Coups de coeur : Du libraire chevelu

Le feu et la braise

Les lacrymogènes se sont dissipés dans les rues, mais leurs vapeurs délétères ont néanmoins imprégné quelques pages de BD. Contestations, revendications ou simples constats, les auteurs (des citoyens comme tout le monde après tout) se sont emparé de l’ambiance de notre société pour en dépeindre d’autres pas si étrangères.

Marcos Prior et David Rubin ont choisi de prendre les armes graphiques. Dans « Grand Hôtel Abîme » (éd.Rackham), le peuple est chaque jour un peu plus dépouillé de ses droits, de ses libertés, pire : de ses moyens de subsistance. Alors que la grande majorité ne prend pas conscience de ses entraves par un matraquage continu d’images hypnotiques, d’infos inutiles et de bavardages incessants, seule la violence aveugle semble être une échappatoire pour quelques citoyens lucides… A travers quelques chapitres bien anxiogènes, les auteurs poussent les travers actuels de notre société juste quelques crans au-dessus, là où une étincelle pourrait tout embraser.

 

Une autre société est engluée dans le mensonge des élites, celle de l’album « Sérum ». Pourtant, la vérité y est une vertu cardinale, prônée à tort et à travers par la Présidente en place… Kader a été condamné après les purges politiques qui ont « assaini » la société : une puissante drogue lui a été injectée, l’obligeant à dire constamment la vérité. Sa vie est alors devenue un enfer, comment vivre à proximité d’un homme qui n’a plus aucun filtre social, plus de distances, plus de secrets ? Du fond de la ville où il a échoué, il s’aperçoit néanmoins qu’une forme de résistance au régime dictatorial est en train de poindre dans un Paris aseptisé. Le début d’une révolution ou une illusion encore brisée ? Ce scénario de Cyril Pedrosa sur les dessins de Nicolas Gaignard a été entamé il y a de nombreuses années, bien avant de récentes campagnes électorales. Pourtant ce récit d’anticipation politique publié aux éditions Delcourt n’a jamais été aussi raccord avec l’actualité.   

Il y a plus de 20 ans, Jean Van Hamme et Griffo signaient un récit dystopique  qui avait marqué toute une génération. « SOS Bonheur » dépeignait une France intemporelle condamnée au bonheur à tout prix, à la prise de risque minimale et au nivellement des libertés. Par de petits chapitres grinçants, cyniques et dérangeants par leur vraisemblance, les auteurs nous alertaient déjà de la pente dangereuse qu’empruntait notre société. Vingt ans plus tard, tout a changé et rien n’a changé. Immigration encadrée, morale punitive, présomption de culpabilité, encouragement à la délation, Stephan Desberg s’empare de toutes ces atteintes à la liberté à la suite de J.V.Hamme. Dans une France encore une fois si proche de la nôtre, Griffo continue dans cette seconde saison (toujours aux éditions Dupuis) à nous invectiver à ouvrir les yeux, à prendre conscience. Sans doute pour qu’il n’y ait pas de saison 3…

 

 

Ce panorama marqué par la rancœur et la déception de voir l’incapacité de nos gouvernements à nous montrer la voie ne serait pas complet sans les deux regards espagnols de Miguelanxo Prado avec « Proies Faciles » (Rue de Sèvres) déjà chroniqué par le Grand Libraire ici et « Au Fil de l’eau » de Juan Canales (également Rue de Sèvres).

Vivement les lendemains qui chantent !

Seulement trois des Sept

Alors que « 7 Macchabées »,  le dernier tome de la Saison 3 de la collection 7 (éd.Delcourt) paraît, plusieurs phénomènes s’enchaînent.

Tout d’abord, la satisfaction de lire un album bien maîtrisé, scénaritiquement, graphiquement et narrativement, le triangle parfait de la BD.

Ensuite, le soulagement de voir que, comme les deux saisons précédentes, un album se démarque largement du reste de la collection par ses qualités, même si c’est à la fin.

Enfin, la joie de voir que mon opinion est partagé par Gérald qui a dégainé plus vite que moi 🙂 et Romain qui n’en pense pas moins.

J’éviterai donc les redites : lisez son article. Je me contente seulement de souligner que chaque saison a proposé un album qui a su saisir l’essence même du concept de Sept. La première saison s’est épanouie avec « 7 Missionnaires« , la deuxième avec « 7 Détectives » et la troisième (et dernière selon l’éditeur) avec « 7 Macchabées« .

En quoi consiste-t-il, ce concept ? A trouver un équilibre extrêmement subtil entre une histoire de groupe et une histoire d’individualités. Il est indispensable que l’intrigue concerne chacun, le groupe des 7, mais pas comme un bloc sans aspérité, mais comme une mini société. Les réactions aux événements et aux péripéties doivent se décliner selon les caractéristiques de chacun, tout en gardant une harmonie globale.

D’autre part, chaque personnage doit avoir une épaisseur, un passé, un caractère qui l’individualisent des autres, sans toutefois qu’apparaisse une juxtaposition de personnages autonomes. La pagination réduite ne permettrait pas d’en dire suffisamment et une frustration en résulterait. Chaque personnage doit trouver sa place aussi bien dans l’économie de l’intrigue que dans le champs des archétypes. Et doit éviter donc l’écueil du personnage « sacrifiable », du « traître évident » etc. 

Quant à l’intrigue, elle doit être sobre dans ses objectifs pour que que puissent apparaître tous le talent des auteurs. Trop alambiquée ou ambitieuse, et elle n’a pas le temps de se dévoiler. Trop simpliste, elle n’apparaît que comme un jeu d’écriture imposé.

 

« 7 Macchabées« , c’est avant tout l’association vertueuse d’Henri Meunier au scénario et Etienne Leroux au dessin. Le premier est un scénariste rare et donc précieux, qui sait manier l’art difficile du one-shot avec doigté. Il avait magnifié le western avec « Après la Nuit » en compagnie de Richard Guérineau au meilleur de son art (éd.Delcourt). Il avait bousculé la série concept « Le Casse » (toujours chez le même éditeur avec le même dessinateur) en transformant le postulat du thriller-braquage en rapt de la dépouille du Christ !

