Nippone, de leur passion pour le Baseball, des histoires de fantômes toujours présents dans l’imaginaire populaire Japonais… De la violence, de l’émotion, de la tendresse, des préoccupations du quotidien, dans Fossiles de rêves, vous retrouverez l’essence même de chacune des créations de Satoshi Kon.

Les petites contemplations de Yao Ren chez Urban China

Alors là pour le coup, si vous connaissiez déjà Yao Ren, c’est que vous êtes incollables sur l’univers étendu de tout ce qui touche World of Warcraft, il publiait sur son blog, les aventures de son avatar dans le jeu. Il a par la suite, décidé de se tourner vers plus de légèreté, et ce sont différentes nouvelles qui nous sont proposées dans cet album.

5 histoires, 5 ballades, 5 expériences de l’auteur. 

La première est une bonne introduction pour l’un des titres que je vais vous chroniquer par la suite, Yao Ren évoque un restaurant de quartier, une petite gargote ne payant pas de mine, mais qu’i appelle intimement « Chez grand-père ». Il partage avec le lecteur la satisfaction d’avoir ce lieu ou se réfugier, échapper à son quotidien, qui lui permet également d’apprécier les mets qui lui sont proposés. Mais l’observation des autres personnes venant se restaurer dans ce restaurant, habitués ou non, lui démontre qu’il passe encore à côté de bien de petites surprises culinaires, qui ne cesse de lui donner d’autres motivations pour repasser une prochaine fois.

Les deuxième et troisième histoires ont ceci en commun, que son ce sont ses déambulations sous les intempéries. « Sous la pluie » et « Paysages d’hiver » sont des récits de promenades dans son quartier, d’observations méticuleuses et anecdotiques, comme une vieille dame qui nourrit les chats errants de son quartier, mais en faisant en sorte qu’ils ne se mouillent jamais les pattes, les habitudes des personnes qui fréquentent un parc municipal qui change d’aspect sous la neige et dont le lac gèle, les incitant à « braver le danger » en s’hasardant sur la glace.

La quatrième relève aussi de l’observation, « Caches à chats » révèle, non pas un jeu chinois, mais une spécificité: face à l’intolérance et à l’élimination des chats errants, certains habitants du quartier, fabriquent en catimini, de véritables repères cachés aux yeux de tous, afin que les chats puissent avoir un endroit où passer l’hiver à l’abri du froid, leur pratiquant même des sorties de secours au cas où un intrus tenterait de les y bloquer. Et la dernière histoire, « Le murmure des fleurs », n’est autre que le partage de l’auteur d’un souvenir d’une histoire que lui racontait sa mère lorsqu’il était plus jeune, mais dont il a ignoré pendant longtemps le dénouement. Beaucoup de sensibilité dans son écriture, on ressent pleinement le côté intimiste mais jamais voyeuriste, son dessin est un régal, même si l’on peut trouver un aspect rugueux à ses trames.

Si je vous ai mis en appétit précédemment, restons dans la restauration voulez-vous, La cantine de minuit de Yarô Abe aux éditions Le Lézard Noir.

C’est un premier tome, mais qu’importe étant donné que ce sont plusieurs nuits, donc plusieurs histoires qui se succèdent au fil des pages, 30 histoires chacune intitulée du nom d’un plat culinaire. Quelle est la particularité de cet établissement ? Le restaurant n’ouvre que de minuit à sept heures du matin, ne propose qu’un plat unique et trois types de boissons, MAIS, le patron est prêt à répondre à toute exigence de plat, SI il a à disposition les ingrédients pour le faire.

C’est un restaurant de quartier, avec ses habitués que l’on retrouve au cours des récits, bien que les horaires soient originaux, il n’empêche que la vie nocturne est assez animée dans le quartier et le nombre de clients suffisamment conséquent pour y trouver une certaine diversité.

De rôle principal, à secondaire, les clients se côtoient, partagent certaines aventures culinaires ou sentimentales, et bien souvent les deux. Il y a un côté attachant étant donné que l’on voit la vie de certains évoluer, on a l’opportunité de découvrir en même temps que les autres personnages certains aspects de leur vie qu’ils leur ont caché.

Le rôle du patron est bien évidemment le lien social qui unit tous ces habitués du lieu, les plats se succèdent sous vos yeux, ce qui a donne l’eau à la bouche. Vous n’avez pas les recettes, mais bénéficiez de pas mal de renseignements sur les ingrédients qui composent le plats, et parfois sur certaines préparations: A TABLE !!!!

Pays de neige de Utsugi Sakuko d’après Yasunari Kawabata chez Philippe Picquier éditions.

Yasunari Kawabata est l’un des piliers de la littérature Japonaise, mais on peut très bien n’en avoir jamais lu et le vivre sereinement. Mais autant profiter d’une adaptation en manga pour passer le cap. 

C’est une rencontre au fin-fond de la province Nippone, une petite station thermale isolée de tout, où Shimamura va laisser traîner ses guêtres. Ce jeune homme a hérité de la fortune familiale et peut désormais consacrer son temps à l’élaboration de ses ouvrages littéraires consacrés à l’étude de la chorégraphie occidentale, pour un japonais ne mettant pas les pieds hors du pays, cela parait bien futile.

Lors de sa pause dans ce village, il fait la rencontre de Komako, jeune apprentie de Shamisen, cet instrument à corde traditionnel dont jouent les Geishas

Shamimura revient depuis lors chaque année, une fois par an afin de passer quelques jours dans le village et retrouver Komako.

La relation entre les deux jeunes gens n’est pas simple, tant est que Komako oscille entre ses sautes d’humeurs, tantôt tendre et charmante, tantôt distante et réfractaire, elle continue son travail de dame de compagnie, abusant trop souvent de soirées très arrosées, mais qui finissent invariablement par le besoin de retrouver Komako dans sa chambre, mais en prenant bien garde de ne se faire voir des autres habitants de village où les ragots ont tôt fait de circuler et de vous marginaliser. 

Si ce n’était que cela, tout vous paraîtrait trop simple, du coup Kawabata a complexifié un peu son histoire, car Komako réside dans une maison avec deux autres personnes, une jeune femme Yôko, et l’on sent l’ai crépité lorsque les deux deux femmes sont présentes au même endroit. Et entre elles, Yukio, fils de celle qui enseigna le Shamisen à Komako, et qui est atteint au dernier stade d’une tuberculose intestinale.

Quelle est la relation réelle entre ces trois personnes ? Qu’est-ce qui peut bien réussir à les unir entre la haine et l’affection à ce point.

C’est un récit intime, agréable à l’oeil, avec une certaine nonchalance dans l’écriture, qui permet aux scènes plus dynamiques d’être explosives, notamment sur les humeurs de Komako.

Voici plusieurs idées de lecture, j’aurais pu également vous présenter Une femme de showa de Kazuo Kamimura & Ikki Kajiwara chez Kana, un auteur que j’affectionne particulièrement pour la finesse de son trait et les thématiques de ses histoires, tantôt sentimentales, ou comme ici, une histoire de vengeance, sa plus célèbre étant Lady Snow Blood, une trilogie disponible à la librairie, qui influença Tarantino pour son Kill Bill.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *