4 histoires.

Envie de vous détendre et d’apprendre ? De vous souvenir ou de vous investir ? Back-up sur la scène Hip Hop avec Hip Hop Family Tree t1- 1970’s-1981 de Ed Piskor chez Papa Guédé Treasury édition. On remonte plus loin dans le temps avec le Manga Pline, de Mari Yamazaki & Tori Miki éditions Casterman. Et voyage en Espagne avec deux titres: Des espaces vides, de Miguel Francisco, éditions Delcourt – Mirages, et Proies Faciles, de Miguelanxo Prado, éditions Rue de Sèvres

Mari Yamazaki a été élue « Femme de l’année » 2012 par Vogue Japon, rien que ça, cette auteure s’est fait connaître en France et de par le monde grâce à sa série Thermae Romae, une série courte teintée d’humour qui mettait en parallèle les cultures Japonaise & Romaine autour de leur passion commune pour les thermes ou l’art du bain.

La voilà qui revient toujours chez le même éditeur, Casterman pour une nouvelle série réalisée à 4 mains en compagnie d’un autre dessinateur, Tori Miki, consacrée à Pline (l’ancien). Vous ne savez pas qui est Pline ? Qu’à ne cela ne tienne, pour ma part je ne connaissais de lui que sa présence dans un sketch de Desproges, et qui ne m’en apprenais pas beaucoup sur le personnage.

Pline était et restera l’un des naturalistes les plus éminents à travers les siècles, et c’est notamment en partie à son Histoire Naturelle, que les auteurs ont décidé de lui consacrer cette série.

Pline l’ancien (Galius Plinius Secundus) a vécu au premier siècle de notre ère, contemporain de Néron, il n’avait pourtant rien en commun avec le césar de l’époque. Véritable témoin de son époque, il n’avait de cesse de coucher sur tablette, tout se dont il était témoin, de manière exhaustive peut-être, mais c’est ce qui a suscité l’intérêt des auteurs. Si les spécialistes dégagent du texte les élucubrations de l’auteur, c’est cet amalgame d’étude scientifique et de contemplation de la vie de ses contemporains qui en fait un témoignage des plus complet afin de comprendre la société de l’époque, la vie au jour le jour, y compris avec la culture populaire et leur croyance de l’époque.

Cela complète les Mangas que nous avons déjà pu voir passer avec une approche historique, Cesare (sur la jeunesse de Cesare Borgia), Ad Astra (la guerre entre Scipion et Hannibal), Eurêka ! (consacré aux inventions qu’Archimède développa afin d’assurer la défense de Syracuse), Le chef de Nobunaga (le Japon médiéval du XVIème siècle)…

Hip Hop Family Tree t1- 1970’s-1981 de Ed Piskor éditions Papa Guédé Treasury Edition.

Comment est né le RAP ? Quels sont les précurseurs de ce mouvement urbain ? De quelles têtes ont bien pu sortir ces sons et ces prouesses musicales de scratch et autres performances? 

Si vous faites partie de la génération qui a connu le début du Hip Hop, c’est sûr cela va faire un coup, un coup de vieux bien entendu, car sachez le, les maisons de repos ont de plus en plus de résidents tatoués, percés… les générations se succèdent et ce qui nous fait grandir devient une mode de « vieux cons ».

Il n’empêche que de se replonger dans les débuts d’artistes, qui donneront des groupes comme Public Ennemy, les Beasty Boys et j’en passe, cela fait un bien fou.

La culture populaire se renouvelle sans cesse, et à une telle rapidité que l’on aurait tôt fait d’oublier d’écrire son histoire. Ed Piskor s’est attelé à la tâche, et avec une approche graphique spécialement « vieillotte » donne le ton à ce voyage temporel et culturel. 

L’album bénéficie de suppléments intéressants, un index des groupes et artistes cités tout au long de l’album, une discographie plus quelques Breaks & Beats évoqués. Vous pouvez également retrouver la bande son sur papaguede.fr

A mettre entre toutes les mains des curieux de l’histoire de la musique, de celles et ceux qui cherchent des références musicales, d’artistes ou de morceaux. Vous souhaitez briller en soirée ? Pour une soirée Disco choisissez un pantalon patte d’eph’ avec des paillettes, pour du Hip Hop, choisissez plutôt Hip Hop Family Tree.

En dehors de mon expérience personnelle avec ce genre musical, j’ai déjà fait le tour de quelques copains qui bossent dans le domaine,DJ’s, rappeurs et autres, et ils sont tous dithyrambiques sur la qualité du fond et de la forme de cette Bande dessinée et ils attendent la suite avec impatience.

Direction l’Espagne pour finir avec deux récits: Des espaces vides de Miguel Francisco aux éditions Delcourt-Mirages.

Il y a une recrudescence de titres consacrés à la guerre d’Espagne c’est dernières années, et comme le titre de l’année dernière Jamais je n’aurai 20 ans de Jaime Martin chez Dupuis- Aire Libre, Miguel Francisco l’aborde sous le côté du témoignage familial, mais avec l’originalité de ce qui n’a pas été transmis.