Ici, l’intrigue est limpide : l’armée anglaise a réussi à redonner vie à des défunts par des moyens scientifiques. De plus, elle veut symboliquement affirmer sa suprématie en damant le pion à l’empire allemand en étant la première à revendiquer l’Antarctique. La Couronne décide donc de faire d’une pierre deux coups, vérifier la viabilité de ces résurrections en envoyant ces morts-vivants planter l’Union Jack sur la banquise. Un but simple, une intrigue simple : cela permet de faire évoluer sereinement ses personnages et proposer une histoire aux enjeux solides.

Etienne Le Roux est un vrai caméléon, au bon sens du terme. Il se coule graphiquement dans chacun des projets qu’il réalise tout en gardant sa propre patte. Ses personnages sont humains, attachants, réalistes. Son sens du cadrage permet un rythme qui maintient le lecteur attentif que cela soit dans des pages d’action ou des scènes d’explication. Il joue avec les codes classiques pour gagner en efficacité.

Je vous ai dit que cela m’avait plu ? 

Ne nous méprenons pas, d’autres albums de cette collection ont été de grande qualité. Comme l’a dit mon collègue, nous ne citerons pas les mêmes selon nos propres goûts. Certains ont frôlé la perfection, d’autres se sont perdus dans des concepts pourtant séduisants. Il en résulte une collection où l’on a pu voir de grands noms et de nouveaux venus se casser la tête avec un postulat simple et produire des œuvres de qualité.

Lors de votre prochain passage à la librairie, nous vous montrerons ceux qui ont fait vibrer nos cœurs.

 

Tout n’est qu’une histoire de Lettres

Rares sont les albums où le langage, les dialogues, la matière littéraire font l’objet d’un travail méticuleux. Non pas que les scénaristes ou autres auteurs délaissent cet aspect de la création, mais dans leur souci d’efficacité, de vraisemblance ou de concision, ils sont contraints à de nombreuses concessions.

 

Parfois, au détour d’un album, se nichent le dialogue bien ciselé, la verve truculente, le bon mot bien placé. Quand l’auteur est bien inspiré, on touche à des moments de pure poésie. Le décalage avec le discours habituel peut apporter son lot d’élévation et/ou d’humour. Alain Ayroles, entre autres, s’est ainsi frotté à l’alexandrin dans « De cape et de croc » (éd.Delcourt).

 

 

Ici aussi, l’alexandrin est bien au centre du nouveau récit de Pascal Rabaté et Alain Kokor. Dans son titre, tout d’abord (« Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied« ), également dans le nom du personnage principal (le si bien nommé Alexandrin de Vanneville), mais avant tout dans les paroles de ce poète errant. Pas tout à fait vagabond, presque philosophe, assurément philanthrope, Alexandrin propose ses vers à qui sera suffisamment sensible pour les recevoir. Pour adoucir les vicissitudes de l’existence, il se fait un devoir de rimer et rythmer chacune de ses phrases. Tout y est, de la césure aux douze pieds ! Sa route va croiser celle de Kévin, jeune garçon en rupture de ban familial. Alexandrin va le prendre sous son aile, le faire rimailler et surtout lui proposer une autre existence où la poésie pourrait changer le cœur des hommes…

 

 Quel plaisir de retrouver Alain Kokor et son talent d’ « émerveilleur » ! Quel joie de le voir s’associer avec Pascal Rabaté, l’artisan des petites joies. Leurs univers étaient faits pour se rencontrer, s’enrichir l’un l’autre. La poésie de l’un, la bonhomie de l’autre et le génie des deux permettent à cet album édité chez Futuropolis de se hausser très vite dans mes recommandations de la rentrée !

 

 

 

 

 

Un autre auteur que j’ai plaisir à retrouver en cette rentrée est Kenji Tsuruta. Auteur rare tant au Japon qu’en France, il m’avait émerveillé avec « Spirit of Wonder » il y a presque 20 ans puis avec « Forget-me-not » tous deux aux éditions Casterman. Depuis, plus grand chose à se mettre réellement sous la dent. Enfin, vient de paraître aux éditions Latitudes (émanation de Ki-oon) le premier tome de « L’Île errante« .

 

Mikura Amelia est pilote dans une compagnie de fret, assurant les liaisons aériennes entre les minuscules îles de la Mer du Japon. Avec son hydravion, elle sillonne mer et ciel pour apporter colis et courrier à tous ces habitants. Élevée par son grand-père qui a créée cette entreprise de transport, elle se retrouve désemparée à la mort de celui-ci. Elle décide toutefois de prendre les rênes de la société et d’habiter dans sa maison. Elle y retrouve ainsi un colis qui n’a pas été livrée pour une certaine Amelia. Cette dernière réside sur l’île d’Electriciteit. Or cette île n’existe pas…

 

 

 

Kenji Tsuruta nous plonge dans un récit où s’entremêlent fantastique et mélancolie, tout en silence et légèreté. Son trait n’a rien perdu de sa précision et il n’est pas avare de détails. Nous espérons que la suite ne se fera pas attendre. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, Latitudes annoncent la sortie d’un récit complet du même auteur au premier semestre 2018 !

Bonne lecture.

Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied / A.Kokor & P.Rabaté / éd.Futuropolis

L’Île errante / K.Tsuruta / éd.Latitudes

 

 

Lectures voyageuses

… d’octobre et novembre 2016. Panorama rapide de mes lectures réjouissantes. Celles qui ne l’étaient pas, je les oublie ! Bien sûr, il y a aussi des albums que je n’ai pas lus !

haythamdeuxiemesLa couverture à elle seule donne le ton : minaret et Tour Eiffel se mêlent dans un élan vertical immuable. S’appuyant sur le témoignage du jeune Haytham, l’album éponyme tente avec le plus d’exactitude possible de rendre compréhensible la situation en Syrie et ses conséquences dans toutes les couches de la population. Journaliste, Nicolas Hénin nous brosse un portrait tout en nuances où les opposants au régime ne sont pas obligatoirement des fanatiques religieux. Quant au parcours du jeune homme, il porte en lui un véritable message d’espoir.

Haytham, une jeunesse syrienne – Nicolas Hénin & Kyung Eun Park – éd.Dargaud

Déjà évoqué lors d’une précédente chronique, Les Deuxièmes est un petit album singulier où deux amants profitent d’une escapade pour s’adonner aux jeux de l’amour. Leurs réflexions flottent entre la relation très particulière qu’ils entretiennent mais aussi sur la possibilité – ou non – de composer une partition de l’acte sexuel. Musiciens tous les deux, pourraient-ils créer une œuvre commune quand ils font l’amour comme c’est le cas lorsqu’ils jouent ensemble ? Original sans être exceptionnel, cet album canadien laisse un goût doux-amer plaisant.

Les Deuxièmes – Zviane – éd.Pow Wow

 

mythefourmisUne plongée dans les mythes fondateurs de la Grèce Antique apporte son lot d’émerveillements et de réflexions sur la nature humaine. Les Dieux pas si éloignés des défauts et des qualités humaines interviennent dans le cours de leur existence pour le pire ou le meilleur. L’Iliade, Prométhée, Jason et Thésée, voilà les légendes qui ont été d’ores et déjà abordées. Destinés à un jeune public autant qu’aux adultes, ces albums se concluent par un dossier documentaire de qualité.

La sagesse des mythes – collectif – éd.Glénat

Lorsque deux très grands raconteurs d’histoires s’unissent pour modeler une fable moderne, on ne peut que s’attendre à une explosion de plaisir. Franck Le Gall et Michel Plessix ne nous déçoivent pas avec ce conte qui ravira grands et petits (mais pas pour les mêmes raisons). Un jeune garçon fasciné par la longue procession des fourmis va devoir surveiller les chèvres de son oncle lorsque celui-ci va partir un mois pour un pèlerinage. Or cet apprenti berger va découvrir qu’une de ces bêtes… parle ! A noter qu’une version collector noir et blanc met en valeur le trait précis et puissant de l’auteur du Vent dans les Saules.

Là où vont les fourmis – Franck Le Gall & Michel Plessix – éd.Casterman

vachesjamaisnuit-1Voilà un album comme on les aime : truculent, percutant, rebondissant ! Un quatuor de malfrats a braqué une banque avec succès. Pour se mettre au vert et attendre que les choses se tassent, ils ont décidé de se cacher dans la ferme du cousin de l’un d’entre eux. Sauf que lors de leur dernière entrevue, ils ne s’étaient pas quittés en très bons termes. Quant au plan, il va subir de multiples accrocs… Avec des personnages hauts en couleur et des dialogues que ne renieraient pas Audiard, le duo Ravard-Ducoudray se reforme pour assurément un succès de plus !

Mort aux vaches – Aurélien Ducoudray & François Ravard – éd.Futuropolis

Les albums sur ou autour de la Guerre d’Espagne, jusqu’à ces dernières années quasiment invisibles, fleurissent sur nos tables. Citons les qualités de deux d’entre eux abordant chacun à leur manière le conflit et ses lourdes années d’oppression. Nuit Noire sur Brest raconte l’histoire vraie de l’arrivée à Brest d’un sous-marin espagnol détourné par des Républicains. Objet de toutes les convoitises et de crispations politiques, ce sous-marin et son équipage vont être la cible des franquistes, les protégés des communistes européens et la gêne du gouvernement français. Dans Jamais je n’aurai 20 ans, là encore un récit authentique nous éclaire sur la période qui a suivi l’accession au pouvoir de Franco. Les « perdants » se doivent d’être prudents dans leur conviction et dans les liens qu’ils tissent car après une guerre civile, chaque voisin a pu être l’allié ou l’ennemi de jadis. Pour ces deux albums, un dossier documentaire éclaire les circonstances entourant l’événement.

Nuit noire sur Brest – Bertrand Gallic, Kris & Damien Cuvillier – éd.Futuropolis

Jamais je n’aurai 20 ans – Jaime Martin – éd.Dupuis

senfuirsunnycouvGuy Delisle ne propose ici ni récit humoristique ni carnet subjectif de voyage. Il illustre l’histoire vraie de la détention de Christophe André en Tchétchénie. Il réussit le tour de force de ne rendre ni ennuyeuses ni répétitives les longues journées où le responsable d’une ONG ne fait… rien. Sur près de 300 pages, nous sommes comme ce personnage dans l’expectative d’une éventuelle libération, d’un possible événement atypique qui modifiera le ronronnement de cet emprisonnement. A lire d’une traite !

S’enfuir – Guy Delisle – éd.Dargaud

Insensible cœur, le lecteur qui ne versera pas une petite larme à la fin du tome 6 de Sunny, dernier de la série. Comment ne pas regretter la séparation avec ces si attachants pensionnaires de cet orphelinat qui ne dit pas son nom ? Toutefois, comment ne pas louer la lucidité de l’auteur d’achever son récit à un moment charnière de la vie de l’un d’eux et de ne pas continuer jusqu’à en lasser le lecteur ? On ne vous le répétera jamais assez (et Gérald l’a déjà dit ici), Taiyou Matsumoto est un très grand mangaka et maintenant qu’il a mis un point final à Sunny vous n’avez plus d’excuses pour ne pas le lire !