En effet, c’est à une occasion particulière de sa vie que Miguel va s’attacher à relater le récit de son grand-père. A ce moment du récit, Miguel s’est séparé de sa compagne, il se retrouve seul avec son fils et doit se rendre en Finlande pour son prochain projet professionnel: développer le Character-design du prochain jeu à succès de Angry Birds . Cela peut paraître décalé, mais fait parti du charme et du dynamisme de l’album d’avoir des petites envolées, comme sa première soirée à Helsinki dans les « bras » de la patronne du bar où il débarque.

Des espaces vides que l’auteur a envie de combler, des questions sans réponses, car le grand-père n’a jamais souhaité s’étendre sur cette période de sa vie, et à l’heure où le fils de Miguel pose beaucoup de questions sur la vie, le narrateur revient sur celles qu’il aurait souhaité poser à son grand-père. Comme il arrive parfois, des personnes qui ont vécu une épreuve traumatisante préfèrent éluder ces souvenirs de leur vie, et la transmission de ces informations peuvent sauter une génération, surtout que la génération intermédiaire a d’éventuels souvenirs de leur enfance que eux aussi ne souhaitent pas aborder.

Et puis, il y a l’imaginaire, comment certaines photos des quelques années d’exil en Argentine arrivent à faire travailler les méninges de Miguel. Qu’est-ce que son grand-père a bien faire de son époque Argentine ? Qui a-t’il bien pu fréquenter ? A t’il pris part à l’Histoire de quelque manière que ce soit ? Ou bien a-t’il menti et n’était pas là où il prétendait être ? 

Un récit étonnant, intime et drôle à la fois, qui complète certaines interrogations de l’auteur ainsi que du lecteur. Une approche graphique dynamique qui est bien agréable tout au long de la lecture, et comme je le précisais, l’alternance entre le travail de mémoire et les scènes de la vie quotidienne rend une lecture teintée d’humour et d’amertume.

Et une petite prédilection pour ce dernier titre: Proies faciles de Miguelanxo Prado aux éditions Rue de Sèvres.

Tout d’abord, sachez que si vous ne voulez pas vous spoiler votre lecture, évitez de lire la double page d’introduction de l’auteur, en effet, ce n’est pas une simple histoire policière que l’auteur tient à raconter mais aussi une certaine prise de conscience sur notre société actuelle. 

Deux policiers, l’inspectrice Tabares et son adjoint Sottilo sont amenés à se rendre dans un appartement où le corps d’un homme célibataire a été retrouvé sans vie, seul devant sa télé, la boîte de pizza qu’il a commandé encore ouverte et pas encore finie.

Une histoire somme toute banale dans leur quotidien de policiers, mais les heures à venir vont changer leur façon de voir l’affaire. Il y bien eu une autre « accident » cette nuit là, avec un homme renversé par une voiture, mais ce sont d’autres morts qui suivent qui éveillent leur suspicion. 

D’autres personnes sont retrouvées sans vie, un homme qui faisait son footing sur la plage, une femme qui prenait son déjeuner dans une gargote en ville… Il s’avère rapidement après autopsie que ces morts ne soient pas « naturelles », mais qu’au contraire certains soient victimes d’empoisonnement. De plus il s’avère que toutes les victimes travaillaient dans le monde de la banque, chacun à un poste différent de la hiérarchie bancaire et dans des structures différentes.

Cette chronique sociale se déroule en 2013 en Espagne, elle aborde la crise financière qui a touché le monde ces dernières années et comment les petites gens l’ont prise de plein fouet. Quelle pourrait être la réaction des citoyens excédés d’être le jouet d’un système révoltant qui n’a aucune considération de l’Humain.

La solution pourra vous paraître excessive, voire révoltante, mais la question posée par Miguelanxo est légitime, et l’action de ses protagonistes est profondément humaine. Si l’on s’apitoie du nombre croissant de personnes se retrouvant dans la précarité, n’arrivant plus à joindre les deux bouts, s’endettant,  n’arrivant plus à nourrir leur famille ou les loger, pourquoi le peuple ne dit-il pas stop ? Ce sont bien les questions qui nous taraudent aujourd’hui, les réponses que l’on attend de ceux qui veulent se retrouver à la tête des nations, mais pourquoi alors laisser les autres décider à notre place si leurs solutions ne correspondent pas à notre vie et à nos attentes ? 

Cette histoire est essentielle dans cette approche de vouloir traiter de questions de société en l’alliant avec un récit plus classique. Que vous le preniez comme une histoire distrayante, un énième polar de qualité qui vous permet de vous changer les idées, ou bien comme un engagement de l’auteur à se servir de son média pour sensibiliser son lectorat, vous saurez apprécier la qualité de son oeuvre.

Bonne lecture et à bientôt.

 

 

 

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