Sunny T.6 – Taiyou Matsumoto – éd.Kana

hellblazerchrononautComment ne pas aimer ce sale fils de … de John Constantine ? Son cynisme, ses réparties cinglantes, son regard lucide sur les noirceurs de l’âme humaine masquent à peine les qualités de celui qui par loyauté se retrouve en taule. Pour moi, un des meilleurs « run » sur le mage londonien. Ecrit par Brian Azzarello – 100 hundred bullets – il marque un tournant dans l’évolution du  personnage. Et par chance, ce cycle de deux tomes peut se lire sans avoir lu ce qui précède ou ce qui suit. Y’a pu ka !

Hellblazer par Azzarello – Brian Azarello , Richard Corben, Steve Dillon & Marcello Frusin – éd.Urban

Les paradoxes temporels, les effets dominos ou papillon, mais qu’est-ce qu’on en a foutre dans Chrononauts ! On voyage dans le temps, on prend du plaisir et c’est fun. Après si Gengis Khan se retrouve à la tête de la Panzer Division, c’est un autre problème. C’est ce qui arrive lorsqu’un scientifique, sous pression, jusqu’ici bien sous tous rapports se retrouve à pouvoir faire joujou avec le flux temporel. Sean Murphy et Mark Millar s’en donnent à cœur joie pour un album qui se suffit à lui-même contrairement à ce que le T.1 semble vouloir dire sur la couverture.

Chrononauts T1 – Mark Millar & Sean Murphy – éd.Panini

culotteesjeuPénélope Bagieu brosse le portrait de femmes qui volontairement ou non ont porté la cause féministe. De toute époque, de tout milieu, par le refus des règles, par leur conviction ou à cause des circonstances, ces femmes appartiennent à une dynastie qui a changé notre société. Rapides, concises et rafraîchissantes, ces biographies nous rappellent que la route est encore longue mais que du chemin a été parcouru.

Culottées – Pénélope Bagieu – éd.Gallimard

Jeu d’ombres offre une vision contrastée et pertinente des banlieues lyonnaises et des populations immigrés qui y vivent. Deux frères aux origines turques suivent des parcours radicalement différents. Cengiz s’implique auprès des jeunes, apaisent les tensions, parlemente avec les autorités, devient en somme un visage apaisé de l’immigration jusqu’ici décriée. Sayar, lui, est un caïd qui s’enfonce de plus dans la violence et la radicalisation. Un accident et ses conséquences vont changer le cours de leur destin. Un dyptique qui ne lorgne ni vers l’angélisme ni la stigmatisation mais bien vers le pragmatisme et l’acceptation de tous les paramètres. A découvrir avant les élections.

Jeu d’ombres – Loulou Dédola & Merwan – éd.Glénat

 

Lectures rêveuses

… de mi-septembre 2016. Panorama rapide de mes lectures réjouissantes. Celles qui ne l’étaient pas, je les oublie ! Bien sûr, il y a aussi des albums que je n’ai pas lus !

brideEnfin le retour de Pierre-Yves Gabrion ! L’auteur du mythique (mais déjà lointain) Homme de Java et les Rameaux de Salicorne nous karmapropose un scénario de SF complexe et haletant. Dans cette société où le Karma de chacun doit être mesuré et équilibré, des morts suspectes se multiplient. Or ces victimes détenaient des mesure-karma de contrebande. L’enquête va s’avérer délicate et aux ramifications multiples. Si l’on peut regretter que les explications sur l’univers arrivent tardivement, on ne peut que suivre avec intérêt les investigations des trois policiers de Karma City. Vivement le second et dernier tome !

Karma City T.1 – Pierre-Yves Gabrion – éd.Dupuis

 

Le tome 8 de Bride Stories vient enfin de paraître. Bien sûr, l’auteur continue à nous transporter avec ravissement dans cette Asie Centrale du XIXème siècle. Alternant entre les aventures d’Amir et Karluk et les voyages de Smith,  le ton, la trame comme le graphisme devraient continuer à ravir un bon nombre de lecteurs.

Bride Stories T.8 – Kaoru Mori – éd.Ki-Oon

 

cambridgeecoleMéconnue, la série Les Cinq de Cambridge évoque pourtant avec efficacité et force détails un épisode majeur de l’opposition entre le bloc occidental et le bloc soviétique. Se basant entièrement sur des faits réels, Olivier Neuray et Valérie Lemaire racontent comment cinq jeunes gens issus des plus grandes écoles anglaises, pour des raisons idéologiques diverses vont devenir des espions à la solde de l’URSS. Implantés dans les différentes strates de la haute société, chacun va devoir endosser un rôle pour apporter toute informations pour la cause communiste. Dans ce deuxième tome, la Seconde Guerre Mondiale pointe et le jeu de dupe n’en sera que plus dangereux.

Les cinq de Cambridge T.2 – Olivier Neuray & Valérie Lemaire – éd.Casterman

 

Nouvelle rentrée des classes pour les élèves de l’Ecole de Pan. Les apprentis super-héros persévèrent dans la maîtrise de leurs pouvoirs. Toutefois, l’évolution de Félix va bouleverser l’équilibre du trio de copains justiciers. Enquêtes, pouvoirs extraordinaires, mais aussi humour captiveront les jeunes avides de lecture.

L’Ecole de Pan T3 – Maëlle Fierpied & Yomgui Dumont – éd.Bdkids

coucherravageVous pleurez toutes les larmes de votre corps sur l’absence d’un quatrième volume des Vieux Fourneaux en cette fin d’année. J’ai l’antidote à votre chagrin : A coucher dehors ! Des Sdf sur le point de se faire expulser du bout de trottoir où ils ont élu domicile depuis de nombreuses années se découvrent soudainement propriétaires d’une maison de banlieue. Petit point pour jouir pleinement de ce bien : s’occuper du fils de la défunte propriétaire, trisomique et fan de Youri Gagarine. Loin du pathos dégoulinant, avec humour et émotion, cet album va de trouvailles en trouvailles avec des personnages attachants et gouailleurs. Un des albums incontournables de cette fin d’année.

A coucher dehors T1 – Aurélien Ducoudray & Anlor – éd.Bamboo

Certes, JD Morvan prend des libertés et des raccourcis avec cette adaptation de R.Barjavel. Certes, le rythme est rapide et on n’en a peu appris à la fin de ce premier tome qui laisse sur sa fin. Certes, il y a beaucoup de suggestions et seuls ceux qui ont lu le roman d’origine pourront bénéficier pleinement de Ravage. Toutefois, le dessin de Macutay est au summum, la trame d’origine extraordinaire et les thématiques développées plus que jamais d’actualité. Alors pourquoi bouder son plaisir ?

Ravage T1 – Jean-David Morvan & Rey Macutay – éd.Glénat

 

dealhopitalLa population américaine se remet difficilement de la Grande Dépression et seuls les effets de la Nouvelle Donne de Roosevelt permettent d’éviter la catastrophe. Telle une comédie de boulevard, New Deal va nous ouvrir les portes d’un hôtel new-yorkais  des années 30.  Ses modestes employés, ses richissimes clients, ses tyranniques patrons, chacun va incarner une frange de la population. Lorsqu’un vol de bijoux va être commis, qui va être soupçonné ? Le groom criblé de dettes ? La femme de chambre noire ? Un client revenant de grandes expéditions ? Primesautier, joyeux et énergique, ce récit complet nous offre une enquête policière, un regard sociologique, une tranche d’humour et un dossier historique en bonus. Que demander de plus ?

The New Deal – Jonathan Case – éd.Glénat

Faisant écho au très bon recueil Les Désobéisseurs, Hôpital Public se penche sur les dysfonctionnements et les attentes du personnel hospitalier nantais. Grâce à des témoignages et des reportages sur le terrain, plusieurs dessinateurs et scénaristes font un état des lieux lucide sur les services de soin locaux mais représentatifs de la situation nationale. Pointant du doigt les problèmes, les propositions mais aussi les incertitudes, ce collectif éveille les consciences.

Hôpital public – collectif – éd.Vide Cocagne

 

Lectures Nomades


… de mi-septembre 2016. Panorama rapide de mes lectures réjouissantes. Celles qui ne l’étaient pas, je les oublie ! Il y a aussi des albums que je n’ai pas lus !

enragedifferenceAlors tout enfant, Liam est attaqué par un chat des rues au Maroc. Les blessures sont profondes et le félin est porteur du virus de la rage. Une course contre la  montre s’engage pour sauver le garçon d’une mort certaine. Si les médecins réussissent à vaincre le mal, l’enfant devenu adulte en porte les stigmates. Oscillant entre rigueur médicale, témoignage d’une vie tourmentée par la maladie et passage d’hallucination, Nicolas Otéro plonge son récit dans les affres de la violence et des pulsions incontrôlables. N’y a-t-il pas un peu de vécu dans cette fiction ?

Confessions d’un enragé – Nicolas Otéro – éd.Glénat

Mal à l’aise dans sa vie quotidienne, Marguerite se sent en décalage avec le reste de la société. Pour rester dans la « norme », elle se force à être quelqu’un qu’elle n’est pas et à adopter des codes sociaux dans lesquels elle ne se reconnaît pas. En creusant en elle-même, l’évidence va apparaître, elle est atteinte du syndrome d’Asperger. Voici donc le récit autobiographique de cette jeune femme invisible. Nous organiserons en 2017 un événement autour de cet album.

La différence invisible – Julie Dachez, Fabienne Vaslet & Mademoiselle Caroline – éd.Delcourt

jourbusmedeeClémentine, elle-aussi, est un peu désemparée et essaye de trouver sa juste place dans notre société stressante. Elle pense qu’avec un coach au sein d’un groupe de dynamisation se sera mieux. Mais lorsque celui-ci l’oublie en rase campagne, elle va rencontrer des gens qui la mettront sur le chemin de l’harmonie. Album « feel good » sans prétention, il fait du bien au cœur et à l’âme sans imposer de morale. A lire calmement pour s’en imprégner, puis tout oublier. Sauf d’être serein.

Le jour où le bus est reparti sans elle – Beka, Marko & Cosson – éd.Bamboo

Nancy Pena et Blandine le Callet continuent la revisitation de la figure aussi terrible qu’envoutante de Médée. Avec ce quatrième tome, Médée, toujours auprès des Argonautes, s’affirme, prenant l’ascendant sur Jason, quitte à se salir les mains. Incontournable pour les amoureux des mythes si humains, et pour tous les autres lecteurs !

Médée T.4 – Nancy Pena & Blandine Le Callet – éd.Casterman

ralphteboriDans ce tome, Lewis Trondheim développe l’idée que le pouvoir corrompt inéluctablement. Ralph est à présent à la tête du royaume. Or il ne souhaite pas être corrompu. Doit-il abdiquer ? Installer des gardes-fous moraux ? Et lorsque le royaume est de nouveaux en danger, englué par les mensonges des uns et les ambitions des autres, peut-on laisser les innocents sans défense ? Que de questions… Bon et puis il y a de l’humour et de la baston aussi !

Ralph Azham T.9 – Lewis Trondheim – éd.Dupuis

Deuxième volume de ce thriller palpitant, dans le monde du tatouage et des yakuzas. Yoshi accompagne Otsuya dans sa quête d’obtenir des tatouages des plus grands maîtres. Toutefois, un pan de sa personnalité va être mis à nu. Dans cet avant-dernier tome (théoriquement), les auteurs de Ken Games apportent des clés supplémentaires sur « L’Impossible », créature qui apparaît à certains chefs de gang et dynamitent l’action.

Tebori T.2 – José Robledo & Marcial Toledano – éd.Dargaud

kamigaimancouvDans l’univers de Kami, les dieux et les hommes sont en symbiose : la vénération des derniers donnent de la puissance aux premiers. Nura est prêtresse auprès d’un dieu jadis majeur aujourd’hui oublié et donc proche de l’extinction. En apprenant que le duché voisin a besoin d’aide, Nura va s’y rendre pour que la résolution du problème apporte un peu de reconnaissance et donc de fidèles… Nous avons reçu Juliette Fournier le mois dernier vous pourrez donc trouver des illustrations sur notre site et notre FB.

Kami T.1 – Jean-Gaël Deschard & Juliette Fournier – éd.Jungle

Je ne m’attarde pas sur le Premier Meurtre et Shangri-La. Je ne ferai que paraphraser Gérald.… Bon allez si quand même : c’est génial !

Le Premier Meurtre – Neil Gaiman & John Craig Russel – éd.Delcourt

Shangri-la – Mathieu Bablet – éd.Ankama

shangrilacouvtopoVoilà enfin le chaînon manquant entre Groom des éditions Dupuis et la Revue Dessinée : Topo ! Magazine trimestriel à destination des ados, Topo décortique l’actualité et s’attarde sur des faits de société avec pertinence, pédagogie et fluidité. Armes à feu, youtuber, les sujets sont variés et traités par des experts. De là à vouloir redevenir ado, il n’y a qu’un pas !

Topo T.1 – Collectif – éd.La Revue Dessinée

Je vous fais cette lettre…

D’autres hommes de lettres

Les bandes dessinées sur le régime autoritaire (euphémisme de dictatorial) de Salazar sont rares. Alors lorsqu’elles sont de qualité, il faut sans sourciller se plonger dans ces albums !

2016_couvpereira4 » Pereira prétend » se déroule dans les premières années de la prise de pouvoir d’Antonio de Oliveira Salazar au Portugal. Ce dernier a instauré un gouvernement résolument anti-communiste, fondé sur un parti unique et ancré dans le catholicisme le plus dogmatique. Les arrestations sommaires et les exécutions expéditives sont légions. Dans cet ambiance liberticide, le personnage principal qui donne son nom à l’album est un veuf corpulent qui s’est peu à peu coupé des réalités du monde. Il a conscience que la société change et pas forcément avec plus d’humanisme. Mais il se complaît dans son quotidien bien huilé et dans la gestion de la page culturelle du quotidien principal le « Lisboa ». Toutefois, l’absence de son épouse lui pèse et il entretient avec elle des discussions d’outre tombe. Des questionnements sur l’après-vie trottent dans sa tête et c’est à cause d’elle que Pereira va rencontrer un jeune diplômé en philosophie, Monteiro Rossi. Pereira, quelque peu forcé par le destin (ou sa lâcheté), va lui confier l’écriture de quelques nécrologies de poètes et écrivains célèbres. Ce jeune homme va accepter bien vite. Cependant, celui-ci désinvolte, tumultueux et critique est aux antipodes des convictions de Pereira. Tout au moins le prétend celui-ci… Car de fil en aiguille, de rencontres en censures, de prises de conscience en reculades, l’engagement de cet homme simple dans un monde complexe va grandement évoluer.

pereira3ereiraIl y a très longtemps – à l’échelle éditoriale –  j’avais été étonné par la finesse narrative de Pierre-Henry Gomont dans « Catalyse » de feu les éditions Manolosanctis (la preuve ici). Depuis, il n’a pas chômé, multipliant les albums forts (Kirkenes, Rouge Karma, Les Nuits de Saturne). Dans « Pereira », son trait très expressif et ses couleurs plaquées abruptement sur son dessin marquent les hésitations du personnages, ses atermoiements, ses conflits intérieurs. Mais également la chaleur de Lisbonne, la chape de plomb de la police politique, l’air frais pour le corps comme pour l’esprit de la cure française. Adaptant seul le roman d’Antonio Tabucchi, Pierre-Henry Gomont se sert des récitatifs aux points de vue fluctuant pour nous tenir en haleine ou nous faire craindre le pire. Jusqu’à la conclusion, surprenante et pourtant tellement naturelle !

pereira-2« Pereira prétend » de Pierre-Henry Gomont aux éditions Sarbacane est à lire absolument. Vous y découvrirez un pays, une page d’histoire mais surtout les quelques semaines où la vie d’un homme va basculer.

 

Des mots, toujours des mots, les mêmes mots

cartes1carte2Rose Grenier adore les cartes postales. Elle en écrit et se les envoie pour garder une trace de la vie qu’elle mène. C’est grâce à cette correspondance atypique que le lecteur va suivre l’héroïne depuis l’abandon de la ferme familiale dans la rurale Gaspésie jusqu’aux lumières trompeuses de Montréal. Des années 50 aux années 70, Rose va s’agripper à son rêve de devenir une chanteuse renommée de jazz, comme une naufragée à sa bouée. Ballottée par les événements, épaulée par deux hommes qui vont devenir ses musiciens attitrés, elle va connaître la misère des maigres cachetons puis la gloire des tournées internationales…

Parallèlement, en France, Victor Weiss apprend qu’il est mort lors des attentats du 11 septembre 2001 à NY ! Ou plutôt que son frère jumeau est mort aux pieds du World Trade Center. L’ADN a parlé !  Lui, l’enfant adopté qui ne savait rien de sa famille biologique se retrouve avec un bien curieux héritage…

carte4On devrait toujours être attentif aux production québécoises (je me suis redis la même chose quelques jours plus tard avec  » Les Deuxièmes » de Zviane éd.PowPow). « La Femme aux cartes postales » est un album très bien écrit et rythmé. Il y a des trouvailles narratives que je trouve particulièrement malines et qui sauve l’album des autres productions insipides sur les mêmes thématiques. Je pense à l’insertion de ces fameuses cartes postales à des moments charnières du récit, apportant sans lourdeur son lot d’informations et de révélations. Plus particulièrement, l’enchaînement des pages 133 et 134 où tout est dit, il n’y a rien à ajouter. Le retournement de situation final où les deux intrigues se rejoignent n’est pas d’une innovation fulgurante mais est très habilement dramatisé et les dialogues – ou leur absence – l’étoffent efficacement. Jean-Paul Eid et Claude Paiement nous plonge dans le Canada artistique du siècle dernier avec profondeur et émotion dans ce bel album paru aux éditions la Pastèque. Que demander de plus ?

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La plume et l’épée

couvdelilah-2-727x1024dd2-001Quelle joie de retrouver l’impétueuse Delilah Dirk et le pondéré Selim dans de nouvelles aventures ! Toujours aussi pétillantes, les péripéties de cet improbable duo nous font voyager du Portugal (encore !) en pleine insurrection aux salons feutrés de la vieille Angleterre. Pour ceux qui ne se souviendraient pas de cette série – dont le premier tome avait été chroniqué ici – un petit résumé s’impose. Au tout début du 19ème siècle, le janissaire turc Erdemoglu Selim rencontre l’aventurière-voleuse-espionne Delilah Dirk alors en franche difficulté. Sa tête et son corps risquent de se séparer brusquement. Placé sous sa surveillance, elle parvient néanmoins à s’échapper. Selim est donc condamné lui aussi à être raccourci… Avant d’être sauvé in extremis par la jeune femme qui n’a peur de rien. Une folle épopée s’en suit alors où l’amitié et l’admiration prospèrent dans le coeur de l’ex lieutenant turc. Cinq ans se sont écoulés depuis leur dernières aventures et les conflits napoléoniens entre la France, l’Angleterre et les autres nations européennes font voir des espions et des traîtres dans les yeux de tous les états majors. A cause d’une perfide et infondée accusation, voilà que l’honnêteté et le patriotisme de Delilah Dirk sont remis en cause. Elle aurait vendu des informations aux Français ! La voilà contrainte à rejoindre l’Angleterre et sa famille pour se disculper. Sauf que là-bas, Delilah Dirk n’existe pas… Elle est uniquement une Alexandra pur produit de l’aristocratie britannique attendue par une mère anxieuse. Laquelle de ces deux facettes parviendra à faire éclater la vérité ?

delilah-dirkdelilahDans « Delilah Dirk et le Shilling du Roy », Tony Cliff a affiné et dynamisé son trait dans ce deuxième opus qui sort directement en « gros » volume aux éditions Akileos. Il sait rendre ses deux protagonistes attachants par leurs défauts, leurs excès, leurs inadaptations à leur milieu. Il fait la part belle à l’action et aux rebondissements et l’exotisme est toujours au rendez-vous. Les éditions Akileos ont réédité la première aventure « Delilah Dirk et le Lieutenant Turc » en intégrale. Plus d’excuses pour ne pas plonger dans ce maelstrom d’humour et d’action !

Lectures itinérantes…

… des premières semaines de septembre 2016. Panorama rapide de mes lectures réjouissantes. Celles qui ne l’étaient pas, je les oublie !

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Pas mal de lectures pour la jeunesse cette fois-ci et pour tous les âges.

Un vent de joie et de bonheur souffle sur « Ernest & Rebecca » et ses lecteurs. Dans ce tome 7, la jeune fille au caractère bien trempé et son célèbre microbe domestique tente de prouver que leur nouvelle maîtresse est une sorcière et de réhabiliter leur ancien professeur. Alternant albums graves et albums acidulés, Guillaume Bianco et Antonello Danela abordent la maladie, la vieillesse, le divorce et bien d’autres thèmes encore avec bienveillance et humour. De quoi bien grandir avec le sourire !

Ernest & Rebecca T.7 / Guillaume Bianco & Antonello Danela / éd.Le Lombard

 

« L’Envers des Contes » se déroule dans un univers où tous les contes traditionnels, toutes les fables se côtoient.  Dans ce premier tome, grâce à un repentir sincère, la demi-sœur de Cendrillon s’est réconciliée avec celle qui fut leur souffre-douleur. Elle sera même invitée à ses fiançailles. Malheureusement, sa sœur et sa mère sont toujours les monstres acariâtres que l’on connait. Elles vont donc fomenter un mauvais tour. Bourrée d’humour et de rebondissements, cette série comblera jeunes et adolescents dans un récit loin d’être simpliste !

L’envers des contes T.1 / Gihef & Zimra / éd.Kennes

 

Le parti-pris de « Un pour tous » est de se pencher sur les personnages historiques dont s’est inspiré Alexandre Dumas pour « Les Trois Mousquetaires ». Des hommes illustres de cette garde rapprochée de Louis XIII se retrouvent dès les premières pages enfermés par les sbires du Cardinal. Seule une nouvelle génération enthousiaste et fidèle de fines lames pourra sauver les intérêts du Roi et ses courageux mousquetaires. Ancré dans la réalité historique et ses méandres politiques, doté d’une grande vivacité, ce premier tome ravira les amoureux de cape et d’épée.

Un pour tous T1 / Fabien Dalmasso / éd. Delcourt

 

Pour les adolescents, deux titres se détachent.

Le troisième tome de « La Vie Compliquée de Léa Olivier » continue à nous dépeindre le quotidien de lycéens canadiens. Leurs amours, leurs peines de cœur, leurs amitiés – qui ne diffèrent en rien de leurs équivalents français –  sont évoqués avec authenticité, humour et vraisemblance. Ici, Léa a du mal à gérer tous les soubresauts de son couple et les interrogations que cela suscite… La touche exotique québécoise achève de me convaincre : voilà une bonne série ado au même titre que  « Rouge Tagada » ou « Invisible  » des éd.Gulf Stream !

La vie compliquée de Léa Olivier / Alcante & Ludo Borecki / éd.Kennes

 

« Les Lames d’Âpretagne » est irrévérencieux et jongle avec l’humour comme on joue avec une double hache ! Cela tombe bien pour un récit d’heroïc fantasy débridé. Quête impossible (couper un gland ?!), duo improbable (le noble et le pouilleux), monstres grotesques, tous les ingrédients sont là pour la tranche humoristique. Mais cela ne s’arrête pas là et une véritable fresque épique et politique se révèle à nous. Une bonne surprise donc pour une saga à l’origine publiée sur le web.

Les lames d’Âpretagne T.1 / Luc Venries, Yoann Courric & Noë Monin / éd.Casterman

 

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu, Panini réédite « Avengers la Séparation« , prélude à la saga de « House of M ». Tous les malheurs s’abattent sur l’équipe de super-héros, à tel point que la survie du groupe en est menacée. Qui peut être derrière cette hécatombe ? Qui peut en vouloir autant à ces justiciers au point de détruire tout ce qu’ils représentent. La collection Marvel Events remet en avant les arcs les plus marquants de cet univers et celui de Bendis et Finch fait parti de ceux-là !

Avengers : la séparation / Brian M.Bendis & David Fincher / éd. Panini

 

Enfin, le nouveau tome de la collection « Androïdes » nous offre un récit sans prétention mais efficace sur le retour au pays. Une expédition vers une galaxie étant vouée à l’échec à cause d’une avarie, les rares survivants, un androïde et une intelligence artificielle décident de faire demi-tour. Sauf que la Terre a bien changé depuis leur départ… Et que peut bien représenter cette planète pour quelqu’un qui n’y a jamais vécu ?

Androïdes T.2 / olivier Peru & Geyser / éd. Soleil

Lectures vagabondes…

… de fin août et début septembre 2016. Panorama rapide de mes lectures satisfaisantes. Celles qui ne l’étaient pas, je les oublie !

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« Coquelicots d’Irak » apporte un éclairage intéressant sur le quotidien en Irak dans les années 60-70. Un témoignage sensible en courtes anecdotes. Cet album n’échappe pas à la comparaison récente (L’Arabe du Futur) ou lointaine (Persépolis) mais sort néanmoins son épingle du jeu par un humour discret, une analyse fine et une franchise surprenante sur sa famille.

Coquelicots d’Irak / Brigitte Findakly & Lewis Trondheim / éd.L’association

 

« Hawkwood » T.3 continue de nous plonger efficacement dans la Guerre de 100 ans au travers d’une troupe de mercenaires aguerris, au plus près de la réalité historique. Alors que « Montage » T.15 marque un peu le pas dans ses révélations et s’embrouille dans sa violence parfois gratuite. Néanmoins ce thriller sur le vol de milliers de Yens reste palpitant et addictif.

Hawkwood, mercenaire T.3 / Tommy Ohtsuka / éd. Dokidoki

Montage T.15 / Jun Watanabe / éd.Kana

 

« Mondes Obliques », suite de « Réalités Obliques » a un goût de Twilight Zone assumé. Plus noires que les précédentes, ces saynètes dépeignent un univers cynique et désespéré. L’extrême ingéniosité des situations fantastiques est à saluer.

Mondes Obliques / Clarke / éd.Le Lombard

 

« Exarcheia », grâce au retour dans un quartier d’Athènes de son enfance d’un jeune Grec, nous met face aux quotidiens de cette population. Les remous politiques, les difficultés économiques, la montée de l’extrême-droite, les aspirations libertaires, la contestation pacifique ou pas et tant d’autres. Sans oublier les petites gens, leurs amours et leurs espoirs. Très dense et très riche, cet album souffre parfois d’un manque de contextualisation et de traduction (les graffitis, les slogans, les banderoles sont en grec). Il n’en demeure pas moins une très bonne découverte de la rentrée.

Exarcheia, l’Orange amère / Dimitrios Mastoros & Nicolas Wouters / éd. Futuropolis

Les éditions du Long Bec rééditent la saga « Fog » en deux gros pavés. C’est l’occasion rêvée pour découvrir les premières œuvres de Cyril Bonin.  En pleine ère victorienne, des policiers enquêtent sur des crimes pour lesquels l’occulte et le mystère ne sont peut-être pas étrangers.

Fog T.1 / Roger Seiter & Cyril Bonin / éd. du Long Bec

Nous reviendrons prochainement plus longuement sur « L’anniversaire de Kim Jong Il« , mais sachez d’ores et déjà qu’il fait partie de nos albums coups de cœur de la rentrée.

L’Anniversaire de Kim Jong-Il / Aurélien Ducoudray & Mélanie Allag / éd. Delcourt

Il est agréable de retrouver Pascal Rabaté le temps d’un album avec un graphisme proche d’Ibicus ou Un ver dans le Fruit. En pleine débâcle,  un soldat français tente de retrouver son régiment, à son rythme paisiblement. Il n’a rien d’un déserteur mais il n’est pas suicidaire non plus. S’il n’apporte rien de neuf sur cette époque, « La Déconfiture » montre le danger bien réel de la guerre et les « trous » dans lesquels certains sont passés à côté de la menace. On espère que le deuxième tome se lira un peu moins vite…

La Déconfiture T.1 / Pascal Rabaté / éd.Futuropolis

Je suis toujours fan de cette série policière au parfum britannique cynique et réaliste qu’est « Maggy Garrisson » . Ce troisième opus conclue l’intrigue du premier tome et installe deux mini enquêtes – sur des dents et des photos ! – . Celles-ci auraient mérité peut-être un peu plus de page car leur conclusion est un peu abrupte. Cependant, la rigueur du dessin et l’humour pince-sans-rire sont toujours au rendez-vous.

Maggy Garrisson T.3 / Lewis Trondheim & Stéphane Oiry / éd.Dupuis

Gérald vous a déjà vanté les qualités du « Sixième Dalaï-lama« , il est inutile donc que je m’y attarde.

Le Sixième Dalaï-Lama » T.1 / Guo Qiang & Zaho Ze / éd.Fei

A très vite pour de prochains vagabondages !